Un historique du Rap Senegalais

Contrairement aux Usa où le rap est né dans les ghettos, au Sénégal, le mouvement est venu de la ville. Les premiers à propager cette musique sont les animateurs radio et télé. Les premiers albums furent l’oeuvre des émigrés.


Le mouvement Hip hop sénégalais a 20 ans. Ce genre musical, né dans les ghettos américains, à New York dans les années 70, s’est propagé au Sénégal vers la fin des années 80. Selon le professeur de français Mamadou Dramé, qui reprend une étude consacrée à l’évolution de la musique au Sénégal, faite par l’universitaire sénégalais Ndiouga Adrien Benga, le rap est apparu dans notre pays durant l’année 1988.

S’exprimant lors des ’Rencontres Hip hop’, organisées du 7 au 9 janvier 2009 à l’Institut français de Dakar, le conférencier met en rapport cet évènement avec l’année blanche. L’avènement du rap sur la scène musicale sénégalaise coïncide avec les élections législative et présidentielle mouvementées de la même année.

Les perturbations académiques qui en ont découlé ont eu pour conséquence un abandon scolaire massif de la part des jeunes. Et pour cette jeunesse désemparée et désoeuvrée, le rap, musique de contestation par excellence, était la voie opportune pour exprimer sa frustration.

Au Sénégal, le mouvement Hip hop a été d’abord l’affaire des groupes de danse. Ils se sont exercés au ’break dance’ et au ’smurf’ vulgarisés par les médias.

L’émission de la Radio télévision sénégalaise (Rts), ’Génération 80’, animée par Moïse Ambroise Gomis ou des émissions radiophoniques comme ’Hit inter sky’ et ’Puissance Fm’, animées par Aziz Coulibaly sur Dakar Fm, contribuent à vulgariser le Hip hop auprès des auditeurs.

Les nouvelles tendances musicales en vogue aux Etats-Unis sont alors servies par les animateurs des chaînes locales. Et le public sénégalais, notamment les jeunes, commencent à apprécier le style musical.

Les premiers rappeurs sont des émigrés

Les premiers rappeurs sénégalais ont d’abord chanté sur des sonorités américaines ou ont carrément repris les tubes outre-atlantique. Mais vers le milieu des années 1990, indique Mamadou Dramé, ils s’affranchissent de leurs modèles yankees.

Le mouvement prend son envol en ville, à Dakar, avant de se propager dans la banlieue. ’A l’époque ceux qui habitent les quartiers favorisés avaient la possibilité de regarder les clips et les images venant de l’extérieur’, explique l’un des rappeurs du Bat’haillons blin-d, Malal Talla ’Fou malade’.

Contrairement aux Usa où le Hip hop est né dans les ghettos de New York, à Brooklyn notamment ; au Sénégal, ce mouvement s’est surtout massifié dans les milieux huppés. L’un des premiers groupes sénégalais, le Positive Black Soul (Pbs) est d’ailleurs originaire de la Sicap, un quartier résidentiel de Dakar.

En 1990 apparaît le premier morceau apparenté au rap : Sama yaye de Mbacké Dioum, un Sénégalais vivant en Italie. La première production authentiquement rap est l’oeuvre de Mc Lida avec son album ’Mc number one’.

Lui aussi est un émigré vivant en Italie. Le cercle des adeptes de ce style musical s’élargit. En 1992, sort la compilation intitulée DK 1992, éditée par le Centre culturel, actuel Institut français. S’en suit alors l’album Pbs bu bess du groupe Positive Black Soul. D’autres groupes de rap se forment.

En 1993 sont crées Pee Froiss et Daara-J. Les rappeurs cartonnent alors sur les scènes, principalement scolaires. Ils y recrutent le plus gros de leurs fans.

A l’extérieur, souligne le professeur de français Mamadou Dramé, les rappeurs sénégalais connaissent aussi le succès. Pour preuve, Daara-J et Bidew Bubess sont récompensés par un disque d’or, grâce à leur participation à l’album du rappeur franco congolais Passi.

Le rap apparenté à la poésie traditionnelle ?

Selon Mamadou Dramé, si le rap a été très bien accueilli par le public sénégalais, c’est qu’il trouve ses racines dans certains genres poétiques traditionnels. En effet, depuis plusieurs générations, les griots ont excellé dans le tassu, le xaxaar ou le bakk.

Le tassu est une poésie improvisée sur la base d’un proverbe ou de quelques couplets bien connus. Le xaxaar est un récital de propos crus, destinés une jeune mariée, le lendemain de sa première nuit nuptiale, et qui a réussi à préserver sa virginité jusqu’à l’âge de mariage.

Quant au ’bakk’, c’est un chant galvaniseur pour lutteur. Mamadou Dramé souligne que ’le tassu de la défunte chanteuse Aby Gana Diop, de par son débit rapide et saccadé, s’approche très sensiblement du rap’.

La virulence des textes de rap, qui reprend le langage de la rue, s’apparente également à la cruauté des proverbes du tassu.

Cependant, de nombreux rappeurs, comme Didier Awadi, membre fondateur du Pbs, réfute cette parenté au tassu.

Le batteur du Dande Lé-ol, Alioune Diouf abonde dans le même sens, en notant que le tassu est basé sur un rythme ternaire, contrairement au rap qui fonctionne sur un rythme quaternaire.

Fatou K. SENE

Source : Walf

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