Wade achète un terrain à 14 milliards à New york

  • Avant la crise immobilière, le terrain valait 3 milliards
  • Abdoulaye Diop (économie), Abdoulaye Diop (Budget), samuel Sarr (énergie) et l’Ambassadeur Paul Badji facilitent la transaction Pour édifier la future Maison du Sénégal à New York, les autorités ont acquis un terrain qui coûtait, en plein boom de l’immobilier, moins de huit fois l’argent déboursé aujourd’hui.

Par Mohamed GUEYE

Le Président Wade a acquis un terrain à New York, pour y édifier « la Maison du Sénégal », comme le dit son architecte préféré, Pierre Goudiaby Atepa, qui a toute une théorie à lui sur les services que pourrait rendre cette future propriété. En attendant d’y revenir, on ne peut que constater, avec les Américains et les citoyens sénégalais vivant à New York, que cette acquisition a été une autre manifestation de la volonté de gabegie qui semble animer nos dirigeants. Le gouvernement a payé 26 millions de dollars, près de 14 milliards de francs Cfa, un terrain qui, en 2007, en plein boom de l’immobilier, avait coûté à ses nouveaux propriétaires près de 6 millions de dollars, l’équivalent d’un peu moins de 3 milliards de francs Cfa. Le terrain est revenu huit fois plus cher en pleine crise de l’immobilier aux Etats-Unis, que lorsque ce secteur était rayonnant ! Qu’est-ce qui a pu justifier cette opération aussi dispendieuse ?

Les Américains portent plainte…et presse

En fait, il semble même que le Président Wade a voulu reculer au dernier moment, si l’on se fie aux écrits de journaux américains qui relatent l’affaire. Ce qui est établie, c’est que les représentants de l’Etat ont voulu acheter un terrain à New York, sur île de Manhattan, où le mètre carré est parmi les plus chers au monde. Ils ont trouvé leur bonheur sur la 44e rue, à l’intersection de la deuxième et de la troisième rue, au n° 227-235 Est. Ils ont passé un accord avec les propriétaires, la société immobilière Hotel East 44th Street LLC, pour payer le terrain à 27 millions de dollars, un peu moins de 14 milliards de francs Cfa. Le gouvernement a versé deux millions de dollars, un peu moins d’un milliard de Cfa, d’avance, en promettant de compléter rapidement le reste de la somme. Las ! La société immobilière aura attendu longtemps pour voir la couleur de son argent. Il a fallu que les partenaires en viennent à recourir à la Justice, pour que les choses se débloquent dans le sens voulu par l’agence immobilière. Avant cela, la réputation de nos dirigeants et du pays, aura terriblement souffert de cette affaire. Le pays s’est publiquement fait traiter de « Etat en faillite » dans les journaux. Mieux, ou pire, après avoir porté plainte contre le gouvernement du Sénégal, les plaignants se sont mis à « porter presse ». Dans un organe de presse local, ils ont publié le texte suivant (la traduction est nôtre) : « Voici une leçon importante à garder à l’esprit : Si le Président corrompu d’un pays pauvre d’Afrique vous contacte pour vous dire qu’il est prêt à payer 14 milliards (27 millions de dollars) pour acquérir un de vos terrains dans le centre ville, ne le prenez pas au mot. Restez sceptique, au moins jusqu’à avoir l’argent en mains. » Et de continuer en racontant par le détail, comment le président leur a fait miroiter qu’ils auraient l’argent le plus rapidement possible, sans que cela ne se fasse. Les auteurs de cette prose vont rappeler que ces mésaventures new yorkaises se déroulaient au moment où, dans la capitale de son pays, ce chef de l’Etat, « mettait la dernière main sur une statue de plus de 50m, dont Wade se vantait qu’elle dépassait la Statue de la liberté de plus de 4m. Le coût de ce projet totalement inutile et hautement controversé : 27 millions de dollars (14 milliards de Cfa) ! » Une manière de laisser entendre que l’argent qu’il devait payer pour le terrain de New York aura servi à achever la statue de la Renaissance !

