Spéculation et crise alimentaire : se résigner, la seule alternative

Face à la conjoncture internationale, les populations sont livrées à elles mêmes dans ce désarroi total au vu des actes posés par les gouvernants. Au Sénégal, après la désastreuse sortie de l’ex ministre du Commerce (Abdourahim Agne remplacé par Mamadou Diop Decroix lors du dernier remaniement ministériel), c’est au tour du Président de la République de faire comprendre aux populations (lors de son discours à la veille de la fête de l’indépendance) que c’est à l’orée 2015 qu’elles auront une auto suffisance alimentaire à partir de la production nationale. Autrement dit, accepter de subir les remous des fluctuations du marché, qui dépassent les compétences de l’Etat, est le mot d’ordre lancé par le Chef de l’Etat Abdoulaye Wade aux Sénégalais.


Du troisième trimestre de l’année qui s’est écoulée où les produits des denrées alimentaires ont commencé à augmenter jusqu’à l’entame du second trimestre de ce nouvel an, la situation ne fait qu’empirer. En effet, à la place d’une baisse des prix des produits promis par le Président de la République et qui devait être effective en début de l’année 2008, les Sénégalais assistent à une hausse continue des prix. Une situation qui est vécue en dépit des 19 mesures, (non effectives pour l’essentiel) , prises par le gouvernement au mois de novembre 2007, pour contenir l’inflation.

La hausse sans précédent du prix du sac du riz qui, de 8000 francs, en 2000, est passé à 17 000 francs CFA puis à 16 000 FCFA est la goûte qui fait déborder le vase. Ayant provoqué l’ire des populations, cette hausse a fini de mettre en exergue la démission du gouvernement face à cette situation. S’adressant à la presse, Abdoulaye Wade a fait savoir aux Sénégalais que, face à une dépendance datant du 18ème siècle, en ce qui concerne l’importation du riz, le Programme National d’autosuffisance en riz à l’horizon 2015 est la seule alternative. D’ailleurs, il a avoué le retard que sa mise en œuvre a accusé, d’autant plus qu’ il a été formulé depuis deux ans.

Dans la même foulée, le Président Wade a fait part à son peuple d’une mesure prise par l’Etat consistant à une collaboration entre le gouvernement et les importateurs privés dans le cadre d’un programme d’achat de la production nationale qui, avoisine 150 mille tonnes, pour une demande de plus de 800 mille tonnes. Autre mesure, après la suspension des droits de douane et la baisse de la fiscalité sur les denrées alimentaires importées, la fiscalité sur les salaires des fonctionnaires est supprimée.

Par contre, au moment où le Premier ministre, Cheikh Hadjibou Soumaré, parle du kilogramme de riz qui est vendu, au détail à 215 francs, au lieu de 230 francs CFA, grâce à la subvention de l’Etat, dans les marchés et boutiques, les populations déboursent plus de 300 francs par kilogramme de riz. Et pourtant lors de son face à face avec la presse, l’ex ministre du Commerce, Abdourahim Agne, parlait de la mise en place d’une brigade des agents du dit ministère chargée d’inciter les vendeurs à respecter les prix fixés par l’Etat. Un ensemble de faits qui ont poussé le Président du groupe de la Banque Mondiale, Robert B Zoellick à proposer un train de mesures destinées à aider les pays africains « à s’attaquer à la montée des prix des denrées alimentaires et des produits de base ». Des mesures qui passent par la mise en place de « nouveaux moyens d’administrer les ressources procurées par le niveau élevé des prix de l’énergie et des minerais d’une manière qui profite davantage au plus grand nombre et à générer les liquidités à long terme en mettant à contribution les fonds souverains ».

Auteur : Ndéye Fatou NDIAYE

Source : African global news

L’Afrique résiste à la crise, mais plus pour longtemps

Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale tiennent leurs Assemblées de printemps ce week-end à Washington. La crise financière américaine et ses répercussions sur les économies mondiales sont évidemment au centre des discussions. Le FMI remarque que les économies des pays en développement, et notamment les économies africaines, restent vigioureuses même si elles sont aussi menacées par la hausse des prix alimentaires.

par l’envoyé spécial de RFI à Washington, David Baché

Selon les prévisions du FMI, la croissance africaine devrait atteindre 6,3% en 2008 et 6,4% en 2009. C’est le plus fort taux, depuis la décolonisation. Soutenu par la flambée des prix des matières premières et par l’ouverture croissante de ses économies, le continent résiste, pour le moment, assez bien à la crise économique mondiale.

