Rap au Sénégal : 20 ans de revendication, de reniement… et d’insolence

Dakar a désormais son festival de Hip-Hop. C’est les « 72 heures de Hip Hop Galsen » comprenez par « Galsen », Sénégal. La première édition s’est déroulée du 01er au 03 janvier 2009 à travers spectacles, ateliers et conférences. Les organisateurs ont parlé de 20 ans de Hip-Hop sénégalais. En effet, on peut retenir qu’à la fin des années 80, de jeunes sénégalais, des lycéens souvent, vivant des moments de crises sociales (grève, années blanches), économiques et politiques (fraudes électorales, opposants politiques arrêtés) se sont engagés, à travers la musique rap, à dénoncer tous ces manquements.


Je ne suis pas un expert en matière de musique, encore moins un journaliste culturel, juste quelqu’un qui a grandi avec ce mouvement dit Hip-Hop. Un mouvement qui englobe la musique rap et d’autres genres musicaux mais aussi des expressions artistiques comme le graffiti ou le battle dance. A l’instar de sa mission première aux Etats-Unis ou en France, le rap permet à de jeunes sénégalais d’exprimer leur colère ; la revendication et la dénonciation demeurent les moteurs de cette musique. Cela apparaît par exemple à travers la production musicale rap à la fin du règne du régime socialiste. Des rappeurs étaient même au meeting de clôture de l’opposition lors des présidentielles de 2000 pour mobiliser davantage les jeunes. Et aucun allié du régime qui était sur place n’est épargné par le langage virulent de ces jeunes ; mêmes des marabouts alliés du régime. En 2001, on disait du côté du groupe Pbs en ce qui concernait la présidentielle de 2000 : « Les partisans de Diouf voulaient nous décorer, les émissaires de Wade nous embobiner. Comme tous les rappeurs sénégalais, on ne prend pas position pour l’un ou l’autre mais on pousse les jeunes à aller exprimer leur choix. » Aujourd’hui cette vision des choses n’a pas changé mais tous les rappeurs ne l’entendent pas de la même manière. Devant les difficultés sociales avec une musique qui ne rapporte pas, certains d’entre eux étaient partis se ranger derrière le candidat Wade le temps d’une campagne électorale ou derrière son fils le temps du sommet de l’Oci. En retour, quelques billets de banque, de maisons offertes ou une possibilité d’ouvrir son studio d’enregistrement, là où d’autres ont préféré s’exiler en Europe ou aux Etats-Unis. Néanmoins chacun défend sa position. D’ailleurs comme tout mouvement dynamique, ses composantes n’ont jamais été homogènes. Il y a eu toujours des débats sur les choix musicaux, les thèmes abordés et mêmes les accoutrements. Si au début il s’agissait de copier du côté des Etats-Unis et de la France ; de plus en plus on puise dans le patrimoine musical local. Ce qui intéresse plus peut-être les multinationales du disque. Dans son développement la musique rap au Sénégal épouse aujourd’hui un langage insolent. Certains diront que c’est le langage de la rue. On parle trop d’amour et de sexe avec des clips qui frisent la pornographie. Là encore c’est un éternel débat. En tout cas moi je suis pour une musique intelligente : dénonciation, revendication, conscientisation. Le ministre de la Culture Mame Birame Diouf disait à l’ouverture des 72 heures du Hip-Hop : « Les rappeurs conscientisent et incarnent les va-leurs africaines en imposant leur mode de vie. » Réflexion !

Ndiaga DIOUF - Journaliste / ndiagadiouf2005@yahoo.fr

Source:Le Quotidien

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