Samuel Sarr dans l’accord

Devant le juge Mc Mahon du tribunal du District Sud de New York, les plaignants ont fait valoir que les atermoiements de leur client sénégalais leur avaient coûté plus de 15 millions de dollars de pertes, qu’ils entendaient recouvrer. Ledit client a préféré revenir à des meilleurs sentiments et négocié pour payer 24 millions de dollars, au lieu des 27 convenus au départ. Et l’agence a retiré sa plainte. L’accord trouvé a été sanctionné par un article dans la presse, à l’initiative des avocats de la partie sénégalaise. Me Kenneth K. Fisher, avocat au cabinet Cozen O’Connor, a poussé les vendeurs à faire la déclaration suivante : « Nous retirons notre plainte et nous excusons de toute la publicité non voulue qu’elle a pu produire. Nous comprenons que le climat de la finance mondiale a été difficile et ces difficultés ont contribué à ce qui, à la fin, s’est avéré être un malentendu. » Et de continuer en déclarant, sans ravaler leur plume : « Les représentants du gouvernement du Sénégal ont, de tout temps, agi avec intégrité, bonne foi et en toute diligence pour compléter la transaction. » Cerise sur le gâteau, la déclaration s’achève par des remerciements, à l’endroit de « Son excellence Abdoulaye Diop, ministre des Finances, son excellence Abdoulaye Diop, ministre délégué au Budget, et particulièrement, son excellence Samuel A. Sarr, ministre de l’Energie, le représentant permanent du Sénégal aux Nations Unies, et son Excellence le Président Abdoulaye Wade, pour leurs efforts pour parachever cette transaction. Nous souhaitons bonne chance au peuple du Sénégal ! » Il serait intéressant de savoir quel rôle Samuel Sarr a joué pour se faire remercier si « particulièrement »…

Goudiaby Atepa, l’instigateur

Pour sa part, le conseil du Sénégal a considéré que la Maison du Sénégal exprime l’engagement du pays à être un membre actif dans les affaires du monde, en maintenant une présence auprès des Nations Unies, et une vitrine pour les opportunités offertes par le Sénégal dans les domaines de l’économie et de la culture. Ladite Maison du Sénégal est une autre belle idée de l’architecte-ingénieur Pierre Goudiaby, qui ne semble jamais être à court dans ce domaine. Il l’avait justifié en déclarant que « l’une des très rares bonnes choses qu’ait faites Idi Amin Dada, c’est d’avoir construit la maison de l’Ouganda à New York. Bien longtemps après que ce pays soit entré en crise, ce sont les revenus tirés de cette maison qui ont servi à payer les diplomates à l’étranger, et de prendre en charge une partie de la communauté ougandaise, notamment les étudiants, sur le sol américain. J’ai suggéré au Président de trouver un terrain à New York, qu’on devrait valoriser sur ce modèle, et qu’on appellerait la Maison du Sénégal ». Selon lui, afin de ne pas dépenser de l’argent, le gouvernement pourrait faire appel à des entrepreneurs qui accepteraient de construire l’immeuble, dont une partie allait servir de bureaux, et une autre d’appartements, la troisième restant à la disposition des autorités sénégalaises. L’entrepreneur allait se faire rembourser sur la location et l’exploitation, jusqu’à concurrence d’un montant convenu, avant de remettre le patrimoine aux autorités du pays. Un célèbre entrepreneur national des Btp avait été approché, avant que Atepa n’assure que la piste avait été abandonnée, on ne sait pour quel motif. Il faut noter que le terrain en question, selon les affirmations de l’architecte-conseil du Président Wade, ne fait que 200 m ?. De toute façon, on devrait bientôt savoir à quoi s’en tenir, si l’on en croit Me Fisher. Dans l’article publié dans PRNewswire, il assure que « les détails supplémentaires concernant le programme de construction seront annoncés l’année prochaine ». C’est dans moins d’un mois.

mgueye@lequotidien.sn

Source : Le Quotidien

Répondre à cet article