O. SOW HUCHARD & Aziz DIENG : "La musique est l’instrument de wolofisation de la société sénégalaise


L’un est musico-anthropologue, l’autre est musicologue. Ils sont tous les deux d’anciens musiciens. Ousmane Sow Huchard (devenu député) a été un acteur du bouillonnement artistique des années post-indépendance avec son groupe le Wato sita. Aziz Dieng, président du Conseil d’administration du Bureau sénégalais du droit d’auteur, a accompagné en tant que producteur, l’effervescence musicale des années 90 marquées par le dynamisme du mouvement Hip-Hop. Interrogés isolément, ils analysent, dans cette première partie d’entretien, l’évolution de la production musicale sénégalaise, ses influences et tendances, ses pêchés….

Le mbalax est-il la musique sénégalaise ?

HUCHARD : Le mbalax n’est pas la musique sénégalaise, c’est une musique sénégalaise ! Parce que avant ce que vous appelez le mbalax ne soit une musique, il y avait la musique des peuples qui composent le Sénégal. Chaque peuple de ce territoire a sa propre musique.

DIENG : Disons que le mbalax représente la musique sénégalaise. Pour moi, c’est une grande évidence, parce que c’est la musique hégémonique. Cependant, le mbalax n’est pas la seule à représenter la musique sénégalaise. Le rap sénégalais a aussi ses représentants sur le plan international : je peux citer le cas de Didier Awadi. Il y a d’autres formes de musique, celle de Doudou Ndiaye Rose, par exemple, qui a sillonné le monde. La musique sénégalaise a plusieurs représentants qui rendent compte de sa diversité, mais le mbalax reste la dominante avec sa figure de proue : Youssou Ndour.

Qu’est-ce qui caractérise le style musical dit mbalax ?

HUCHARD : Le mbalax est un style musical. Son nom vient de la rythmique exécutée par un tambour : le mbeung-mbeung. Ainsi, dans un groupe de percussionnistes, vous pouvez entendre le tambour major dire à celui qui tient le mbeung mbeung de lui jouer le rythme mbalax, sur lequel il peut déclamer des chants, ou faire du tassu (poésie traditionnelle). Cela est devenu ainsi la dénomination de la dance music la plus populaire au Sénégal. Pourquoi le mbalax est devenue si populaire ? C’est parce que c’est une musique dansante, c’est la musique commerciale la plus vendue et la plus exportée. Il a fini par être une sorte de parapluie et à vouloir caractériser toutes les musiques au Sénégal.

DIENG : Une des grandes particularités du mbalax, c’est d’abord le style. C’est une musique qui utilise beaucoup le sabar (tam-tam). C’est le mbeung-mbeung qui joue l’agent métronome autour duquel viennent en contrepoint les autres percussions ; c’est la première particularité. La deuxième : c’est une musique ternaire, qui se compte par des subdivisions de trois temps. C’est différent de ce point de vue des musiques occidentales qui sont binaires. Le mbalax est une musique très syncopée et la sonorité du sabar n’existe que dans la région sénégambienne. Sur cette base rythmique, viennent s’ajouter les motifs de guitare et de clavier avec notamment la sonorité du marimba. Au niveau harmonique, le mbalax relève plutôt de l’harmonie modale que de la marche harmonique. Beaucoup de morceaux se structurent autour d’un seul accord répétitif. Ce qui donne une couleur caractéristique de cette musique. Nous sommes dans un pays qui a été largement influencé par la civilisation arabe. Par exemple, le morceau Emigrés de Youssou Ndour emprunte beaucoup aux chants traditionnels et aux chants arabes. Le mbalax est donc un mélange de rythmes d’inspiration traditionnelle avec des instruments électriques. Il y a par ailleurs une version acoustique comme chez les Frères Guissé. Dans le mbalax, on retrouve également une influence latine et du jazz. La musique sénégalaise, depuis ses premiers orchestres formés dans les années 20, a connu une influence du jazz, surtout à partir de la deuxième Guerre, quand les Américains sont venus à Dakar.

Comment en est-on arrivé à cette forme musicale ?

