Webster - Un rappeur engagé

Pour une majorité, le hip-hop est étroitement associé au « bling-bling » : de gros colliers en or, de l’attitude à revendre, des voitures hors de prix, des filles en petite tenue. Du sexisme, du machisme et l’apologie des grosses liasses de billets verts, à tout prix. Pourtant, au Québec, la situation est différente, avec une majorité de rappeurs qui sortent des sentiers battus par nos voisins du sud et, même, une part qui se démarque par son engagement social.


Dans cette catégorie, Webster est en voie de faire classe à part vu la qualité de ses textes et l’intensité de son dévouement pour les causes qu’il endosse. « Je crois que les gens sont conscients qu’au Québec, il n’y a aucun rappeur qui est riche de son art. C’est encore une fois une question d’intégrité et les gens respectent ça. Nous ne sommes pas aux États-Unis ici et notre réalité diffère de nos voisins du sud ; je crois qu’il est important de réaliser et d’embrasser cette réalité », dit le rappeur de Limoilou à propos de la perception que pourraient avoir de lui les gens de son milieu. Dans la pièce Underdog, sur son premier album, il tente d’ailleurs de redonner confiance à ceux qui choisissent l’authenticité plutôt que la superficialité.

Né d’un père sénégalais et d’une mère québécoise, le rappeur de Québec a jeté jusqu’ici deux pavés dans les milieux artistique et social québécois : Sagesse immobile, en 2007, et, tout récemment, Le Vieux de la montagne. Son parcours explique peut-être cette forme d’aboutissement : le métissage, bien sûr, mais aussi une mère militante, puis, plus tard, l’ostracisation, le racisme, grandir dans une ville blanche et conservatrice, le profilage racial qui existe aussi à Québec, même si on en parle plus à Montréal. Tout cela se manifeste dans ses textes, dont plusieurs se veulent une tentative d’éveiller les consciences. Pensons seulement à Quebec History X, dans laquelle Webster sert toute une leçon d’histoire, rappelant qu’ici aussi, l’esclavage fut une réalité, que des rues et stations de métro au Québec portent le nom de racistes notoires et que l’apport des Noirs au développement de notre société est insoupçonné. Artiste engagé Ses études universitaires en histoire, son emploi comme guide pour Parcs Canada, son enfance dans un quartier ouvrier majoritairement blanc : on trouve là un peu l’explication de ce que fait Webster aujourd’hui. Mais il y a plus. Ses textes sont engagés, mais le gars lui aussi l’est, et pas à moitié. Consultant pour le Service de police de Montréal en 2008 et 2009 – on lui a confié la tâche de tenter d’apprendre aux hommes en bleu les réalités et conséquences du profilage racial –, il a aussi été d’une délégation québécoise au Festival international de hip-hop et de culture urbaine Festa 2H, à Dakar au Sénégal, en plus de s’impliquer directement dans sa communauté, à Québec et à Montréal. Ateliers d’écriture pour les jeunes, conférences, participation à des documentaires ou tables rondes, Ali Ndiaye, de son vrai nom, saisit les occasions de se faire entendre et de faire sa part.

La racine du problème Webster a aussi donné des concerts-bénéfices pour des organisations d’extrême gauche, antiracistes radicales, une démarche tout à fait complémentaire, selon lui, avec le fait de chanter des textes engagés. « Les deux se complètent. Je me sers de ma notoriété de rappeur pour appuyer les causes sociales et je me sers de ces causes pour nourrir mon rap. » Et tout ça depuis Québec, la blanche et tranquille ville où les corps policiers demandent pourtant qu’on les aide mieux à combattre les gangs de rue – comprendre augmenter leur budget –, une aberration selon le rappeur de Limoilou. « Québec est l’une des villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord. Je trouve ça aberrant que les policiers et les médias se comportent comme si les gangs de rue étaient partout à l’affût. Il n’y a pas de gangs à Québec et c’est devenu un prétexte politico-économique pour l’état-major du SPVQ. Ça leur permet ainsi de toucher des millions de dollars pour combattre un phénomène inexistant. Et les médias, ça leur permet de vendre plus de copies et d’avoir des faits croustillants à relater. Le problème est que c’est la communauté hip-hop et les jeunes issus de l’immigration qui en font les frais : ostracisation, profilage racial et mauvaises perceptions de la part de monsieur et madame Tout-le-monde. »

Source : Ruefrontenac

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