Un an après le Discours de Dakar, cinq chercheurs fustigent « l’Afrique de Sarkozy »

Un an après le discours controversé de Nicolas Sarkozy à Dakar, cinq universitaires français et africains reviennent sur les déclarations du président français et fustigent « un déni d’histoire » basé sur « une vision manichéenne, raciale et paternaliste » de l’Afrique.


Dans un livre intitulé « l’Afrique de Sarkozy - un déni d’histoire », ces chercheurs se penchent sur les « propos littéralement stupéfiants » qu’avait tenus le chef de l’Etat, et notamment sur sa thèse selon laquelle « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

Une thèse réitérée la semaine dernière dans les colonnes du quotidien Le Monde par Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, et auteur du désormais célèbre discours de Dakar.

« En lisant le discours présidentiel, les chercheurs qui depuis un demi-siècle ont consacré leur vie à travailler sur ce continent se sont demandé à quoi ils avaient servi », écrit l’historien français Jean-Pierre Chrétien.

Dans sa contribution, le chercheur retrace brièvement l’histoire de l’Afrique pré et post-coloniale et souligne que « les Africains ont été des acteurs essentiels de leur histoire ». « Ce continent n’est pas une planète à part (...) ses habitants partagent le destin de notre humanité », écrit-il.

Dans un chapitre intitulé « Y’a pas rupture, patron ! », le chercheur français Jean-François Bayart déplore « la continuité de la Françafrique », cette politique avec laquelle M. Sarkozy avait promis de rompre lors de sa campagne présidentielle, et dénonce l’« ignorance » du président vis-à-vis du continent noir.

Le chercheur camerounais Achille Mbembe démontre pour sa part la persistance d’une vision coloniale du continent, et estime que l’Afrique reste un « intarissable puits aux fantasmes » pour l’Occident.

« Le mythe de l’Afrique sans histoire » est alimenté par « la très faible représentation du continent dans l’enseignement en France », estime de son côté le chercheur Pierre Boilley, tandis que le professeur Ibrahima Thioub de l’université de Dakar dénonce « les clichés et formules à l’emporte-pièce » du discours de M. Sarkozy.

(« L’Afrique de Sarkozy - Un déni d’histoire », dirigé par Jean-Pierre Chrétien, 203 pages, éditions Khartala)

Source : AFP

Répondre à cet article