PBS -Soirée du 20e anniversaire

Du vieux soul pour un même combat

Des langues toujours mordantes, des sonorités plus que jamais fringantes, l’usure de deux décennies n’a point entamé l’engagement et le savoir-faire du Positive black soul (Pbs). Ses fans ont eu droit à près de quatre heures de rétro lors de la célébration des 20 ans d’existence de ce groupe de rap.


Après avoir harangué le public d’un long cri, Coco Jean en arrive subitement a perdre la langue ; une tempête d’applaudissements et de sifflements le surprend mettant fin ainsi à la longue attente des mélomanes du Hip Hop depuis 19 h. Le ton est donné. C’est le son d’une rafale de mitraillette qui accompagne Alex Diouf Njoxabaay et sa bande pour leur montée sur scène. Trois mômes qui électrisent le public qui piaffe d’impatience pour entendre les lyrics de Dugg E Tee et de Dj Awadi. Les mesures sont si bien élaborées que le public oublie le chrono. Du jeu de platine (Scratchings) assuré, à tour de rôle, par des disc joker rompus à la tâche comme Dj Ko, aux envolées provocatrices des présentateurs, Moustapha Camara et sa vieille garde défient cette poudrière sonore rythmée de coups de rafales et de canons. Tantôt ils sautillent, tantôt ils préfèrent le break dance, ces jeunes en pantalon bouffant assorti de Tee Shirt large ont vibré au rythme endiablé qui a étalé toute sa puissance au pavillon Sénégal du Centre internationale de commerce du Sénégal (Cices), vendredi dernier. Les combats de danses se déroulent sur des rings différents. Les Vip comme le ministre de la Jeunesse, Mamadou Lamine Keita, s’avouent vaincus. La loge n’était pas une bonne option face au défoulement de carnaval des jeunes sur la piste. Ils sont encore loin de la délivrance par le Positive black soul (Pbs). Néanmoins, leurs regards sont rivés sur le podium. A travers le brouillard artificiel, Phata, Nix, Cannebasse, considérés comme des Possee de la nouvelle génération (new School), sont suivis par leurs aînés Da brains, Yatfu complétés par Big D qui avait quitté ce groupe il y a quelques années. Ils tiennent en haleine le public qui répète comme des choristes, les refrains des Masters of ceremomy (Mc). Puis, c’est le tour à Simon et sa bande de débiter sur une instrumentale arrangée. Au regard de la hargne, du style recherché et la bonne harmonie avec les sonorités, on dirait que le concert anniversaire constitue un exutoire des belles plumes du Hip Hop pour exposer leur savoir-faire.

PBS ET LE PROCES DU REGIME DE WADE

Les prestations de haute facture se succèdent et rivalisent d’originalité. Le beat prend un instant de répit pour redonner au rap l’une de ses vocations originelles. Matador du Bmg 44, fidèle à son orientation contestataire, tire avec sa voix grave, sur le pouvoir en cherchant des réponses à sa kyrielle d’interrogations qui reflète un cœur meurtri par la situation sociopolitique du pays, « le fameux Galsen ». Où va le Sénégal avec Wade ? Quand est-ce la fin des délestages ?... demande-t-il au public en délire qui, les mains en l’air, réplique à coups de sifflements et de cris. Revigorés par une pluie d’applaudissements, le Bat’ haillon blindé, mené par Dj Alla (en absence de Fou malade) dénonce les carences et l’hypocrisie des hommes politiques, ceux au pouvoir en particulier. Autant de coups de gueule devenus si crispants que le ministre de la Jeunesse et des Sports Mamadou Lamine Keita signe son acte de présence sans tambour et se retire.(Voir ailleurs) La priorité du jour est la musique. Et la montée sur scène du groupe français Sefyu ravive les braises. Grâce à une irrésistible ondulation sonore faite d’extraits de divers tubes rock et blues, ces Mc français haranguent. D’un ton criminel, les deux chanteurs du groupe vident leur chargeur sur un son rythmé de rafales. Un style violent qui caricature la vie quotidienne des Noirs dans les Ghettos. Une seule mesure semble faire le consensus : Seyfu ! Ce cri de détresse justifié par la dilapidation du patrimoine national par les gouvernements, selon Didier Awadi. Voilà l’une des deux voix qui ont mérité le déplacement de centaines de fans, du même âge que le Pbs pour la plupart, au Cices. « Quand j’étais à l’école primaire, j’adorais le morceau Capsi », se souvient Adji Ndiaye, une fille de 19 ans aux lunettes claires. Et le suspense a été artistiquement bien entretenu à travers un film de gangsters dont les deux acteurs ne sont personne d’autres que les stars du jour. Sur la route du concert, Dugg E Tee et son allié ont surmonté des obstacles. Le présentateur X side X revivifie l’atmosphère. Il est 22h 46mn, le Pbs originel est enfin sur scène. Ainsi, Daw Coow, Taraa, Ceci n’est pas normal, Je ne sais pas, Nubian sound…, autant de bons vieux morceaux, symboles de l’ère de gloire du rap sénégalais.