HUCHARD : Si vous jetiez un regard sur l’historique du mbalax, en dehors de Pape Seck ‘Dagana’ qui avait chanté Lakh bi niorna lorsqu’il était aux Stars jazz de Saint-Louis, il n’y avait pas encore de sabar. Ce morceau était rythmé avec une guitare. Le Wato sita a certainement été le premier orchestre à avoir introduit un mbeung-mbeung dans sa musique en 1970. C’était avec Arona Ndiaye, un des fils de Doudou Ndiaye ‘Rose’. Après cela, les autres ont suivi. Mais, pour nous, au Wato sita, le mbalax n’était qu’un rythme parmi d’autres. Nous avions dans l’orchestre le bougueureubou, le balafon balante qui imposaient une autre rythmique. Le Wato sita était un groupe de recherche. Nous jouions toutes les musiques. Le mbalax a été privilégié par nos suivants. Il y a eu après la marque de grands groupes, de grandes personnalités musicales, comme Thione Seck, Youssou Ndour, Omar Pène, Ismaël Lô et tant d’autres.

aziz_dieng.jpgDIENG : Les choses sont toujours de l’ordre du processus. Dater un commencement est une question très redoutable. Le mbalax, dans sa configuration actuelle, c’est-à-dire avec la batterie, le sabar, s’est installé à la fin des années 70. Dans les années 60, Aminata Fall et Kounta Mame Cheikh ont commencé à chanter dans les langues nationales. Ce qui était très révolutionnaire à cette époque. Parce que les premières périodes de la musique sénégalaise étaient marquées par le mimétisme. On reprenait les musiques venues d’Europe. Vers les Indépendances, on est passé à la musique latine. C’était sans doute lié à la volonté de rompre le cordon ombilical avec l’Occident colonial. On s’est alors particulièrement intéressé au rythme du Cuba anti-colonialiste. D’autant plus que ces rythmes, étant donné leur origine africaine, étaient plus proches. Ensuite, est venu le Rythme and Blues (R’n’b) à la fin des années 60. Pendant toute cette période, pour un musicien dit ‘moderne’, chanter, c’est chanter dans une langue étrangère : français, espagnol notamment. Kounta Mame Cheikh et Aminata Nar Fall ont été donc les premiers à chanter en langue nationale sur une musique dite ‘moderne’. Aujourd’hui, on s’y est habitué, mais à l’époque, c’était une véritable révolution ! C’est au début des années 70, avec le Miami que l’introduction de percussions comme le tama a commencé ainsi que l’orchestration des instruments traditionnels. Et, c’est symptomatique de ce que je viens de dire : Youssou Ndour a commencé à chanter en espagnol. Son premier succès Xaliss a été joué par des instruments latins dans la première moitié des années 70. Ce n’était pas encore le mbalax tel qu’il se joue aujourd’hui. Ce n’est que vers la fin des années 70 que le mbalax, dans sa configuration actuelle, est apparu…

Qu’est-ce qui explique cette domination du mbalax sur les autres genres musicaux joués au Sénégal ?

HUCHARD : Il y a un élément essentiel qui a favorisé la prédominance du mbalax sur les autres genres musicaux : les chanteurs sont généralement issus du clan griot dans les orchestres modernes du Sénégal. Donc tout le répertoire est tiré de leur fonds traditionnel. Et comme les griots, ce sont des Gawlo, des wolofophones, alors le mbalax a pris le dessus. Parce que tout ce qu’ils chantent est soutenu par la rythmique des tambours, du mbeung-mbeung notamment. Cela a joué un rôle important dans l’impérialisme du mbalax sur la musique sénégalaise. Celle-ci est devenue ainsi l’instrument de wolofisation de la société sénégalaise. C’est une entreprise voulue, mise en œuvre et entretenue par les médias, les radios, les télévisions en particulier. La preuve, lorsqu’ils vous interrogent en français, ils vous demandent ensuite de donner une version en wolof. Personne ne m’a jamais demandé d’intervenir en manjack, en diola ou en mandingue. Les animateurs des radios et télévisions ne mettent que du mbalax. C’est une telle démarche qui a favorisé ce que j’ai appelé la wolofisation de la société sénégalaise. Pour l’intégration nationale, c’est une bonne chose qu’une société communique dans une même langue. Et nous avons la chance, qu’il y ait des ‘cousinages à plaisanteries’ dans notre pays. Les rapports entre groupes ethniques ne sont pas conflictuels.