Mais les répercussions pourraient, selon le FMI, se faire ressentir plus tard. A noter aussi, les forts écarts entre les pays exportateurs de pétrole et les autres. Surtout, le continent n’est pas épargné par la hausse des prix alimentaires. Le riz ayant par exemple, augmenté de 50% dans certains pays.

Abdoulaye Diop, Ministre sénégalais de l’Economie

« Nous avons de la terre disponible, nous avons les moyens pour mener des politiques alternatives en matière énergétique. C’est un créneau porteur [...] mais l’essentiel n’est pas d’abandonner les produits alimentaires. »

Ce samedi, le directeur général du FMI, s’est inquiété des risques économiques, humanitaires, mais aussi démocratiques liés à cette crise. Dominique Strauss-Kahn évoque les conséquences terribles qu’elle pourrait avoir sur le plan politique et notamment les risques que des guerres éclatent.

Pour y faire face, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, en appelle donc à la mise en place d’un « new deal alimentaire » et aux dons internationaux.

Dans certains pays, des mesures ponctuelles d’assouplissement fiscal, comme la suppression des taxes ou des droits de douane, ont déjà été mises en place avec l’assentiment exceptionnel du FMI.

Le fonds demande aussi au gouvernement de subventionner les populations les plus pauvres. Sur le plus long terme, le FMI et la Banque mondiale prônent l’augmentation des terres cultivées et de leur productivité.

Christine Lagarde, Ministre française de l’Economie

« On a évoqué à nouveau la situation économique internationale avec un débat de fond sur les questions alimentaires, qui ont un lien très étroit avec les désordres sur les marchés financiers. »

par David Baché Source : RFI

Le Boucher des pauvres

« Le Monde » publie, chaque dimanche, la prédication économique hallucinée d’un missionnaire fanatique : Eric Le Boucher, inc.

C’est, à chaque fois, une épreuve - en même temps qu’un défi à la raison.

(Je soupçonne quant à moi que « Le Monde », sournoisement, veut tester par ce procédé la résistance de son lectorat au lavage de cerveau (néo-)libéral.)

Aujourd’hui, par exemple, Eric Le Boucher t’annonce, dans sa chronique : « Le retour des ventre creux », et autres « crève-la-faim ».

(Tu noteras au passage que jamais Le Boucher n’use de tels sobriquets lorsqu’il flatte les boutiquiers du commerce mondialisé : il donne (libéralement) du crève-la-faim aux miséreux, mais jamais il ne traitera de gras et puants possédants les gras et puants possédants qui laissent crever de faim de larges pans de l’humanité.

C’est au choix, aussi, de celles et ceux qu’il accable de sa condescendance que se reconnaît Le (si courageux) Boucher.)

Eric Le Boucher observe que : « La crise financière mondiale est grave ».

Et que du coup : « Une trentaine de pays en développement avec des millions de pauvres entassés dans les zones urbaines sont brutalement fragilisés ».

(Dans la vraie vie, naturellement : ces millions de pauvres croupissaient dans une misère abjecte longtemps avant, déjà, que Le Boucher ne s’émeuve d’une grave crise financière mondiale.

Dans la vraie vie, naturellement : cette misère, chronique, est la rançon des profits dont se gavent les gras et puants possédants que vénère Le Boucher.

Il faut par conséquent beaucoup de souffle pour énoncer que cette brutalité serait nouvelle : par cette « minuscule » manipulation, Le Boucher veut, tu l’as compris, laver le Marché, qu’il déifie, du sang des damnés de la Terre.)

Bon, il y a donc cette grave crise financière mondiale, dont l’effet immédiat est une « hausse des prix ».

Le Boucher, dès lors, te décrypte « les causes de l’explosion des prix », et là, coco, arrime-toi : c’est du grand spectacle - made in Le Boucherie productions.

