SHAKA BABS, RAPPEUR « Il y a trop de laisser-aller au Sénégal »

Après deux ans de silence, le rappeur Shaka Babs sort de son trou. Cet ancien membre du défunt groupe Pee Froiss s’est lié avec Master Melodies pour former « Afree cadence » (Afrique Free Cadence) qui va sortir son premier album, « Nitou Demb », ce mois de novembre.


Ancien membre de Pee Froiss, vous voilà maintenant cofondateur de « Afree cadence ». Que signifie ce nom ?

Le nom du groupe n’a pas été choisi délibérément. Il s’intitule « Afree cadence » (Afrique free cadence), parce qu’on a pensé qu’ensemble, nous pourrions peut-être arriver à unir l’Afrique, de sorte que le monde soit dans le bonheur.

Pourquoi avez-vous intitulé votre premier album « Nitou Demb » ?

« Nitou Demb » s’adresse à tout le monde. Aujourd’hui, ce n’est pas qu’au Sénégal seulement qu’il y a des problèmes de repères. Quand tu vois les autres pays du monde, il y a tellement de choses qui s’y passent et qui montrent qu’il n’y a plus de dialogue. Alors qu’auparavant, il y avait moins de guerres, moins de maladies et plus de dialogue. Sur tous les plans, les choses ont changé. Tout est modernisé. Ce qui fait qu’on oublie toutes les anciennes règles et recommandations.

Que dénoncez-vous concrètement ?

Si on prend l’exemple du Sénégal, on peut dire qu’il y a trop de laisser-aller et cette chanson est là pour faire revenir les gens à l’éducation ancienne, qui va nous permettre de mieux nous accepter, de mieux nous pardonner, de mieux partager. Avec 95 % de musulmans, on ne peut plus se référer à l’Islam au Sénégal. On se pose la question de savoir où est l’éducation. Et pourtant, on a des guides religieux au Sénégal. Aujourd’hui, si on se réfère à ce qu’ils disent, à leur éducation, je pense qu’on aurait évité les problèmes et les dérives qui, en ce moment, nous bouleversent.

Votre album, ce sera du rap ou vous allez vous ouvrir à d’autres genres musicaux ?

Je reste dans le rap, mais ma conception du rap a changé. C’est ce qui fait le charme et l’originalité du groupe. Le fait que Master Melodies chante et que moi je rappe fait que mes chansons ont un autre tempo. Je viens de commencer une « connexion » parce que j’ai rencontré un grand musicien guitariste, du nom de « Conan ». Quand je dis un « grand » c’est-à-dire quelqu’un qui est rempli de talent, un voisin de quartier. Je l’appelle Master Melodies, parce qu’il est rempli de mélodies. C’est pourquoi j’ai décidé de ne plus l’appeler « Conan ». Il chante dans tous les styles et dans toutes les langues : wolof, soninké, manding, anglais et arabe. Il joue de la guitare et fait un peu de tout. Je suis arrivé à un stade où je devais rechercher autre chose pour évoluer. Avant, c’était Shaka Babs en solo et maintenant, c’est Shaka Babs en groupe. Ce qui veut dire que maintenant, il y aura un plus sur ce Shaka Babs là.

Qu’est-ce qui est à l’origine de votre changement de conception de la musique ?

Au Sénégal, on est enfermé dans un carcan. La musique a besoin de liberté. Elle a besoin d’échange d’instruments, d’un plus. Parce qu’on est arrivé à un moment où toutes les musiques peuvent aller ensemble. Cela dépend de ce qu’on veut prendre sur telle ou telle musique. On est obligé d’être ouvert. On aimerait bien qu’on nous invite au Maroc, en France, au Japon ou ailleurs, pour qu’on puisse produire des morceaux en accord avec la culture de chacun de ces pays.

Propos recueillis par Aïssatou Doucouré NDIAYE

MASTER MELODIES « Avec Shaka Babs, j’ai pu réaliser mon rêve »

« Nitou demb » est une façon de dire aux jeunes qu’il faut vraiment retourner au passé et essayer de comprendre que nos ancêtres sont des exemples. Les jeunes sont déracinés. Ils ne maitrisent plus certains aspects de leur société. Ils sont plus scotchés à l’Occident qu’à la réalité de leur pays. Ce morceau invite les jeunes à un retour aux sources. Il ne faut pas bafouer certaines valeurs qui nous sont propres. Ça fait très longtemps que je voulais sortir un album, mais avec Shaka Babs, j’ai pu réaliser mon rêve. »

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