MC Boudeur : l’avis des bègues

La-la-la-la vie des bè-bè-bègues n’est pas plus simple au Sénégal qu’ailleurs. MC Boudeur a transformé son handicap en atout et se distingue sur la scène foisonnante du rap sénégalais.


Né en 1978, à Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, Alioune Diagne s’est lancé dans le hip-hop en 1996 avec Ben Kadu, collectif de 3 MC’s qui rappent sur des instrus américains. L’aventure dure 3 ans. En 2001, il reprend du service au sein d’Underground Family, formation qui réunit cinq copains jusqu’en 2005, année où le manque de succès les oblige à gagner leur vie autrement. Titulaire d’un CAP d’électricien, Alioune Diagne bricole ici et là, tout en continuant à écrire. C’est sur un morceau qui incite à empêcher les petits voyous à mal agir, « Kou Defoul Yoon » (« ceux qui font n’importe quoi ») qu’il se met à utiliser son bégaiement comme un élément rythmique de sa tchatche. Il rencontre alors Lai Diaye, co-fondateur du label Ridial et également bègue, qui le convainc de généraliser le bégaiement sur ses titres. Lai devient son manager et l’aide à préparer le concours Nescafé African Révelation sous le nom de MC Boudeur (le MC qui bégaye). Il sort vainqueur des épreuves et est couronné révélation 2008 du Sénégal.

Nescafé lui permet alors d’enregistrer au Studio Sankara de Didier Awadi. Habillant les textes d’Alioune Diagne, les compositions de ses vieux complices et de celles du gang d’Awadi, soigneusement arrangées, forment un ensemble homogène, fruité et dynamique. Boudeur y chante sa vérité, prend la défense des bègues et des opprimés.

Pendant deux ans, il tourne avec le soutien de la marque de café lyophilisé en Afrique de l’Ouest. Son rap optimiste, son jeu de scène dégingandé et son sourire permanent conquièrent le public. Aujourd’hui, avec le succès, les filles prennent enfin le temps d’écouter ce qu’il a à dire et il a le sentiment d’être devenu un véritable artiste que l’on aimerait entendre bé-bé-bégayer en France.

Benjamin MiNiMuM

Source : Mondomix

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