Thiat du mouvement « Y’en a marre » en garde-à-vue à la Police centrale

Un des principaux animateurs du Mouvement « Y’en a marre », Thiat, a passé la nuit d’hier au Commissariat central de Dakar. Entendu par la Division des investigations criminelles (Dic) durant 8 heures, Thiat a été transféré peu après minuit au Commissariat central et devrait retourner ce matin au tribunal. Il risque une inculpation et une mise en détention pour des propos sur le Président Abdoulaye Wade. Cela, sur la base de l’article 80 du Code pénal.


Me Abdoulaye Wade avait promis de l’abroger ainsi que son pendant l’article 81, en 2004, sur le perron de l’Elysée, au sortir d’une audience avec le Président Jacques Chirac, mais depuis lors, l’article 80 du Code pénal continue d’exister. Et il risque encore d’être fatal à un acteur du jeu politico-social, le rappeur Omar Touré dit Thiat du groupe Keur gui de Kaolack qui est sous la menace de cet article 80. Entendu, hier, durant plus de 8 tours d’horloge, de 16 heures 30 jusqu’au-delà de minuit, dans les locaux de la Brigade des affaires générales (Bag) de la Division des investigations criminelles (Dic) de la police judiciaire, le jeune membre fondateur du mouvement « Y’en a marre » a fini par être acheminé, tard dans la nuit et sous bonne escorte policière, au Commissariat central de Dakar où il a été placé en garde-à-vue. Thiat doit retourner à la Dic ce mardi matin pour la poursuite de son audition, selon nos formations. Et il risque gros car devant probablement être présenté au procureur de la République et à un juge d’instruction pour une possible inculpation. La police reprocherait à Thiat les propos qu’il a tenus, samedi, lors du rassemblement du Mouvement du 23 juin à la place de l’Obélisque. Le « Y’en a marriste », paraphrasant la citation de Amadou Hampathé Ba, avait dit : « Un vieux peut bien être utile dans un pays quand il œuvre dans le bon sens. Mais un vieux de 90 ans qui dit et se dédit ou qui ment ne doit pas rester dans un pays ». Des propos que les autorités auraient pris pour une injure faite à l’institution qu’est le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, bien que Thiat ne l’ait pas cité. S’il est poursuivi pour le délit d’offense au chef de l’Etat, Thiat risque de tomber sous le coup de l’article 80. Il serait alors passible d’un mandat de dépôt, obligatoire dans ce cas de figure.

Les partisans de « Y’en a marre » assiègent la police Thiat n’était en effet pas seul dans son face-à-face avec les policiers de la Bag. Les partisans du mouvement « Y’en a marre » ont fait le siège des locaux de la Dic au Palais de justice durant tout le temps qu’a duré l’audition de Thiat. Et en première ligne, il y avait les têtes d’affiche du mouvement : Kilifeu, Fou Malade, Fadel Barro et compagnie. On a aussi noté la présence d’hommes politiques venus témoigner de leur soutien (voir par ailleurs). Et leur détermination à passer la nuit était telle que beaucoup d’entre eux avaient apporté des « merr gaddu » (matelas), des bouteilles de gaz et du matériel de thé, en gros tout le nécessaire pour camper devant le tribunal et maintenir la pression. Et quand, à 00 h 40, Thiat a été conduit au Commissariat central de Dakar, après une diversion des policiers, les jeunes sont allés y faire le pied de grue. Ce qui a commencé à énerver les policiers sur place qui insistaient pour que les jeunes s’en aillent. Peine perdue. Jusque très tard, ils ne voulaient pas laisser seul Thiat entre les mains des policiers.

Des membres du M23 se mobilisent pour soutenir Thiat

L’annonce de l’arrestation de Thiat du Mouvement « Y’en a marre » par les éléments de la Division des investigations criminelles (Dic) et son transfert pour audition dans les locaux de cette entité de la police judiciaire ont été suivis d’une vaste mobilisation des jeunes membres de « Y’en a marre », mais aussi de leaders politiques membres du Mouvement du 23 juin (M23).

