Morgan Heritage enflamme Sorano

Pour une première, ce fut un coup de maître ! La prestation du Morgan Family, avant-hier, au Théâtre national Daniel Sorano, a répondu à toutes ses attentes. Permettant aux adeptes du reggae de communier avec un grand nom du reggae mondial. Même si tout ne fut pas toujours roots, le public, au rang duquel de nombreux « teen-agers », a apprécié et vibré aux sons de l’île jamaïcaine.


L’installation à gauche et au-devant de la scène de la Croix de David, signe de l’Israël antique, sonne le début du concert. Quelques vingt minutes étaient dénombrables avant 23 heures et le nombreux et très hétéroclite public commençait à prendre son mal en patience. Les efforts du Dj n’y firent rien. Il a fallu faire monter Sister Ouly suivi de Iba Guèye Massar pour des play-back pour calmer l’ire des spectateurs qui, calés depuis 20 heures sur leurs fauteuils, criaient et sifflaient pour exiger la venue et la première prestation du Morgan Heritage sur la terre sénégalaise.

Et les choses sérieuses pouvaient, avec cette Croix de David symbole de la puissance de la Divinité chez les rastas, débuter. Comme si les enfants de Denroy Morgan voulaient placer leur prestation sous la protection divine. Ils font une entrée simultanée alors que les « vibes » étaient déjà distillées par les autres membres du groupe : le bassiste, le soliste, le batteur et un claviste. Gramps s’en va à ses claviers, Lukes est au milieu de la scène avec sa guitare, Mister Mojo est juste derrière sa sœur Una, placée à droite et au-devant de la scène. Peter, principal lead-vocal, a pris possession du devant de la scène. L’apparition des frères et sœurs provoque une manifestation de joie du public.

Un répertoire bien apprécié

Oubliées les longues heures d’attente et le son accroche de sorte que les sièges sont désormais vacants. Dans les allées du mythique théâtre national, le public, tout excité, très mixte et coloré et aux couleurs vert, or et rouge (des rastas), répond et chante avec le groupe qui ouvre avec « Teach them ».

Sans répit, les titres s’enchaînent et Peter s’aperçoit que leur répertoire est bien apprécié et connu par nombre de fans. Et le « Don’t Haffi dread », troisième titre joué, réveille les plus sceptiques. Et Peter saute sur l’occasion pour communier avec le public. Entonnant un refrain, il laisse au public le soin de le terminer.

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il peaufine de dialoguer avec celui-ci. Réitérant ses appels aux amoureux de la reggae musique, de son groupe, de sa Majesté Haile Selassie, de l’Afrique de se distinguer par des « yes rasta ».

La chaude voix de Gramps surgit de temps à autre pour une ballade dans les airs qui font la part belle aux claviers. Le bassiste semble timide, même si les échelles d’harmonies au-dessus desquelles il se promène sont pures.

Mojo martyrise ses drums : tantôt debout, tantôt assis. Peter va serrer très souvent sa sœur dans ses bras. Ce qui ne change rien à son air un peu timide. Et Cheikh Amala Doucouré, le célèbre animateur, de décortiquer « qu’il a le talent, l’inspiration, mais il semble trop bien éduqué et que tout est très mesuré chez lui ».

Ce qui est vrai puisque le bonhomme ne bouge pas trop sur scène. Du moins, il ne se donne pas à cœur joie et la chorégraphie n’est pas des plus forts chez le Morgan Heritage. Mais le groupe respire le professionnalisme dans l’orchestration du concert. Les titres s’enchaînent à un rythme épouvantable et point de signe d’abandon. Très bien préparé, le concert n’a pas échappé à la nécessité d’enchaînement de titres. « Live up », « Voice crying out », « Ready or not »...

La reprise des chœurs de « Soul Rebel » ou encore le refrain de « Them gone » par le public plonge le théâtre national dans un brouhaha général. Les styles « lovers » et soul sont très présents dans la prestation, rappelant que ces « gosses » conjuguent avec leur époque, mais surtout qu’ils portent les stigmates de l’environnement dans lequel ils ont baigné dès leur tendre enfance.