L’explosion des prix (et la crise par conséquent, j’espère que tu suis) vient, d’une part, de ce que : « Les Asiatiques enrichis mangent plus de viande, ce qui renforce les besoins en végétaux pour l’alimentation animale », dans un monde où « l’offre » desdits végétaux « est contrainte ces derniers temps par des accidents climatiques en Australie et en Turquie », et où tu as donc « une tension sur les marchés ».

La crise vient, d’autre part, de : « La baisse du dollar, monnaie d’échange des marchés agricoles, que les producteurs veulent compenser ».

Puis la crise vient, enfin, Eric Le Boucher te fait la bonté douce de le mentionner en passant, et en trois petits mots, d’une : « Spéculation très puissante ».

Je suppose que tu l’as compris : dans ce classement, bien ordonné, des fauteurs de crise, le spéculateur n’arrive que (très) loin derrière l’Asiatique enrichi qui prétend désormais, ces putains de bridés osent tout, manger de la viande comme n’importe quel Occidental.

Eric Le Boucher, après avoir ainsi exonéré le spéculateur de trop de responsabilité(s) dans la misère du monde, peut tranquillement demander, comme fit Vladimir Ilitch en des temps reculés : « Que faire ? »

La réponse, tu vas le voir, est qu’il faudrait, pour mettre un peu de millet dans les ventres creux des pays abandonnés, faire confiance à Monsanto, plutôt que de trop s’en prendre à la spéculation.

Le Boucher n’exige pas, oh non, que les gras et puants possédants qui font du fric avec la faim de leurs frères humains soient pendus par les bourses : il somme, par contre, la paysannerie des contrées peu munies de faire un gros effort de modernisation.

Il faut, énonce-t-il, en finir, vitement, avec « les réflexes écolo-malthusiens sur »l’épuisement des ressources«  », car ce sont justement ces réflexes, affirme-t-il, « qui provoqueront les disettes ».

(Là, tu l’auras noté : Le Boucher te signifie que ce ne sont décidément pas (du tout) les spéculateurs qui affament la planète, mais bien plutôt ce gros b***** de José Bové, avec ses théories écolo-malthusiennes.

Le Boucher ose absolument tout : c’est à ça qu’on l’identifie.)

D’après Le Boucher : « Sur le moyen terme, la terre, généreuse nourricière, est capable de doubler ses productions pour alimenter 9 milliards d’êtres humains ».

(Est-ce que je me trompe, ou est-ce qu’il y a du Virgile dans ce Boucher-là ?)

Mais.

(Car il y a bien évidemment un mais.)

La générosité mafflue de notre mère nourricière à tou(te)s suppose, pour être véritablement compétitive, une « révolution de l’agriculture ».

Et c’est là que ça devient très beau : l’agriculture nouvelle, prédit Le Boucher, « sera, bien entendu, moins chimique, plus écologique, mais dans le bon sens ».

Elle sera en effet : « Plus précise, utilisant des semences adaptées à chaque sol, optimisant l’eau, génétiquement innovante ».

Je répète, parce que je ne suis pas sûr que tu aies parfaitement saisi la finesse bouchère qui se dissimule dans cette considération : l’agriculture nouvelle sera « plus écologique », parce que « génétiquement innovante ».

Je suis, comme toi, persuadé qu’en découvrant ce manifeste, les gens de chez Monsanto, qui justement font le métier, lucratif, d’innover génétiquement, ont joui à longs traits - en psalmodiant qu’Eric Le Boucher brille de mille et mille feux capitalistiques.

Si tu as bien suivi, tu as retenu l’essentiel de la démonstration dominicale du Boucher.

1. La crise n’est pas tant de la responsabilité des spéculateurs, que de celle des maudits pauvres qui, à peine enrichis, veulent manger de la viande.

2. Ce n’est donc pas (du tout) aux spéculateurs qu’il faut demander un effort supplémentaire.

3. Mais bel et bien aux miséreux, pas encore enrichis, qui ne mangent pas encore de viande - et qui doivent, d’urgence, morderniser leur agriculture.

4. Ils ne seront cependant pas seul dans cette magnifique aventure : les producteurs d’OGM les aideront - moyennant, il va de soi, une juste rétribution de leur contribution à la révolution agricole, et au bonheur de l’humanité

Le Boucher, pour conclure, appelle ça : « Un défi redoutable ».

Bon appétit, ami(e).

Source : Vive le feu / Bakchich

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