Manifestations nocturnes dans plusieurs quartiers de Dakar hier

L’insoutenable souffrance des ménages privés d’électricité par la Senelec a finalement poussé les jeunes de plusieurs quartiers de Dakar à descendre dans la rue, hier, en début de soirée pour exprimer leur colère aux autorités étatiques. Opérant de manière spontanée à plusieurs endroits de la capitale sénégalaise, les jeunes manifestants ont d’abord envahi le croisement Castor avant que les manifestations ne se généralisent comme par effet d’entraînement pour toucher d’autres quartiers plongés dans le noir un peu après le crépuscule.


C’est ainsi qu’à Sacré-Coeur, au niveau de la boulangerie Jaune, dans les Sicap Liberté 4, 5 et 6, aux allées du Centenaire, sur les deux axes routiers de la Voie de dégagement nord (Vdn), le relais a été pris par des manifestants sortis des ruelles obscures pour paralyser la circulation des voitures à l’aide de pneus incendiés sur la chaussée, de bacs à ordures et de branches d’arbres.

Du côté de la Médina aussi ça a chauffé. Du côté de la rue 22x38, de la rue 23x6 également, des riverains ont bloqué le trafic sur pendant un bon moment avec les mêmes techniques de manifestation de protestation. Ainsi, sur tout le tracé de la rue 6 de la Médina, l’on pouvait apercevoir plusieurs points incandescents, comme une fournaise, du fait du nombre impressionnant de pneus et de douilles de lacrymogènes éparpillées un peu partout sur la chaussée. Il a en effet fallu l’intervention des forces de l’ordre pour que les grandes artères de la capitale, prises d’assaut par les jeunes manifestants, soient dégagées.

La police se déploie, fait usage de lacrymogènes et bloque les voies menant aux radios et télés de la place

Comme s’ils s’étaient passé le mot, ce sont des composantes d’une jeunesse déterminée que l’on pouvait voir essayer de tenir tête aux éléments du Groupement mobile d’intervention (Gmi) de la police déployés nuitamment pour quadriller les différents points stratégiques menant au centre-ville et aux sièges des organes de presse du secteur de l’audiovisuel. C’est ainsi que le rond-point de Sacré-Coeur, sis près de la boulangerie Jaune, à proximité de la radio Sud-Fm, a été requis par les éléments de la police qui y ont finalement stationné une de leurs 4x4 pick-up remplie de logistique anti-émeute et d’hommes. Le même dispositif a été également constaté au rond-point Liberté 6 situé près de la chaîne de télévision Walf-Tv et devant les grilles de la Rts. De même, la Corniche ouest desservant la Radio futurs médias (Rfm) était surveillée comme du lait sur le feu, surtout dans le sens Université Cheikh Anta Diop Dakar-Plateau. Comme s’ils avaient compris qu’il fallait opérer ailleurs, d’autres jeunes se sont emparés du pont Sénégal 92 de Grand-Yoff. Les forces de l’ordre ont été obligées de se déployer vers la zone de Liberté 6 extension, de Keur Khadim et des Hlm Grand-Yoff pour rouvrir le pont que les manifestants avaient réussi à bloquer à l’aide d’ordures et de pneus incendiés. Au même moment, le populeux quartier de Fass chauffait avec des jets de pierres comme riposte face à la pluie de grenades lacrymogènes que les policiers envoyaient aux manifestants.

Imams Youssoupha Sarr prêche encore le boycott du payement des factures

Du côté de la banlieue de Dakar, rejetant toute idée de confrontation avec les forces de l’ordre, de saccages ou d’actes de guérillas, l’Imam Youssoupha Sarr du Collectif des habitants de Guédiawaye a lancé pour la énième fois le mot d’ordre de boycott du payement des factures d’électricité dues à la Senelec. Argumentant la pertinence de cette stratégie de lutte, le guide religieux de Guédiawaye a indiqué que « la situation est devenue insupportable même si les autorités gouvernementales sont en train de rechercher des solutions pour combler le déficit énergétique ». L’autre argument avancé par l’Imam Youssoupha Sarr, c’est la rupture des obligations contractuelles de la Senelec envers ses abonnés. Si les clients de la Senelec payent leurs factures d’électricité, c’est pour être approvisionnés avec une quantité et une qualité d’électricité couvrant leurs besoins, a ajouté l’imam Sarr ajoutant que les membres dudit collectif sont en train de mener une vaste campagne de sensibilisation au sein des populations pour que le mot d’ordre de boycott soit, cette fois-ci observé par tout le monde.

Abdoul Aziz SECK

Source : Le pop

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