« Liberation » ou « Going home » offrent de longs moments d’appréciation de la maîtrise des instrumentistes. Ce public a été tout enchanté de s’interroger avec le Morgan Family par des « Tell me how come » qui a mis fin aux deux heures de prestation.

Source : Le Soleil

Morgan Heritage en concert, ce soir, à Sorano : Bon sang reggae !

(Le Quotidien 16/01/2008)

C’est une histoire de famille. Morgan Heritage, composé de cinq personnes, est issu de la vaste fratrie de Denroy Morgan qui a enfanté 29 mômes pour pérenniser son œuvre. En concert à Dakar dès ce soir à Sorano, il promet de mettre le feu pour leur deuxième tournée africaine après Abidjan.

Kingston ou Dakar ? On se serait vraiment cru quelque part dans les rues de la capitale mondiale du reggae et non sur l’Avenue Cheikh Anta Diop. Avec le mouvement ondulant des tignasses, Just U 4 ressemblait à un lieu de culte pour le peuple rasta. Comme pour les rares fois où un groupe de reggae de renommée internationale met ses pieds sur la terre sénégalaise, les irréductibles fans ne veulent jamais rater l’occasion, peut-être unique, de « flirter » avec leurs idoles. Le Just 4 U, plein à craquer et balayé par un vent frisquet, a été le point de convergence des porteurs de dreadlocks pressés d’apercevoir les différentes silhouettes de la famille Morgan. Dans la cour, on est surtout pressé de mettre les noms sur les voix des Jamaïcains : C’est qui Una Morgan (claviste et vocal) ? Teint caramélisé, voix sensuelle et sourire radieux, elle est la seule fille du groupe. Et les autres ? Lukes (guitariste), Mojo (percussions et vocal), Gramps (claviste et vocal), teint noir, mentons très barbus et rastas au vent et surtout Peter Morgan (lead vocal), teint clair. Ils étaient le centre d’attraction du « Sénégal du reggae », qui accueille pour la première fois les enfants de Denroy Morgan.

Ils sont d’abord huit héritiers du prolifique Denroy Morgan célèbre chanteur, producteur et interprète du tube I’ll do anything for you des années 1980, qui a procréé 29 enfants pour pérenniser la « famille royale du reggae », afin suivre les traces de leur illustre père. Denroy, qui souhaite à ses enfants semblable destin merveilleux, les berce, d’ailleurs, dès le plus jeune âge dans cette musique et les élève dans la pure tradition rastafari pour les initier à cet art dans son école de Springfield, du Massachussets et son home studio de Brooklyn à New York. Dès 1992, ils commencent à éclore leurs talents, en début de décoffrage, durant un Reggae Sunsplash à Montego Bay (Jamaïque) et signent un contrat de production avec Mad Cobra, Shabba Ranks et Patra (Mca). Ils sortent dans l’euphorie de cette première reconnaissance et de façon précipitée leur première production en 1994. Mais, l’album « Miracle » est juste porteur et fait long feu sur la scène nationale et internationale comme le reconnaissent-ils, « il n’est pas du reggae authentique. » L’expérience en major tourne court après l’échec de ce premier album familial. Mais, l’aventure continue avec Una, Peter, Gramps, Lukes et Modjo prêts, désormais, à assurer la continuité de l’œuvre de leur père et assumer cet héritage paternel après un retour à leurs sources ancestrales. Ils se sont joyeusement accordés à l’héritage culturel et musical de leur mère patrie, et s’approprient de la culture hip-hop et Rnb qui leur proviennent de la culture américaine où ils ont passé leur enfance. Le succès est au bout de l’effort et la nouvelle entente accouche de deux productions, Protect Us Jah (1997) et One calling (1998) qui les introduisent officiellement dans la planète reggae.

