OUMAR TOURE « THIAT » PARLE DES DEUX JOURS PASSES AUX MAINS DE LA DIC : « Je suis un NTS, avant de faire ce discours, je savais ce que j’allais dire, je l’ai dit »

Libéré avant-hier nuit, après 25 heures de détention à la Division des investigations criminelles suite à ses propos lors du rassemblement du 23 juillet dernier, Oumar Touré alias « Thiat » du mouvement « Y’en a marre » parle de son séjour entre les mains des policiers. Il le survole. Le principal sera dit en conférence de presse, mais Thiat qui se dit NTS (Nouveau type de Sénégalais), détestant le « wax waxeet », persiste sur une chose : Il est « un communicateur qui parle en parabole » et avant de faire ce discours, il savait ce qu’il allait dire et l’a dit.


Thiat pouvez-vous revenir sur votre arrestation ? Dans la matinée du lundi, nous étions tous (ndlr : les membres de « Y’en a marre ») absents du quartier général. Nous avions un programme et à un moment donné, les voisins nous ont appelés pour nous dire que la rue était pleine de policiers robustes avec des gants, des lunettes de soleil noires, des 4x4 et tout. Alors, en bons citoyens, on s’est dit il fallait voir ce qui se passe. Et quand on est venus, on a vu des gens de la Division des investigations criminelles qui m’ont donné un mandat d’amener avec une convocation sans motif. Mais je suis quand même allé avec eux et quand nous sommes arrivées dans les locaux, ils m’ont mis dans un bureau et ont commencé à me poser des questions. Ils étaient quatre à cinq commissaires.

A quels genres de questions avez-vous répondu ? Entre autres, ils m’ont demandé qui j’étais, ma vie privée, ma vie professionnelle, mon groupe (ndlr : Il est à Keur-Gui de Kaolack avec Kilifeu), « Y en a marre » bien sûr et d’autres questions également et pour celles-là, nous préférons y revenir lors de notre conférence de presse prévue pour bientôt. Mais il y avait une question qui revenait souvent, en rapport avec le discours que j’ai eu à faire lors de la manifestation du 23 juillet dernier à la place de l’Obélisque.

Justement pour ce qui est de ce discours, est-ce que vous revenez dessus ou vous regrettez ? Jamais. Jamais. Nous, nous sommes des NTS, « du ñu wax waxeet » (on ne se dédit pas), « luñu wax » (tout ce qu’on dit), c’est parce que c’est ce en quoi nous croyons. NTS, c’est le nouveau type de Sénégalais, c’est le Sénégalais qui ne ment pas, qui ne se dédit pas, donc j’assume pleinement ces paroles, si c’était à refaire, je le referais et je l’ai dit aux policiers. Ils ont passé la vidéo « n » fois, je leur ai confirmé que ça, c’est moi et que c’est moi qui l’ai dit. Et je leur ai répondu que s’ils voulaient donner l’adresse de mes propos à quelqu’un, cela n’engageait qu’eux et que moi, avant de faire ce discours, je savais ce que j’allais dire, je l’ai dit. Je suis un communicateur qui parle en parabole, si une personne se retrouve dedans, cela n’engage qu’elle.

Quels étaient vos sentiments en ce moment, aviez-vous peur, étiez-vous inquiet ? Non du tout. Je n’avais nullement des sentiments de peur, ni de frustration, ni de tristesse, au contraire, j’étais zen, serein parce que je suis un NTS, je vous l‘ai dit tantôt.

Pensiez-vous qu’on vous garderait ? Non (catégorique). Cela m’a beaucoup surpris d’ailleurs que je passe la nuit, parce que j’ai répondu à toutes leurs questions convenablement. D’ailleurs, pour justifier le fait que je passe la nuit là-bas, il a fallu qu’ils me disent que j’ai fait une injure sur la voie publique, c’est le motif pour lequel ils m’ont mis en garde-à-vue. En tout cas, pour toutes les questions, je pense avoir bien répondu.

Et comment s’est passée cette garde-à-vue ? Super bien, j’avais un matelas, un oreiller, je n’avais aucun problème et j’étais seul, quelque part, dans un endroit. Je crois que la police est la seule habilitée à parler de cela, mais sachez que j’ai été à la Dic, après j’ai été emmené au Commissariat central et c’est de là-bas que j’ai été conduit à cet endroit. Il n’y avait pas de difficultés. Sincèrement, j’étais bien traité, on ne m’a pas brutalisé, pas tabassé ni injurié, on m’a respecté parce que je sais me respecter. Je suis un NTS je l’ai dit, nous respectons la loi donc la loi nous respecte.

Il paraît que l’inspiration vous avait visité lors de votre détention. Racontez-nous. J’ai demandé à avoir un cahier et un stylo, que je n’avais pas droit à avoir, mais ce n’est que partie remise et vous le saurez bien avec le nouveau morceau du mouvement. C’est vrai que j’ai eu beaucoup d’inspiration sur beaucoup de choses, des thèmes qui me sont venus dans la tête, je voulais les exploiter, en profiter.

Avez-vous eu à parler à d’autres personnes là- bas ? Allez à Ponty et demandez à voir les « femmes de vie » (sic) pour ne pas dire prostituées, vous voyez ce que je veux dire, il y en avait quelques-unes avec qui j’ai partagé, pas la cellule, mais des moments durant ma garde-à-vue et il faut avoir leurs impressions puisque les « Y-en-a-marristes » ont beaucoup fait pour elles. Ce qui fait que nous ferons prochainement une campagne de « Daas fanaanal » avec les filles de nuit, elles sont prêtes à aller chercher leurs cartes d’électeur. Il y en a certaines parmi elles à qui l’on a remis des « tunes » (argent) que j’avais sur moi. Mais il faut leur parler, c’est hyper important, elles vous diront plein de choses que l’on a faites. Sinon c’est en conférence de presse que nous dirons le reste, les questions de finances et les autres personnes avec qui j’ai parlé là-bas, comme vous dites.Mais pour l’heure, on se concentre sur le « Daas fanaanal » et nous continuons nos activités dès cet après-midi (hier), c’est le plus important pour nous.

Pourquoi êtes-vous si sombre, avec ce look, ce rictus. Vous ne rigolez donc jamais ? (Là il se marre vraiment) Je ne parlerais pas d’admirateurs, de fans ou autres, mais seulement de gens qui partagent avec moi les mêmes idées que je prône pour rester sur terre. Mais ce n’est pas que je suis sévère, mais je suis seulement vilain, il faut le reconnaître, c’est juste cela, mais je rigole beaucoup avec mes potes. Il faut aussi que les gens fassent la part de trois choses : la personne, la personnalité et le personnage. Je suis une personne, j’ai une personnalité, mais j’incarne un personnage et quand dans l’incarnation d’un personnage, on n’arrive pas à toucher les gens, si c’est un rôle qui doit être méchant et qu’on n’arrive pas à ce que les gens soient convaincus, cela veut dire que votre interprétation n’était pas bien. Il vous arrive de voir un film et de détester un acteur parce qu’il a bien joué son rôle, donc le personnage que j’incarne, veut que je sois sérieux, pas sévère et je l’incarne bien. Si vous le dites c’est tant mieux.

On dit même que vous prenez des choses… Je tiens à vous préciser que je ne prends pas d’alcool, je ne me drogue pas.

Propos recueillis par Oumou Sidya DRAME

Source : Le pop

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