Un rap pour critiquer la Senelec

Sur le label de musique dakarois HA2N, le groupe sénégalais Supa Ced a souhaité dénoncer le nouveau programme de délestage de la Société nationale d’électricité sénégalaise (Senelec), qui établirait des coupures quotidiennes de 4 à 6 heures. Dans la chanson Désolé (Senelec) —qui emprunte son titre et sa mélodie à un morceau du groupe de rap français Sexion d’Assaut— Supa Ced alterne français et wolof pour critiquer la compagnie nationale d’électricité :


« Je sens comme un manque d’électricité, L’obscurité me rend si désolé, Le Senelec m’a clairement négligé, Mais j’peux rien faire alors je dis OK. Et tous les jours je vois le courant coupé, Ils ne voient pas tout ce que ça peut coûter, Mes appareils vont y passer, Il faut que tout ça finisse par cesser. (Refrain) C’est que tu vois l’obscurité, Je finis par devenir cinglé, Au Sénégal je suis désolé, la Senelec n’arrête pas de déconner. »

2.950 heures de délestage, soit environ 4 mois sur 12 sans électricité pour les Sénégalais en 2010. C’est le triste bilan établi par le quotidien dakarois Populaire le 15 janvier 2011. Un audit provisoire concernant la production de la Senelec pour 2010 pointe également du doigt les divers facteurs qui ont privé de courant les Sénégalais 40% du temps, montrant que « le parc de production d’électricité de Senelec est en grande partie obsolète, peu fiable, très coûteux, inadapté et insuffisant en termes de capacité ». En conséquence de quoi « le coût de production pour certaines centrales atteint jusqu’à 167 francs CFA (0,25 euro) le Kw/heure, alors que l’électricité est vendue entre 108 et 120 francs CFA (entre 0,16 et 0,18 euro) au consommateur ».

Cette problématique des ventes à perte est à l’origine, indique toujours ce rapport, d’un manque à gagner « structurel de la production qui induit des délestages fréquents et une détérioration continue de l’outil industriel ». Pour couronner le tout, « le programme de maintenance n’est réalisé qu’à hauteur de 25% en 2010 contre 59% en 2007 », précise Populaire.

Le ministre de l’Energie, Karim Wade, a reconnu son « impuissance face aux coupures intempestives de courant ». C’est du moins ce que rapporte le journal de Youssou N’dour, Le Quotidien,au lendemain du Conseil des ministres du 20 janvier 2011. A la suite des injonctions de son père, le président Abdoulaye Wade, Karim a avoué les difficultés financières de la Senelec auxquelles il n’est toujours pas parvenu à trouver une solution.

Le Griot, un quotidien panafricain, a publié le 10 février certaines conclusions de l’audit effectué par le cabinet Mc Kinsey :

« La Senelec se porte très mal et elle est même en quasi-faillite parce qu’elle ne peut plus faire face à ses dettes immédiates, qui s’élèvent à environ 558 millions de dollars (412 millions d’euros) », a rapporté le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye.

Les rappeurs de Supa Ced ne sont pas les seuls à avoir chanté contre les délestages abusifs de la Senelec. Sur la mélodie joyeuse du Obladi Oblada des Beatles, Youssou N’dour avait écrit Leep mo Lendem (Tout est dans l’obscurité) pour protester contre les difficultés quotidiennes que rencontrent les Sénégalais à cause des délestages. La star du Mbalax avait mis cette chanson en ligne gratuitement le 8 septembre 2009.

Citons également Didier Awadi et sa chanson Da Fa doy (Ça suffit), sortie elle aussi en septembre 2009. Accompagné du groupe Positive Black Soul et en duo avec Bouba Kirikou, il a été reçu par RFI le 14 septembre 2009 pour témoigner contre les coupures de courant qui gangrènent le quotidien de tous au Sénégal.

Répondre à cet article