Trois « majors » s’associent à MySpace

L’industrie du disque saute le pas de la révolution Internet

L’industrie du disque a-t-elle enfin pris la mesure de la révolution que lui impose Internet ? De nouveaux partenariats pour la distribution de musique numérique se multiplient, difficiles à envisager il y a encore un an.


Jeudi 3 avril, trois des quatre grandes « majors » du disque (Universal Music, Sony BMG et Warner Music) ont annoncé la création d’une société avec MySpace, le site communautaire le plus visité au monde. Cette dernière proposera aux internautes de l’écoute gratuite ou du téléchargement payant.

La semaine précédente, Sony BMG assurait vouloir distribuer son catalogue sur le Web, contre un abonnement mensuel. Selon le Financial Times, les majors discuteraient par ailleurs avec Apple : contre un abonnement ou une surtaxe sur son baladeur iPod, il serait possible d’accéder de façon illimitée à la musique sur iTunes, la boutique en ligne du constructeur californien.

Jusqu’à présent, les majors toléraient à peine les ventes à l’unité de chansons popularisées par iTunes. Mais « elles n’ont plus le choix et doivent tester d’autres choses », selon Paul Verna, du cabinet eMarketer. De fait, les ventes sur iTunes et les autres plates-formes légales ne compensent pas la baisse de leurs revenus sur les CD. En 2007, les ventes de disques ont chuté de 10,3 % par rapport à 2006 en Europe, selon le cabinet Jupiter Research.

Trois modes de distribution de musique numérique émergent. Les plates-formes à la Deezer en France : depuis un PC, l’internaute peut écouter gratuitement des chansons mais sans les télécharger. Les sites se financent par la publicité, en partie reversée aux maisons de disque. Il y a aussi les abonnements couplés à un forfait mobile (Nokia au Royaume-Uni, SFR en France) ou à un accès haut débit fixe (Neuf Cegetel en France), pour télécharger de la musique illimitée. Une partie de l’abonnement revient aux majors. Enfin, il y a les tentatives à la Apple (ou Nokia) de surtaxe sur les appareils contre du téléchargement illimité.

LE PIRATAGE RESTE MASSIF

Les représentants des artistes restent prudents. Pour Catherine Kerr-Vignale, de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), « les majors cherchent pour l’heure à donner l’impression aux consommateurs de ne pas avoir à payer, d’où cette idée de partenariats avec des constructeurs ». Pour la Sacem, la question sera, si une offre à la Apple arrive en Europe, de fixer un prix minima pour rémunérer les ayants droit. Marc Guez, de la société civile des producteurs phonographiques, est contre le paiement d’un forfait pour un accès illimité : « C’est comme si on ne payait qu’une seule fois l’accès à Canal+ : la chaîne ne pourrait pas survivre. » Mais il estime judicieux un abonnement mensuel de 5 à 7 euros. « La musique a un coût, l’accès gratuit c’est dangereux, c’est un non-sens économique », ajoute Jérôme Roger, de l’Union des producteurs phonographiques français indépendants.

Certains sont persuadés que seuls les modèles gratuits ou quasi gratuits s’imposeront, car les techniques de « peer to peer » (partage de fichiers) ont banalisé la gratuité. Et le piratage reste massif : pour un téléchargement légal, il y en aurait encore vingt de « pirates ». « L’argent de poche des jeunes passe dans les jeux vidéo et les portables, plus dans les disques. La gratuité est inévitable » pour le musicien Philippe Axel.

Même à l’Ifpi, représentant l’industrie du disque mondiale, on reconnaît : « Les modèles gratuits basés sur la publicité ciblent bien les jeunes qui ont plus de temps que d’argent. » Les consommateurs n’accepteront de payer des abonnements que si la musique est proposée sans « DRM », empêchant de copier une chanson d’un matériel à l’autre. « C’est le seul moyen de faire la différence d’avec l’offre gratuite », selon Mark Mulligan, de Jupiter Research.

Ces différents modèles ne compenseront pas la baisse des ventes de CD avant 2010, selon Jupiter Research. D’où l’intérêt supposé des majors pour la « licence globale » : l’idée serait de faire payer les acteurs qui tirent profit de la musique digitale, mais ne payent pas les ayants droit : opérateurs de télécommunications, fournisseurs d’accès à Internet...

Cécile Ducourtieux et Nicole Vulser

Source : Le Monde

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