La fratrie Morgan, bien implantée sur ses racines, côtoie alors les géants de l’industrie musicale jamaïcaine comme Philips « Fatiss » Burell, Donovan Germaine et le légendaire saxophoniste Dean Fraser, pour se bonifier et escompter se mettre sous les pas de leur glorieux papa. Des contacts professionnels, qui influent positivement sur leurs prochaines productions comme « Dont Haffi dread » en 1999 et surtout « More teaching » en 2001. La musique gagne en « authenticité et en spiritualité » et assoit davantage leur popularité. Ils décident d’approfondir leur enseignement et partager leur apprentissage avec le public pour transmettre les idées rastas un peu partout dans le monde. Ils chantent désormais l’amour, le sens de la famille et la confiance en soi. Moragan Heritage va à l’assaut de la reconnaissance de la scène internationale. Les enfants Morgan multiplient alors les tournées en Europe, aux Etats-Unis et ils retournent se ressourcer dans le « berceau de l’humanité » pour retrouver leurs sources ancestrales : l’Afrique, ce « beau continent ». « C’est un très grand continent. L’Afrique n’a rien à envier aux autres continents parce que nous ne manquons de rien. Ce sont les Occidentaux, qui viennent nous exploiter et ils sont à l’origine de nos maux », dénonce Peter Morgan. Cette exploitation de l’Afrique et ses maux constituent les thèmes de dénonciation des Rastafari. Ils continuent de « manifester leur volonté de voir une Afrique unie », de« participer à des projets d’unification du continent » et ils le manifestent dans leur dernier opus « Mission in progress », sorti en ce début d’année de 2008.

LA RELEVE DEJA PRETE

En tout cas, ils produisent maintenant du reggae roots teinté d’accents empruntés à la rue, à l’équilibre d’une vraie cellule familiale et surtout d’une profonde croyance à la religion rasta. Peter et ses frères considèrent justement la culture rasta comme un simple concept et un état d’esprit pour « se référer aux enseignements de Sélassié ». Elle laisse donc entrevoir tout un tas de symboles contrairement à l’imagerie populaire, qui l’assimile à une culture de contre-valeurs comme la consommation à gogo du chanvre indien. « Etre rasta n’est pas synonyme de porter des dreadlocks et de fumer du ganja, mais une façon de vivre, qui doit se refléter dans la mentalité et l’esprit de l’individu qui se dit rasta. Le rasta ne se dit pas mais, se vit intérieurement », philosophe Peter, le lead-vocal du groupe.

Pour l’instant, le peuple rasta est déjà en alerte et va épier toutes les sorties sur la scène dakaroise, notamment au Théâtre national Daniel Sorano (ce soir), au stade Demba Diop (19 janvier) et au Just 4 U (20 janvier). Grâce au label « Black emotion » managé par Lord Aladjman et eux, l’hiver reggae qui menaçait de traîner en langueur après l’interdiction de séjour de « l’Africain » Tiken Jah Fakoly sur cette terre de Téranga, va retrouver du rythme et des couleurs. Ils promettent de mettre « le feu » à Dakar où ils effectuent leur deuxième tournée africaine, après « leur succès éclatant d’Abidjan où ils se sont produits devant plus de 80 mille spectateurs » en 1999. « Nous savons que nous sommes vraiment attendus dans ce beau et attractif pays. C’est un pays de culture et qui a enfanté de très grands artistes comme Baba Maal et Youssou Ndour ou Daara J. Vous ne serez pas déçu par Morgan Heritage. Les fans assisteront à la fureur des rastafari », promet Gramps.

Et la relève familiale est, également, bien prête pour poursuivre l’inoxydable challenge d’éterniser l’œuvre de Papa. Car, les mômes Morgan composés de Lara, Mariam et Shy Poo se sont fondus dans la moule reggae et font leur petit bonhomme de chemin après avoir mis « Reality Check » sur le marché en 2000. L’Héritage des Morgan se veut éternel ?

Bocar SAKHO

Source : Le Quotidien

Le souffle de Jah à nouveau sur Dakar !

Par Felix NZALE

« Nous vivons partout les mêmes souffrances, que l’on soit en Afrique ou ailleurs ». Il faut donc « rester sur place et se battre pour changer l’ordre des choses », ont conseillé hier les frères Morgan du groupe « Morgan Heritage » au cours d’une conférence de presse.