DIENG : Les médias ont joué un rôle de formatage du goût du public. J’ai parlé tantôt de musique hégémonique. Même, ceux qui chantent en pular ou autres langues nationales : socé, mandingue, infléchissent leur musique vers le mbalax. On peut penser qu’il y a danger parce que la tendance à la standardisation est très facile. Tout le monde veut ressembler à la mode. Il y a le danger qu’un seul rythme soit dominant, alors qu’à côté du mbalax, il y a d’autres sonorités de la Casamance, du Sénégal oriental, qui sont tout aussi intéressants, mais qui ne peuvent pas bénéficier de la même exposition qui permettrait au Sénégal de montrer toute sa diversité. Malgré la tendance à l’homogénéisation, il faut souligner l’inventivité des percussionnistes. Car, je ne crois pas qu’ils soient en train de se répéter. Ils créent des motifs rythmiques extraordinaires.

Le succès populaire du mbalax s’explique-t-il aussi par le fait qu’il soit bien ancré dans les mœurs ?

HUCHARD : Pour qu’une musique prenne, il faut qu’elle soit utilisée dans le contexte social : les baptêmes, les mariages, etc. Au Sénégal, c’est le mbalax qu’on joue dans les cérémonies. Il y a aussi la touche féminine : faire tourner les hanches, les dial diali (ceintures de perles), les petits pagnes… Ce sont des artifices qui ont leur importance dans une musique et la danse particulièrement, car les deux sont étroitement liées. La danse est d’ailleurs définie comme des gestes musicaux. Dans une architecture de sons, vous entendez une mélodie qui tourne, dès que le corps humain réagit, il produit des gestes musicaux qui répondent à la mélodie entendue. Tout cela participe à valoriser la musique. Le mbalax entre dans ce cadre-là. Sa mélodie a un prolongement sur la piste de danse, dans le port du pagne, les perles, etc. Cela devient donc un complexe de choses qui travaillent à la promotion du même objet. Alors que les autres musiques n’avaient pas ces aspects. Il faut aussi dire que les mélomanes d’un pays ont besoin d’une musique de danse, une musique pour s’amuser.

DIENG : C’est au niveau de la sensation que se fait la différence. Prenons l’exemple de la musique des Touré Kunda : elle est absolument belle, mais elle est construite sur des rythmes binaires. Ce qui ne crée pas la même sensation : la vendeuse d’arachide, par exemple, est moins réceptive à ce genre musical. Alors que la plupart des Sénégalais peuvent très bien danser sur le rythme ternaire du mbalax, comme s’ils étaient entraînés pour ça. Les codes musicaux du mbalax sont immédiatement perceptibles par beaucoup de Sénégalais.

Pourquoi les autres formes de musique n’ont pas pu s’imposer à l’instar du rap ?

HUCHARD : Le rap, ce n’est pas seulement l’aspect musical, mais c’est plus un phénomène social. C’est un mouvement urbain où le texte prend le pas sur beaucoup de choses ; et qui parle directement aux consciences. En plus, les rappeurs, eux, n’ont pas besoin de beaucoup de matériels pour s’exprimer. Ils ne le font qu’avec la voix ; alors que les autres ont besoin de guitare, d’ampli, etc. Et la musique afro et les autres genres des années 80 n’avaient pas intégré la dimension danse. C’étaient plus des musiques de recherche qui n’ont pas eu l’attention des médias de diffusion dont le mbalax a su bénéficier.

