Thierno Bâ : le sens de l’honneur (Première partie)

Thierno Bâ a été Secrétaire d’Etat à l’Emploi, Ministre chargé des Relations avec les Assemblées et Ministre de la Santé. Tout cela sous le régime de Abdou Diouf, entre 1983 et 1988. Mais il restera dans notre histoire littéraire comme l’homme de refus dont la colère contre le colonialisme a nourri une dramaturgie féconde…


Thierno Bâ a été Secrétaire d’Etat à l’Emploi, Ministre de l’Emploi, Ministre de la Santé. Tout cela sous le régime de Abdou Diouf, entre 1983 et 1988. Mais il restera dans notre histoire littéraire comme l’homme de refus dont la colère contre le colonialisme a nourri une dramaturgie féconde. Ses thèmes de prédilection épousent la courbe de sa vie que scandent des séjours fréquents dans les geôles du colon.

D’abord en 1949, sous le « règne » du Gouverneur Béchard. Lors du Défilé du 1er Mai, sur le Boulevard Pinet Laprade et à la hauteur de la BCA, la foule crie : « Les Chéquards au poteau », faisant allusion aux chèques que la Banque Vanko d’Indochine avait distribués à des membres du Gouvernement français pour les corrompre ; c’était dans le contexte de la Guerre d’Indochine et le fils de Hubert Auriol avait été impliqué dans cette affaire. Le rapport de police avait établi que les manifestants avaient crié : « Béchard au poteau » et que Thierno Ba faisait partie des instigateurs. Premier emprisonnement pour fait de sédition certainement.

En 1950, lors de la Journée du 28 Février (Journée des droits civiques mise à profit pour célébrer la Journée de l’anticolonialisme), Dakar défile et crie sa révolte. A la hauteur du Marché Sandaga, une marchande offre sa table comme tribune. Thierno Bâ ne se fait pas prier pour y monter et haranguer la foule. Deuxième emprisonnement pour celui qui était à l’époque Surveillant d’internat au Lycée Van Vollenhoven.

En 1951, lors d’une conférence de l’ Abbé Courrier au Centre Daniel Brottier, le propos tourne autour de l’incapacité des Africains à gérer des finances publiques. Thierno Bâ lève la main et rappelle l’affaire de la Banque Vanko. Il est jeté en prison et en sort pour s’entendre signifier qu’il est affecté à Ziguinchor.

Enfin, en 1952, encore au Défilé du 1er Mai. Arrivée à la hauteur de l’Avenue Maginot, la foule tourne à droite pour reprendre l’actuel Boulevard de la République ; faisant route vers la Rue Blanchot où se trouvait la Bourse du Travail, ils se retrouvent bien évidemment sur le chemin qui mène aussi au Palais du Gouverneur. La police présente l’affaire comme une tentative de s’emparer du Siège du pouvoir central. Dernier épisode de la série des emprisonnements.

Thierno Bâ qui était inscrit en Droit à l’Institut des Hautes Etudes de Dakar (avec quatre autres Sénégalais : Kéba Mbaye et Laity Niang en Droit, Cheikh Hamidou Kane en Propédeutique et Souleymane Niang en Maths-Physique-Chimie) abandonne ses études dès la première année. Il savait qu’il n’avait aucune chance de les poursuivre dans ce climat de hargne coloniale et de surveillance policière. C’est finalement dans le Rassemblement Démocratique Africain (le grand RDA de l’époque) qu’il affûtera ses armes intellectuelles.

En 1951, avec Cheikh Hamidou Kane justement et Amadou Moustapha Wade (le défunt frère de Ablaye Wade), il co-écrit Un peuple en marche, une pièce de théâtre dont la première est prévue à l’actuelle Perception municipale (en face de la Mairie de Dakar). Une autorisation en bonne et due forme leur est délivrée par Bibi Ndiaye, alors Secrétaire Général de la Mairie. Théodore Monod est installé aux premières loges. A quelques minutes du lever de rideau, un camion de militaires vient se mêler à l’affaire. La « manifestation » est dispersée. Aujourd’hui, il a le regret de dire que le manuscrit de cette pièce est introuvable.

Oumar Ndao

Source : Wootico

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