« Omar Bongo, le ministre français du pillage du Gabon »

Des activistes ont posé des scellés symboliques sur un immeuble parisien du président gabonais pour protester contre la Françafrique et la visite du secrétaire d’Etat français à Libreville. François Meurisse


C’est une rue étroite du huitième arrondissement de Paris, à quelques encablures de l’Elysée. Il y a une banque de gestion privée et l’ambassade d’Estonie. Mais au numéro 4 de la rue de la Baume, il y a aussi un bel hôtel particulier, actuellement en travaux. Ce jeudi midi, une dizaine de militants de l’association Cellule Françafrique étaient réunis devant sa porte pour dénoncer la visite au Gabon d’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération. Le bâtiment appartient à la famille du président Omar Bongo - ce sont ses enfants, mineurs, qui en sont propriétaires - qui l’a acheté près de 19 millions d’euros en 2007.

« Grégoire Eyadéma » - les manifestants ont tous choisi pour pseudonyme le nom d’une grande figure de la Françafrique, ici celui de l’ex-président togolais - explique le principe de l’action : « Nous allons poser des scellés symboliques sur cet hôtel et remettre l’acte de restitution de ce bien à un représentant de la société civile gabonaise. »

Une « amicale » pression sur Paris

Objectif de cette mise en scène bon enfant ? Dénoncer l’attitude d’« Alain Joyandet et de Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, ndlr), qui vont prêter allégeance à Omar Bongo, devenu un ministre du gouvernement français, le ministre du pillage du Gabon » selon Grégoire Eyadéma. En cause, l’éviction lors du remaniement ministériel de Jean-Marie Bockel, coupable d’avoir annoncé l’acte de décès de la Françafrique… dont le plus vieux représentant est Omar Bongo. Un Bongo qui a chaudement applaudi le départ de l’impertinent et n’a pas fortement démenti avoir exercé à cette occasion une « amicale » pression sur Paris.

Un faux huissier - « Antoine Houphouët-Boigny » -, assisté de plusieurs autres membres déguisés de l’association, entre alors en scène. Un autocollant « Bien mal acquis » est apposé sur la porte, des bandes à rayures jaunes et noires empêchent l’accès au bâtiment. Une pancarte « Omar Bongo, dictateur durable » est agitée.

Le militant écologiste gabonais Marc Ona reçoit son « titre de propriété ». Il n’a pas vraiment le cœur à rire. « Le niveau de vie baisse au Gabon, les produits de première nécessité manquent. Il y a une rupture entre la population et le pouvoir. Il y a un vrai problème de redistribution de la richesse. Il faudrait que la France pèse de tout son poids pour organiser un dialogue franc avec les autorités. Mais quand on voit qu’un ministre français se fait dégommer par Omar Bongo, ça ne rend pas très confiant. »

« Total-Bolloré-Bongo : la Sainte-Trinité gouverne au Gabon »

Odile Biyidi suit la pièce de théâtre de rue de la Cellule Françafrique de l’autre côté de la rue. Elle est présidente de l’association Survie et ne fonde aucun espoir dans la visite de Joyandet au Gabon. « On nous a parlé de rupture, mais tout le discours de Monsieur Joyandet c’est de dire qu’il aime l’Afrique ! On se croirait revenu deux siècles en arrière. Et quand on regarde son agenda, on s’aperçoit qu’il a reçu hier, comme des politiques, Christophe de Margerie, le patron de Total, et Michel Roussin, vice-président de Bolloré. Eux deux et Bongo, c’est la Sainte-Trinité qui gouverne au Gabon. »

Dans l’immeuble en travaux, on repère du mouvement. Mais ce ne sont que les ouvriers qui y travaillent. Une militante assure pourtant qu’elle a vu une personne qui se cachait derrière un rideau pour prendre des photos. Elle en rit. Un autre membre du collectif, plus sombre : « Cela va remonter en haut lieu, ça. »

Source : Liberation

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