DIENG : Quand on parle de courant dominant, ça veut dire qu’il y en a d’autres qui existent ; c’est partout comme ça. Il y a un courant principal, ce que l’&nglais appelle le meanstream. Au Sénégal, le mbalax, c’est le meanstream. C’est le fleuve principal. A côté, il y a des affluents qui tentent d’émerger. Les explications peuvent être très nombreuses. Pourquoi, par exemple le jazz est si peu populaire au Sénégal ? C’est parce qu’il y a un certain degré de sophistication dans le jazz qui fait qu’il n’intéresse qu’un public réduit : parce que pour aimer une musique, il faut en comprendre les codes.

Comparé au rap, le mbalax n’a pas cherché à jouer un rôle d’éveil des consciences malgré sa popularité et son ancrage dans les mœurs…

HUCHARD : Le message du mbalax, c’est moins parler à l’esprit du mélomane, qu’à son corps. C’est une musique de danse, c’est simplement pour se défouler. Elle parle au corps pour l’amener à réagir. C’est pourquoi les textes sont nécessairement pauvres. Les mélodies de Youssou Ndour ou de Thione Seck sont généralement des chansons d’amour. Il existe dans le mbalax des textes où l’on trouve une morale, mais c’est rare. En tout cas, ce n’est pas la priorité.

DIENG : Comparé au rap, dans le mbalax, c’est la loi du rythme qui est beaucoup plus importante. Mais comme toute musique, elle a la capacité aussi de délivrer des messages, de jouer dans la perception des gens. Mais c’est surtout le côté rythmique, le côté saf qui retient les gens. Ce qui caractérise une musique, c’est la forme, c’est valable pour tous les arts. Le mbalax peut être aussi contestataire que le rap. Tout comme on peut faire du rap sans être dans la contestation. On observe bien cette division-là dans le mouvement Hip-hop. Il faut dire que, pour le mbalax, l’influence des griots a joué un rôle dans le caractère relativement conservateur de ses textes.

Avec le temps, que vont devenir les formes musicales traditionnelles au Sénégal ?

HUCHARD : On gagnerait à faire la promotion des musiques traditionnelles de nos peuples. Il est d’autant plus nécessaire de sauvegarder ce patrimoine qu’il constitue la principale source d’inspiration de nos créateurs contemporains. Youssou Ndour dit souvent s’abreuver auprès de sa grand-mère, Mame Marie Sène. Donc, on a besoin de nos parents Gawlo, les dépositaires, comme Samba Diabaré Samb, etc. Ces monuments, nous gagnerons à les enregistrer et les garder pour que demain, les jeunes puissent les écouter. Les conseils régionaux doivent valoriser la musique traditionnelle. La culture relève des compétences transférées. Chaque région doit valoriser ses potentialités culturelles. Pourtant, dans le cadre de la diversité culturelle, il y a des pistes à explorer. Les sonorités traditionnelles sont menacées. La technologie est tellement élaborée qu’on peut reprendre aisément le son des instruments traditionnels au point de vouloir tuer ceux-ci. C’est pourquoi, mon grand projet, c’est la création d’une Maison de la musique africaine, un musée des instruments des Africains. J’ai dans ma collection personnelle plus d’une centaine d’instruments de musique traditionnelle de presque tous les pays d’Afrique.

DIENG : Le Bsda organise chaque année des concours ; c’est une manière d’encourager une vie culturelle diversifiée. D’ici à la fin de l’année, nous comptons financer une cassette de chanteurs qui font du tassu et qui éprouvent des difficultés à se faire produire. Ces deux dernières années, les interpellations sur le front social rendaient difficiles des opérations de ce genre (...) Par rapport aux instruments traditionnels, je n’ai pas une position manichéenne. Pour leur donner le maximum de chance, il faut les faire évoluer. Jouer le xalam (guitare traditionnelle monocorde) dans un orchestre moderne demande, pour changer de modalité, de s’arrêter et le ré-accorder. Même chose pour la kora. Cela pose problème. Alors que pour changer de tonalité avec la guitare ou le piano, on n’a pas besoin de s’arrêter. Les instruments traditionnels connaissent donc des limites techniques, ce qui explique leurs difficultés à s’adapter à d’autres musiques. Pourquoi ne pas les faire évoluer ? En Europe, on ne joue pas avec les instruments du 10e siècle, ils ont évolué. Il faut saluer le travail des pères de Keur Moussa qui ont créé une kora à clé capable de s’accorder facilement…

Quelle sera la tendance dans la création musicale au Sénégal dans les années à venir ?

