Poto-poto de AURA au Mali

“Les histoires extraordinaires des enfants du Poto-poto”, est le titre du CD que les Artistes unis pour le Rap africain (AURA) viennent de réaliser en collaboration avec Accents Multiples et avec le soutien financier de Plan international. Cet album est dédié à la promotion des droits des enfants en Afrique. Jo Dama du groupe Tata pound et Smoky du Burkina Faso, membres de AURA, actuellement à Bamako, pour participer aux activités initiées par Plan Mali pour commémorer la journée de l’enfant africain le 16 juin 2008, ont largement présenté le projet “Poto-poto”.


Jo Dama a indiqué que AURA regroupe ac-tuellement 17 artistes Rap de dix pays de l’Afrique de l’ouest. Selon lui, ce regroupement est actuellement engagé dans une campagne de sensibilisation portant sur les droits de l’enfant et sur les problèmes de la jeunesse. Financée par Plan international, cette campagne qui a officiellement démarré en juillet 2006 est dénommée “Poto-poto”.

De son côté, Aziz Dieng, directeur d’ “Accents Multiples”, une structure africaine d’ingé-nierie et de médiation culturelle basée au Sénégal, qui assure la coordination du projet “Poto-poto”, a indiqué que les artistes de Rap regroupés dans AURA, ont pu convaincre tous leurs partenaires pour que le projet soit dénommé “Poto-poto”. Selon lui, “Poto-poto” signifie pratiquement la boue dans tous les États de l’Afrique de l’ouest. Mieux, il dira qu’il traduit une symbolique très forte dans le contexte actuel du continent, où la génération consciente se bat comme elle peut pour sortir l’Afrique de la boue qui l’empêche de se développer.

Pour sa part, Smoky dira que AURA est composé de : Awadi, Big D, Myriam de Alif, Keyti, Xuman (Sénégal), Moussa du groupe “Degg J Force” de la Guinée, Jo Dama du groupe “Tata pound” du Mali, Waraba du collectif 994 de la Mauritanie, Smoky et Smarty du groupe “Yeleen” du Burki-na Faso, Priss K de la Côte d’Ivoire, Pheno B et Safia du groupe Kaidan Gaskia du Niger, Egalitarian de la Gambie, Mouna de DCH du Bénin et Bobby du groupe “Djanta Kan” du Togo. Selon lui, ce sont ces artistes qui ont travaillé sur le projet “Poto-poto”, structuré autour d’un album centré sur le thème des droits de l’enfant. Il dira que “Les histoires extraordinaires des enfants du Poto-poto” est une comédie musicale qui a pour scène un marché africain : le marché de “Poto-poto”.

Le rappeur burkinabé a indiqué que dans un marché, des enfants aux origines et situations diverses se croisent, se parlent, entrent en relation avec des adultes, et racontent leurs histoires. “Chaque rappeur y joue un rôle singulier et porte les questions liées à son statut : enfant soldat, enfant victime du Sida, jeune prostituée, dealer, docteur humaniste, enfant malade, bonne à tout faire, fille mariée de force, enfant de riche à problèmes”, a-t-il déclaré. L’album est articulé autour de 12 morceaux.

Les difficultés des enfants en Afrique de l’ouest

Dans “Bienvenue à Poto-poto”, nos artistes Rap comme, il est de coutume en Afrique, souhaitent la bienvenue à tous les visiteurs du marché. Ils se présentent et parlent un peu de leur vécu. Le refrain fait un rapide tour de l’Afrique avec des formules de bienvenue issues de différentes langues locales. “Talibé” raconte le quotidien d’un enfant mendiant en Afrique. Ces enfants souvent exploités par des marabouts véreux qui en lieu et place d’une éducation religieuse leur im-posent de ramener de l’argent.

Ils parcourent des kilomètres tous les jours, mal vêtus et sont victimes de sévices corporels les jours où ils ne ramènent pas les 1000Fcfa quotidiens. “Mamadi” est l’histoire d’un enfant malade chronique. Il est dans les rues, sa souffrance pourtant criarde ne semble pas émouvoir la population de Poto-poto. Ce sont des choses qui se passent très souvent si près de nous mais deviennent banales tant on s’habitue à les voir. “You shouda Know” ou “ t’auras dû savoir”, rappelle que la vie n’est pas une sinécure et que rien n’est facile à obtenir sur cette terre.

“Cette chanson est un hymne au courage pour tous ces enfants pour qui l’espoir semble être interdit”, a déclaré Smoky. Dans “enfant soldat”, le général enfant soldat se retrouve soumis à toute sorte de questions de la part de ses amis du Poto-poto, qui n’arrivent pas à concevoir qu’un enfant puisse faire la guerre. Dans ses réponses, il explique comment il a été enlevé, puis enrôlé de force, ce qu’il a vécu pendant ces moments atroces, son évasion du camp pour se retrouver au marché. “Braquage à Poto-poto” est l’histoire du jeune “CASH”.

Abandonné au marché de Poto-poto, où il sème la terreur avec son acolyte le général. Dans cette chanson, ils braquent un bus dans lequel se trouvent plusieurs enfants du Poto-poto. A la fin de la chanson, “CASH” est réveillé par “Pripri” et se rend compte qu’il était en plein rêve. “Poto-poto Dancing”, est une chanson qui traduit le fait que malgré tous les problèmes auxquels ils sont confrontés, les enfants du marché de Poto-poto passent des moments agréables. Dans ce titre, ils se retrouvent tous pour faire la fête avec peu de moyens, mais beaucoup de gaîté et d’humour.

“La promenade”, est un récit d’une journée de Poto-poto à travers le parcours de “Xum”, le pousse-pousse, qui sur son chemin rencontre ses amis, prend de leurs nouvelles, encourage et donne de l’espoir à certains et s’engueule avec d’autres. “L’enfant abandonné” est l’histoire de Teboncé. Ce titre dénonce les parents irresponsables qui abandonnent leurs progénitures.

“L’éducation qu’on ne trouve pas à la maison on la prend où on peut et la rue devient une seconde maman avec tout ce qu’elle charrie de dangereux et de violence pour des enfants non préparés”, a estimé Smoky. Le titre “Life in Poto-poto” est un dialogue entre King Pee, le dealer et Akossiwa, la servante. Dans ce dialogue, Akossiwa se fait rabrouer par King Pee à chaque fois qu’elle se plaint de sa misérable vie. Selon lui, aucun des enfants n’a le droit de se plaindre auprès des autres car ils ont chacun vécu la galère qui d’ailleurs continue et qu’il faut se battre pour s’en sortir par tous les moyens.

Enfin, dans “Jay xale yi”, Waraba est un enfant esclave vendu par ses parents qui n’ont pas les moyens de s’en occuper. Il se voit obligé de se taper toutes les corvées dans la maison du maître où il voit les enfants du maître dans un univers de rêve. Toujours le premier à se lever, il est le dernier à se coucher. Il aura droit aux restes lorsqu’il y en aura et au fouet tous les jours comme récompense. “Cela se passe aujourd’hui tout près de nous”, a conclu Smoky.

Assane Koné

Source : Le Républicain / Maliweb

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