Mame Goor Diazakal veut représenter le peuple : une Audience à la place d’Assises nationales

en 11 minutes... il faut aller jusqu’à la fin.


Mame Goor Diazakal est parti de l’existant pour arriver au réel.

Sa carrière d’artiste musicien lead vocaliste découle accidentellement de sa reconversion réussie après des années passées comme manager de groupe de Rap, dont le plus connu est le Bamba J Fall.

Aujourd’hui, à force de travailler et de faire reculer les limites du possible, ce spécialiste du zikr et maîtrisard avéré des rythmes Baye Fall du madial a su adapter sans blesser l’originalité et l’harmonie des khins utilisés lors de ces rites de purifications de l’âme et de négation de l’orgueil qui aident l’homme de se raprocher de son seigneur.

Mais a-t-on le droit de décerner le titre de « roi du madial » à notre frère et parent-talibé Mame Goor Diazakal ? Une telle question est tributaire de la marge de progression qu’il faut, désormais, conférer à ce jeune loup aux dents longues.

Dans ce nouvel album Bii Audience, sa qualité de porte-parole du peuple a pris le dessus sur le talibé qu’il est. Bii audience jette les bases d’une nouvelle génération d’artistes responsables et logiques envers leurs dirigeants politiques.

Le « roi du madial », dans sa progression vertigineuse, son engagement civique et citoyen, évoque dans cet album, dans un air de yadaké qui côtoie le jazz, la nécessité de protéger notre environnement des épaves des automobiles.

L’usage du français par le Baye Fall de la musique sénégalaise, renseigne désormais sur la volonté de l’auteur de Diazakal d’internationaliser l’audience, mais aussi de tendre la perche à ses concitoyens afin que le problème de développement ne soit plus réduit et axé sur l’Etat bien que celui-ci ait un rôle primordial à jouer à chaque instant.

La société civile culturelle doit méditer sur le sens qu’il faut désormais conféré au jeu politique du Sénégal nouveau, découlant de l’alternance 2000.

Mame Goor Diazakal a choisi, dans son nouvel album, de ne pas faire de parti pris, mais d’être dans l’obligation citoyenne de dire avec objectivité ce que son peuple ressent dans ce contexte identique à beaucoup de pays développés. Car au même moment où les boulangers sénégalais faisaient la grève, les automobilistes français paralysaient leur pays.

Le « roi du madial », en bon analyste, commencera, dès le début de son audience, à faire une comparaison du Sénégal d’hier et celui d’aujourd’hui dans une démarche illustrative avec comme support pour étayer son diagnostique, ces grandes réalisations et un changement architectural qui présage un avenir certain.

Sa conviction dans cette entreprise d’analyste musical au profit de l’économie et de la politique est une résolution d’être Sénégalais avant tout, conscient des aspirations de son peuple et respectueux des convictions et des appartenances culturelles, sociales et idéologiques.

Aujourd’hui, la puissance prophétique et poétique de l’album Bii Audience de Mame Goor Diazakal envoie l’opposition sénégalaise défaillante lors des élections législatives et une certaine société civile nihiliste à la nécessité de reformuler leur appel. L’auteur de Bii Audience a bâti dans la conscience des pyromanes des murs en gouttes d’eau pour servir sur la table des négociations une audience à la place d’« Un dialogue national ou Assises nationales ».

Mame Goor Diazakal, toujours dans ses propos qu’il a livré dans cette audience, démontre et rassure que ce pouvoir issu du 19 mars 2000 a obtenu les bénédictions de Serigne Touba. Mais l’auteur de Bii Audience trouve nécessaire, pour chacun de nous citoyens, d’avoir des repères et des indicateurs de performance fiables pour croire et avoir confiance à ceux qui aspirent à diriger notre cher Sénégal.

Le « roi du madial » confirme, à travers cette œuvre de rupture, que l’artiste, l’écrivain, le musicien ou l’homme de culture tout court doit obéir aux normes démocratiques qui régissent le jeu des grandes démocraties : C’est un devoir et un droit à ceux qui se réclament « voix du peuple » d’être en veille et de prendre en compte les préoccupations des citoyens, et au pouvoir d’avoir une capacité d’écoute et de réaction pour répondre aux besoins des gouvernés.

Le jeu musical de Mame Goor a plus d’enjeu que le jeu politique. Actuellement, osons le dire, le jeu politique n’a point d’enjeu.

Le baye fall de la musique sénégalaise assimile la situation du pays a une équation ou le nombre d’inconnus a pour nom : les coupures d’électricité, la hausse des prix de denrées comme : le riz, le sucre, l’eau, le pain, les épaves des automobiles et l’électricité. C’est cette situation que nous vivons.

Mais un tel contexte devrait être réglé sur une seule audience, ou à la limite faire l’objet de marches de protestation, de sit-in etc.

Pour entrer au Palais et parler avec le chef de l’Etat, Mame Goor n’a point besoin d’user et d’abuser de concepts inadéquats, et en déphasage avec le contexte dans lequel les Sénégalais vivent.

L’auteur de Diazakal a vu juste de reformuler la requête pour accéder à ses objectifs et aux requêtes de son peuple qui n’a plus d’opposition à l’Assemblée, faute de celle-ci (l’opposition).

Il s’agit aujourd’hui d’une demande d’audience pour négocier la baisse des prix des denrées, de l’électricité et de l’eau.

Le rôle d’un artiste, porte-parole du peuple, n’est point d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine, il s’agit d’être accessible, d’être à l’écoute de son peuple et de transmettre fidèlement ses messages aux destinataires.

Mais aux destinataires d’en faire bon usage, c’est ce que Mame Goor veut faire comprendre à la fin de son audience par ces termes : « Lii lama askan wi yobanté woon. » (C’est ce message que le peuple m’a chargé de vous transmettre).

L’audience a pris fin vers 10h et avait commencé vers 9h 49 mn.

Abdoulaye Mamadou GUISSE - Président de l’Observatoire de la musique et des Arts (Omart) / omart.sunuculture@voila.fr

Source : Le Quotidien

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