HUCHARD : Le mbalax reste la musique dominante et la tendance n’est pas près de se renverser à cause du pouvoir de l’argent. Ce sont les producteurs qui mettent l’artiste en studio, paient pour l’enregistrement, la duplication des cassettes. Ensuite, ils les vendent pour récupérer leur bénéfice. C’est eux qui sont derrière tout ce business. Donc si l’on met une musique 50 fois sur une radio, c’est eux qui sont derrière parce qu’ils veulent vendre. D’ailleurs, les animateurs ne passent pas votre musique si vous n’avez pas d’argent ou si vous n’êtes pas connu. C’est la loi du monde commercial. La musique est certainement le produit culturel le plus lucratif et le plus rentable.

DIENG : Au Sénégal, les hiérarchies musicales sont très stables. Cependant, j’ai noté, à partir des années 90, une certaine diversification de la musique. Il y a plus de figures connues au-delà des frontières. On voit le folk se développer. On assiste à la renaissance de la salsa, une sorte de salsa revival. On a vu l’émergence du Hip-hop avec son public, ses concerts et son circuit spécifique. Il y a un intérêt accru pour d’autres formes musicales. Mais je pense que le mbalax, pendant quelques années encore, restera la musique dominante. La violence de la compétition s’explique paradoxalement par le fait que c’est une musique qui se ressemble, qui veut occuper les mêmes places, qui se développe. L’uniformisation des musiques existe avec toutes les conséquences qui s’en suivent en termes d’appauvrissement. L’art, y compris la musique, est plus rare qu’il n’y paraît. Ce n’est pas seulement au Sénégal, c’est un phénomène mondial : Nous sommes en plein dans une civilisation de la répétition.

La musique sénégalaise est-elle uniquement faite pour être consommée localement ?

HUCHARD : La musique sénégalaise est jouée à l’étranger, mais pour quel public ? Aujourd’hui, toutes les musiques produites ici peuvent s’exporter, mais c’est pour les Sénégalais vivant à l’étranger. Avec l’émigration, n’importe quel chanteur peut remplir une salle de sept mille places en Italie. Il n’y a que Youssou Ndour, Ismaël Lô, Baaba Maal, etc., qui jouent pour des publics autres que sénégalais et remplissent les salles. Les autres vont jouer pour des Sénégalais émigrés, c’est comme s’ils étaient à Dakar. Le public du mbalax ne demande pas beaucoup, c’est le rythme qui l’intéresse. Alors que si un chanteur veut faire une carrière internationale, il faut que sa musique soit bien élaborée et bien arrangée.

DIENG : Toute œuvre d’art à une vocation universelle. Mais certaines formes traversent plus facilement les frontières que d’autres. Il est, par exemple, plus facile d’exporter une humour gestuelle que parlée. Il est évident que la barrière de la langue se pose. Le mbalax est une musique très particulière qui se danse sur le temps du mbeung-mbeung. La basse intervient entre deux temps du mbeung-mbeung. C’est la différence avec une musique occidentale qui se danse sur le temps de la basse. C’est ce qui donne d’ailleurs cette impression de désarticulation quand un Occidental danse le mbalax, parce qu’il cherche à danser sur le temps de la basse ; alors que dans le mbalax, la fonction de la basse n’est pas de souligner le temps musical. Je trouve cela extraordinaire. On parle beaucoup de mondialisation, de standardisation. Et quand on a une musique qui est différente des standards internationaux, qui a cette radicale particularité : l’inversion du temps, c’est quelque chose d’extraordinaire dont on devrait être fier. Il faut un travail de promotion de cette musique. Même s’il est encore vrai que les musiques binaires ressemblant aux musiques de l’Occident s’exportent plus facilement : c’est ce qui explique le succès de 7 seconds, de Pata Pata. Mais nous avons notre particularité à apporter au reste du monde…

(A suivre) Propos recueillis par Fatou Kiné SENE & Abdou RahmaneMBENGUE

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