Plusieurs fois annoncée, autant de fois reportée. Les milliers de fans qui ont longtemps pris leur mal en patience ont pu enfin souffler un « ouf » de joie avec, enfin, la présence à Dakar du groupe reggae jamaïcain Morgan Heritage depuis la fin de la semaine passée. Hier, lundi 14 janvier, les rejetons de Denroy Morgan, Una, Lukes, Peter, Gramps et Mojo étaient en conférence de presse sous l’égide du label « Black Emotion ». De part et d’autre fusaient des questions relatives à l’Afrique, au renouveau du reggae, à la divinité de Sa Majesté Haïlé Sélassié I, à l’« affaire Tiken Jah », et à bien d’autres préoccupations des confrères venus très nombreux.

S’agissant du « retour physique » des rastas en Afrique, tel que conceptualisé par l’un des pères historiques et idéologiques du rastafarisme, en l’occurrence Marcus Garvey, (ce dernier planifiait, plus généralement, un ‘’retour physique’’ des noirs de la diaspora, allant jusqu’à créer une compagnie maritime appelée ‘’Black star Liner’’), les Morgan ont déclaré qu’il y a belle lurette qu’un tel projet n’était plus à l’ordre du jour, parce que « nous vivons partout les mêmes souffrances, que l’on soit en Afrique ou ailleurs ». En réalité, ce « retour physique » en Afrique a été repensé par des rastas de la génération des Marley, Bunny Wailer, Tosh et autres, qui parlent plutôt d’un retour philosophique, culturel, moral et spirituel. « Jamake ya » (Jah makes here equal Jamaïca, ce qui se passe sous d’autres cieux est pareille à ce qui se passe en Jamaïque) disent-ils désormais. Du coup, l’Afrique cesse d’être cette « terre promise » (Denis Brown) où « le lait et le miel coulent » (Steel Pulse). Il y coule aussi de la merde comme partout… « Ce qu’il faut, c’est rester sur place et se battre pour changer l’ordre des choses », conseillent les frères Morgan.

À propos de leur titre « Don’t Haffi Dread » dans lequel ils déclarent que l’on n’a pas besoin d’avoir des « locks » pour être rasta, les membres du groupe ont ré expliqué leur point de vue suite notamment à la levée de boucliers dont ils ont été l’objet de la part de certains rastas radicaux, y compris et surtout le « Black Uhuru » de Michael Rose et Dicky Simpson. Selon les Morgan, « Sa Majesté Haïlé Sélassié est le premier rasta et il n’a jamais demandé à quelqu’un d’en porter ». Et puis, « beaucoup de gens portent des dreadlocks, mais ils agissent selon des principes contraires aux enseignements de Jah ». Ils ajoutent que « Rasta n’est pas réductible à l’apparence physique ou à la consommation de ganja, c’est bien plus essentiel : c’est une manière de vivre, de se comporter en référence à l’enseignement de Sa Majesté. C’est une conscience positive en mouvement ». Interpellé sur l’« affaire Tiken Jah » déclaré persona non grata au Sénégal suite à des propos jugés « irrévérencieux » demandant notamment au président Wade de « quitter le pouvoir (s’il) aimait le Sénégal » et de « laisser (son) fils au berceau » s’il ne voulait pas qu’il s’expose aux rigueurs des exigences démocratiques. Selon les Morgan, l’enseignement de Sa Majesté auquel ils se réfèrent recommande clairement « le respect des leaders des pays dans lesquels on se rend, mais aussi le respect des lois et des usages ». Et les Morgan de marteler à qui voulait les entendre que, de ce point de vue, le président Wade et les autorités politiques sénégalaises ont raison de parler de « manque de respect ».

Quid du renouveau du reggae ? Les Morgan ne se situent pas dans cette vision. Selon Gramps et ses frères, « chaque génération a pour mission de perpétuer le message en référence aux réalités du moment et en fonction des paradigmes de l’heure ». Eux ne font que jouer leur partition. Quelques mois après I Jah man Levy, c’est donc au tour des Morgan de donner rendez-vous au public dakarois le mercredi 16 janvier à partir de 18 heures au théâtre Sorano, le samedi 19 janvier au stade Demba Diop à partir de 22 heures, et le dimanche 20 janvier en « sound system » au Just 4U à partir de 21 heures.

Source : Sudonline

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