Violences à Dakar

Pour la quatrième journée consécutive, l’opposition sénégalaise a appelé, vendredi 17 février, à manifester « massivement » dans le centre de Dakar contre la candidature du chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, à la présidentielle du 26 février, en dépit des interdictions répétées du gouvernement.


Tous les accès à la place de l’Indépendance, située au cœur du quartier administratif et d’affaires de Dakar, à proximité du palais présidentiel, étaient bloqués et l’esplanade déserte, à l’exception de policiers à pied ou à bord de voitures, d’un véhicule blindé et d’un camion anti-émeute.

PIERRES ET GAZ LACRYMOGÈNES

Très vite, dans les rues et avenues adjacentes, de petits groupes de jeunes, au départ des dizaines, puis des centaines, ont affronté à coups de pierres les forces de sécurité qui ont riposté avec des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Des jeunes ont mis le feu à des barricades de pneus, poubelles et détritus avant d’être dispersés par les policiers.

Des hommes en civil armés de fusils à pompe circulaient à bord de véhicules 4×4 noirs banalisés pour pourchasser les manifestants, a constaté un journaliste de l’AFP. Certains avaient le visage couvert d’une cagoule noire.

Une foule entourant le chanteur et opposant Youssou N’Dour a également été attaquée par des policiers. A un moment, son véhicule, entouré par la foule, s’est arrêté près d’un pick-up de policiers et le chanteur a fait mine de descendre. « Dégagez-moi ça, dégagez-moi ça ! », a crié un policier. Des grenades lacrymogènes ont alors été tirées par la police sur la foule qui a riposté avec des pierres. Un policier a été touché derrière la tête.

La tension semblait retomber quand une grenade lacrymogène a été lancée dans une mosquée du quartier du Plateau (centre-ville), provoquant la colère de centaines de fidèles, de jeunes et de badauds qui se trouvaient à proximité. De 200 à 300 personnes excédées criaient « Allahou akhbar (Dieu est grand) » ou encore, à l’adresse des policiers : « Vous dépassez les bornes. » Plusieurs centaines de fidèles ont entamé un sit-in devant la mosquée où s’est produit l’incident.

ARRESTATION D’UN CANDIDAT À L’ÉLECTION

Trois candidats à l’élection présidentielle du 26 février et membres du Mouvement du 23 juin (M23, opposition et société civile) ont malgré tout tenté de se rendre sur la place, avant d’être refoulés : l’ex-ministre des affaires étrangères Ibrahima Fall, le maire Cheikh Bamba Dièye et l’ex-premier ministre Idrissa Seck.

L’un d’entre eux, M. Dièye, a été brièvement « arrêté » par la police, avant d’être libéré, a-t-on appris auprès de sa formation politique. « Ils n’ont qu’à tous nous mettre en prison. Nous continuerons à manifester jusqu’au départ d’Abdoulaye Wade », a affirmé l’épouse de Cheikh Bamba Dièye, candidat du parti Front pour le socialisme et la démocratie/Benno Jubël (FSD/BJ).

DES MANIFESTANTS « TABASSÉS »

Le collectif citoyen de jeunes Sénégalais Y’en a marre – né à la suite d’une coupure d’électricté dans la capitale –, qui a appelé au rassemblement, affirme dans un communiqué qu’il « entend poursuivre son combat pour en finir avec le despotisme rampant et rien ne peut le détourner de ce chemin ». Le Mouvement des forces vives du 23 juin (M23), coalition de partis d’opposition et d’organisations de la société civile, dont Y’en a marre, avait égalemet appelé à manifester vendredi après-midi sur la place de l’Indépendance.

L’appel du collectif Y’en a marre intervient au lendemain de l’arrestation de plusieurs de ses membres, dont trois de ses leaders, qui ont été interpellés dans la capitale sénégalaise, lors de la dispersion d’un autre rassemblement interdit par le gouvernement. Ils entendaient installer un sit-in permanent sur la place de l’Obélisque pour dénoncer la présence du président sortant à la prochaine élection. Selon le collectif, plusieurs d’entre eux ont été « tabassés, torturés ».

« Le mouvement dénonce vigoureusement l’usage de la force contre les citoyens sénégalais. Il est en train de rassembler les éléments de preuves et de constituer un dossier pour poursuivre devant les juridictions nationales et internationales tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à de tels actes », précise leur communiqué.

Source : AFP

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