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Tassou Abdoulaye Wade

La fierté des communicants des grands responsables politiques en souffrira. L’élément de l’heure le plus féroce contre le pouvoir des Wade n’est pas la dernière sortie de Cheikh Tidiane Gadio, la pétition de Bara Tall, les périples de Macky Sall ou les piques de Dansokho… Ce ne sont pas non plus les attaques de Tanor, encore moins les critiques de Niasse.


Plus fort que tout cela, une vidéo sur You tube a fini de faire le tour du monde du Net, tellement son caractère hilarant pousse chaque internaute sénégalais à le partager avec ses contacts sur la toile. Baptisé « Tassou Abdoulaye Wade », il s’agit d’une séquence de poésie d’un saltimbanque, déclamée par un jeune marchand ambulant, qui se dit griot et qui réussit la prouesse de descendre le régime des Wade en moins de 45 secondes, par des phrasés fort imagés qui décrivent les difficultés de la vie. Sur le plan purement artistique, c’est un morceau d’anthologie : la caricature d’un régime cloué au pilori pour ses frasques et ses maladresses.

Tournée apparemment dans la campagne, si ce n’est un coin de la banlieue dakaroise, à côté d’une maison aux murs nus, la vidéo met en scène un jeune, d’une vingtaine d’années, avec un accoutrement de troubadour, tenant entre ses mains sa maigre marchandise de marchand ambulant. Quand le quidam étale l’anthologie des difficultés énergétiques du charbon de bois à l’électricité, l’on se fend la rate. Quand il ironise sur la compréhension de Wade de la diminution du prix du pain, c’est d’un burlesque insoutenable… Le « tassou », version traditionnelle du « rap », est un genre musical qui se prête à merveille à la contestation et à la revendication : notre jeune griot fait montrer d’un grand talent, en résumant dis ans d’insatisfaction populaire en quelques réparties bien senties. Son œuvre n’est pas sans rappeler les cassettes musicales de Talla Sylla d’il y a quelques années. La raillerie a ceci de féroce que les refrains restent longtemps dans les mémoires. Il ne serait pas étonnant que pour les prochaines années, à chaque fois que le nom d’Abdoulaye Wade sera prononcé, il soit suivi de : « mooy paxum (c’est le trou de ….) ». Ou encore que cette vidéo soit la musique de campagne de l’opposition aux prochaines joutes électorales.

Source : Abou Abel Thiam (Journal “Kotch”)

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