Tanor : « L’intimidation est vouée à l’échec » Des personnalités parmi lesquelles Ousmane Tanor Dieng du Parti socialiste (Ps), qui a condamné « cet acte d’intimidation » en soulignant que le M23 ne saurait rester les bras croisés face à ces tentatives de déstabilisation. « Nous sommes engagés dans un combat et nous irons jusqu’au bout. Nous sommes prêts à nous battre et ce ne sont pas ces tentatives d’intimidation vouées à l’échec qui nous arrêteront », a dit Tanor Dieng, qui avait à ses côtés d’autres dirigeants du Ps, en relevant que Thiat est une victime de plus des délires du pouvoir. Aminata Mbengue Ndiaye du Ps partage le même avis, elle qui souligne que « Thiat n’a fait que dire haut ce que tous les autres pensaient. Il n’a rien fait qui vaille que la Dic le convoque. Mais cela ne nous étonne pas, car la Dic, c’est la police politique du Pds. Ce qui est anormal. Parce qu’un vieux de 90 ans qui ment, il faut qu’on le rappelle à l’ordre. Il a dit ‘wax waxeet’. Donc il a menti et Thiat n’a fait que lui rappeler son mensonge ».

Gadio : « Moi-même, j’ai reçu des menaces contre ma personne, mais je suis prêt à faire face » Également présent au tribunal, Cheikh Tidiane Gadio, leader du Mpc « Luy Jot Jotna », a clamé aussi que « c’est un acte d’intimidation à l’endroit des fils du pays qui se sont levés pour défendre la vérité et la justice au Sénégal ». Et dans la stratégie de riposte à cet acte, l’ancien ministre des Affaires étrangères a prôné que « l’information soit portée devant la communauté internationale pour qu’elle sache réellement ce qui se passe au Sénégal. Moi-même j’ai reçu des menaces contre ma personne, mais je suis prêt à faire face. On a les moyens de nous défendre et l’on est prêt à aller au bout du combat. Personne ne pourra nous empêcher dire ce que nous pensons dans ce pays ». « Le M23 a déjà marqué l’histoire du Sénégal. Si le régime continue l’épreuve de force et s’engage dans la logique de la confrontation, nous répondrons », a ajouté Gadio selon qui, « le Conseil constitutionnel ne doit même pas connaître du dossier candidature Wade, car son troisième mandat est illégal ».

Bathily : « Ceux qui doivent être entendus sont dehors. Ce sont ces voyous de la République » Abdoulaye Bathily est lui d’avis que « la Dic doit être neutre. Mais ce qu’on voit, c’est une Dic de Abdoulaye Wade ». Et le patron de la Ld de noter que « ce sont des intimidations pour déstabiliser et casser le mouvement ‘Y’en à marre’. Mais ça ne passera pas. Thiat doit être libéré, car il n’a rien fait. Ceux qui doivent être entendus sont dehors. Ce sont ces voyous de la République qui pillent le pays ».

Me El Hadji Diouf : « ’Y’en a marre’ c’est le peuple » Pour sa part, Me El Hadji Diouf du Ptp a dit que c’est au peuple sénégalais de défendre Thiat. Car, a-t-il lâché, « ’Y’en a marre’ c’est le peuple sénégalais. C’est le peuple qui doit réagir. Car Wade n’a pas le droit de prendre en otage ces jeunes qui œuvrent pour la démocratie sénégalaise. Nous lui ferons face pour lui faire échec », a-t-il indiqué. Cette audition de Thiat à la Brigade des affaires générales de la Dic a aussi enregistré la présence sur les lieux d’Ali Haïdar du mouvement écologiste, Ibrahima Sène du Pit, Abdoul Aziz Diop et Abdoul Aziz Tall du mouvement Yamale de Bara Tall, ainsi que le marabout politicien Serigne Modou Bousso Dieng. Ce dernier qui s’est présenté comme médiateur en tentant de discuter avec les éléments de la Dic a été malmené par ces derniers avant d’être prié de vider les lieux. Aliou DIOUF ( Stagiaire)

Source : Le pop

Répondre à cet article