IDY DIOP, YOU, ISO LO : LE PAROXYSME

Malgré l’absence de l’orchestre, les sonorités valsent entre le rock, le rap, le blues, le mbalax, le reggae entre autres. Un style de variétés qui reflète l’identité musicale très égayante du Pbs. Sous l’autorité de Baye Soulèye, les danseurs du groupe exhibent la chorégraphie des années 90. Les deux lead-vocaux en blazer invitent le public à un voyage dans le temps. Ils vident tout le vieux répertoire au grand bonheur des fans pris dans le piège de la nostalgie. A chaque début de chanson, le public délire si bien que le bruit arrive aux quartiers périphériques. Si Awadi étale son flow en Français, on est plus ou moins ému par l’automatisme et l’aisance dont Dugg e T a fait preuve une fois qu’il produit en anglais sur une symphonie enrichie par des tam-tams et de la Kora. Le public semble ivre de sonorités. Certains commencent à quitter la salle quand Idrissa Diop se retrouve sur le podium le Pbs. Dans un standing ovation démesuré, le duo Dugg e T et Idy exécute Fly on, un featuring qui avait déjà réuni les deux. Toujours dans les souvenirs, le Pbs joue Boul ma miin, une chanson à la rythmique mbalax qui draine des sympathies. Le public se déchaîne de nouveau à travers des pas de danse esquissés avec énergie et bonne humeur. Mais l’ambiance atteint son paroxysme lorsque, de manière surprenante, Youssou Ndour arpente le podium, suivi de Ismaila Lô. Ils terminent par une reprise du titre du maestro Ndiouga Dieng en beauté. Pour terminer le spectacle, Awadi et Dugg E Tee éteignent leur vingt bougies avec Capsi, une chanson du retour au quartier natal, la Sicap. Le constat final des fans est prouvé : le Pbs national est loin d’être démuni, il est seulement désuni.

Par Birame FAYE

Source : Le Quotidien

Didier Awadi et DouggyTee enflamment le Cices

par Assane MBAYE | SUD QUOTIDIEN

Huit ans après leur séparation, Didier Awadi et Douggy Tee ont partagé, pour les 20 ans du Pbs, vendredi 14 août dernier au pavillon Sénégal du Cices, le même plateau musical. Des retrouvailles qui ont mobilisé tous les fans du Positive Black Soul et toute la famille du Hip Hop sénégalais.

Les témoignages fusent de part et d’autres et nombreux sont ceux qui ont beaucoup apprécié cette initiative. Les deux frères du Positive Black Soul (Pbs) n’ont rien perdu de leurs talents et de leurs idées révolutionnaires. Le pavillon Sénégal du Cices a refusé du monde vendredi 14 août dernier à l’occasion de l’anniversaire des vingt ans du groupe Pbs et du mouvement Hip Hop Sénégalais, les deux frères « ennemis » du Pbs se sont retrouvés sur scène après huit ans de séparation et d’individualité.

C’est aux alentours de 18 h 30 mn que le concert a démarré avec différentes prestations des groupes invités, dont la majeure partie est presque de la même génération que le Pbs. Ce sont Da brains, Yatfu, Bmg 44 avec Matador, Joloff for life avec Sen Kumpe et Simon Bisbi clan, Fata Cbv, Nix, Kana Bass... Safe You, un rappeur Sénégalo-français était l’invité d’honneur. Certains d’entre eux interpelés après leurs différentes prestations, ont salué ces retrouvailles tant souhaitées et attendues par le public. Par ailleurs, ce concert a été l’occasion pour d’autres groupes tels que Yatfu avec Gofu, Dragon, Jojo et Big D de se retrouver sur scène et de jouer ensemble le morceau « Agresseur » qui a beaucoup enchanté les nostalgiques.

Pour Big D, « cela fait longtemps que le hip hop Sénégalais n’a pas vécu des moments aussi importants et aussi décisifs que ce concert ». Avant de reconnaitre tout de même « qu’il est temps qu’on oublie nos querelles et essayer d’avancer pour porter le Rap Sénégalais au devant de la scène mondiale ».

Cet avis est partagé par X side X, un des animateurs du concert à coté de Wy D et de Coco Jean. Selon lui, ces retrouvailles sont un exemple servi aux différents groupes qui ont connu le même sort que le Pbs en l’occurrence le groupe Daara J et Pee Froiss. « Nous invitons vivement non seulement Lord Aladji man, Ndongo D et Fada Freddy du groupe Daara J de s’unir mais aussi Cool Koccis et Gun man Xuman du Pee Froiss à suivre ce même exemple. Sinon on va descendre dans les rues et on va « foutre le bordel », dira t il.

Quant à Matador du Bmg 44, il oriente sa réflexion sur la dimension sociale du concert. Parce que selon lui, « cette occasion a réuni un public homogène venu de tous les quatre coins du pays ». Et d’ajouter, « cela montre que le Rap Sénégalais est encore là et continuera d’être représenté ». Et Dragon du groupe Yatfu de conclure : « Où sont ceux qui disaient que le Rap Sénégalais est en régression ? Aujourd’hui, ils sont malheureusement déchus. Car, ce concert vient de démontrer que nous sommes encore la pétris de talent ».

C’est vers 00 h qu’Awadi et Douggy Tee ont fait leur apparition sur scène. Derrière eux, l’on apercevait Baye Souley aux pas de danse endiablés, Babs, Bugs Bunny, Bouba, El hadji Noumoucounda Cissokho… A la platine, Dj Saf Niang. C’est à travers des rétros tels que « Je ne sais pas », « L’Afrique n’est pas démunie », « Why », que Didier Awadi et Douggy Tee ont agité le public qui a beaucoup apprécié. Le titre « Xarito » (Amitié), qui a résumé toute leur histoire durant les huit ans de leur séparation fait pleurer même certains fans.

Mais la grande surprise de la soirée a été l’irruption de Youssou Ndour sur scène, le roi du Mbalakh et d’Ismaël Lô qui ont tenu à marquer de leurs empreintes cette soirée qui, sûrement, restera gravée dans les mémoires des fans du Hip Hop Sénégalais.

Source : Sud

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