UN SLAMEUR FRANCO-SENEGALAIS VEUT TRAVAILLER AVEC BAABA MAAL

Sur une reprise de Jahoowo

(APS) - Le slameur franco-sénégalais récemment primé par le Festival d’été de Québec, Souleymane Diamanka, a fait part de son souhait de travailler avec Baaba Maal à une reprise de Jahowo, un des titres de Baayo, album sorti en 1991 par le lead-vocal du Dande Lenol.


« J’aimerais beaucoup travailler avec Baaba Maal sur une chanson qu’il a déjà faite, qui s’appelle Jahoowo, qui est une chanson qui me suit depuis que je la connais. J’aimerais beaucoup en faire une reprise », a déclaré Souleymane Diamanka, Lauréat 2008 du prix Miroir de la chanson d’expression française.

« Jahowo (…) c’est le voyageur, c’est une chanson dont je me sers parfois en concert, c’est l’intro du spectacle », a déclaré l’artiste établi avec ses parents à Bordeaux (France). Il s’exprimait récemment sur les ondes de Radio France internationale (Rfi).

Dans sa première production intitulée Hiver peul, Souleymane Diamanka parle de la migration et du nomadisme qui caractérise la culture du peuple peul et évoque la trajectoire des siens, partis de l’Afrique de l’Ouest pour l’Europe et la France en particulier.

L’album suggère combien « a été difficile non seulement le voyage physique mais aussi le voyage spirituel », d’un continent à l’autre, et se nourrit des angoisses des nouveaux venus qui se retrouvent à se demander, dans ces terres inconnues, « si les enfants qu’ils vont mettre au monde ne seront pas juste noirs de peau ».

Au bout de ce « voyage de souffrance », la plus grande crainte des parents est de voir leurs enfants bouder l’école ou refuser de « regarder en arrière » vers l’Afrique, qu’ils jugent comme « quelque chose de dépassé », un continent qu’on « ne retrouve pas dans les livres d’histoire » et pour lequel ils n’éprouvent pas de fierté, explique l’artiste dont les parents sont originaires de Kolda (sud).

« Et là, a souligné Souleymane Diamanka, je suis fier des membres de la communauté sénégalaise à Bordeaux. Ils ont fait en sorte que les enfants soient fiers des origines de leurs parents » et leur ont fait comprendre qu’ils « ne sont pas nés ouvriers et femmes de ménage ».

Au contraire, ils leur ont fait savoir que « c’était des gens qui avaient un statut de là où ils viennent et qu’il n’y a pas de gens cultivés et des gens pas cultivés, mais qu’il y a juste différentes sortes de cultures. Ils ont réussi à nous faire comprendre cela », a fait valoir le slameur. « Je trouve que c’est une réussite, je suis très fier d’eux et je sais que cela va continuer avec les autres générations », commente-t-il ensuite.

Interrogé sur les relations particulières qu’il entretient avec son père, il a dit que celui-ci a été pour lui « la première vitrine » du Sénégal. « Le Sénégal, a-t-il précisé, je l’ai rencontré en fait à Bordeaux, chez mes parents, que ce soit par la culture, par la langue, par la nourriture, ils voulaient vraiment que quand on retourne au village, on ne soit pas des étrangers ».

« Je parle beaucoup de lui (son père), parce que quelque part, philosophiquement, poétiquement, c’est presque mon seul exemple, puisque je n’ai pas lu énormément de livres. Mais je me suis souvent assis à ses côtés pour l’écouter parler » et « pour moi, c’est un grand personnage » qui

« J’ai beaucoup mis en avant ma langue maternelle, j’ai mis en avant la richesse du peuple peul et de sa culture et c’est pourquoi on a fait le parallèle entre griot et slam, j’accepte puisque ce que je fais, ce n’est ni tout à fait du slam ni tout à fait de l’art griotique, c’est quelque chose d’hybride entre tout cela. J’accepte », a-t-il indiqué.

Donnant l’exemple du prix qu’il a reçu au Festival d’été de Québec, il a estimé que les organisateurs de cette manifestation « ont été touchés par le fait de mélanger un art ancestral et le slam qui est un art oratoire assez nouveau », comme lui le fait.

Parlant de ses projets pour son pays d’origine, il a déclaré qu’il nourrit le vœu de faire une tournée au Sénégal et d’y animer des ateliers d’écriture, comme il en a fait notamment à Kinshasa. « Mais j’ai moins de temps avec l’album », s’empresse-t-il de préciser.

De Baaba Maal, il en parle comme de ce « grand artiste » qu’il a « croisé » alors qu’il avait 11 ans et que le leader du Dande Lenol était venu faire un concert à Bordeaux. « Il m’avait parlé, il m’avait motivé puisque j’écrivais déjà. Je sais qu’on va être amené à se croiser », assure-t-il.

« C’est un grand artiste pour moi, c’est un de mes grands frères », a insisté le slameur selon qui le fait d’exprimer des sentiments par des mots, « ça libère ». « C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’ateliers d’écriture dans les quartiers difficiles, il y a beaucoup d’ateliers d’écriture dans les prisons, partout où il y a besoin d’exprimer une certaine

En classe de CE2 déjà, Souleymane Diamanka a eu sa première expérience avec l’amour des mots en croisant la route d’un instituteur qui, plutôt que de faire apprendre par cœur à ses élèves des textes qui ennuient, leur propose d’écrire leurs propres poèmes.

Souleymane a appris ainsi à manier les mots et les rimes en tant que slameur, tout en donnant une grande importance aux contes, proverbes et poèmes qui ont bercé sa jeunesse. Il entre alors dans le milieu de la musique par le biais de la danse et plus particulièrement le hip-hop, commence à travailler avec des musiciens venus d’horizons divers. Ce qui lui ouvre de nouvelles perspectives.

Petit à petit, il trouve son chemin et son style entre le slam et le rap qui le pousse en 1994 à poser son premier texte en studio et à arrêter ses études. Commence alors un long travail sur les mots qu’il manipule avec habileté. Il multiplie dans le même temps des allers-retours vers Paris qui semble plus réceptive à la nouvelle orientation de son travail, pour finalement s’y installer.

Source : Sud

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