Lettre n° 1 - Lui et Nous : Mea culpa d’un ancien allié de Idrissa Seck

Dans le combat de mise à mort opposant le président de la République Me Abdoulaye Wade à son ancien Premier ministre Idrissa Seck, j’avais pris fait et cause pour le second. Dans le combat de mise à mort opposant le président de la République Me Abdoulaye Wade à son ancien Premier ministre Idrissa Seck, j’avais pris fait et cause pour le second. Comme bon nombre de Thiéssois, le maire de Thiès était l’agneau du sacrifice à immoler sur l’autel des intérêts crypto-personnels des Wade et des faucons du Palais, tapis dans l’ombre. Après maintes péripéties dans notre compagnonnage et du développement de la crise, je compris avec amertume que Idrissa Seck ne valait pas toute la peine, tous les sacrifices consentis. Devant l’ampleur et le caractère singulier des enjeux, nous nous étions engagés à être son dernier rempart, la chair à canon.


Comme la plupart d’entre nous, notre mission, notre idéal était de lui servir de bouclier contre les foudres du régime libéral. La lutte fut longue, âpre, incertaine. La répression par la force et l’instrumentalisation de l’administration furent aveugles, sectaires, partisanes. La plupart de nos amis furent molestés, envoyés en prison tandis que d’autres perdirent injustement leur emploi. J’étais dans l’œil du cyclone : un schéma machiavélique de ma radiation de la fonction publique avait été élaboré, planifié, prêt à être froidement exécuté. Ma liquidation était donc programmée, comme me le révélera plus tard un ami parlementaire libéral. En 2005, de nouvelles tentatives éclatèrent dans le lycée Ahmadou Ndack Seck où je dispense des cours. Une nouvelle manigance des caciques du Pds savamment entretenue, utilise la grève comme leitmotiv : les élèves instrumentalisés, observèrent une grève manipulée. Ils n’avaient qu’un seul dessein, une seule exigence dans leur plateforme revendicative qu’ils résumèrent en ces termes : « Nous exigeons sans condition le départ du lycée de Ousseynou Guèye Massèrigne, de l’intendante Fatou Bintou Name et du censeur Adama Ndiaye. » Comme le dit l’adage, lorsqu’on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Il nous était aisément reproché de travailler à la déstabilisation du système éducatif, obligeant les élèves à descendre dans la rue, arguant qu’ils demandaient la libération sans condition de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck à Rebeuss.

La seconde étape de ce plan était de m’arrêter et de m’inculper pour trouble à l’ordre public. Dans la législation du Code du travail, notamment les dispositions de la Loi 61-33 relatives au licenciement pour détention préventive, il m’aurait fallu séjourner quelques mois en prison pour que je perde mon statut de fonctionnaire. Les Libéraux les plus indulgents trouvèrent la mesure très sévère. Ils avaient suggéré une mesure disciplinaire. Par exemple, une affectation à Tambacounda pour nécessité ou raison de service. En vérité, avec des amis : Edouard Latouffe, Ndiaga Sarr, Lamine Guèye, Abdou Konté, Moussa Sow, Dame Ka et Ndèye Niang, nous prenions trop de risques pour soutenir et défendre le maire de Thiès. En plus des actions d’envergure menées sur le terrain, je rédigeais des contributions dans la presse nationale et sur le net. Ces contributions me permirent d’élargir le réseau de mes connaissances sur le plan national et international. Des militants et sympathisants de Seck à travers le monde m’envoyèrent des messages de sympathie, d’encouragement. Nous étions totalement investis dans le combat que nous pensions juste, légitime. Aucun ministre de la République n’avait envie de venir à Thiès puisque nous étions toujours là comme des sentinelles à protéger le jardin du maire pour que personne ne mangeât sur ses plates bandes. Nous avions toujours cru aux paroles de notre mentor Seck pour, disait-il « acheter le maximum d’actions » dans l’entreprise politique du seul actionnaire majoritaire.

Le temps passa, notre cause entre autres paramètres contribua à sa libération. Et même lorsque le président de la République sollicita à nous rencontrer Ndéye Sokhna Ndiéguène (tante du député Abdou Fall) et moi, j’avais poliment décliné l’invitation. Et pourtant, j’aurais pu négocier un poste de responsabilité pour que le Président me nomme quelque part. Il l’aurait fait parce qu’il a honoré tous les jeunes thiéssois qui l’avaient soutenu : Massaly, Togola, Laye Sow, Abdou Mbow et récemment le jeune Bachir Diawara, chef de cabinet du ministre d’Etat Karim Wade. Qu’en est-il réellement de nous qui avions soutenu Idrissa Seck ? Désillusion !

Dès sa sortie de prison, l’ancien pensionnaire de Rebeuss nous ignora royalement. Nous étions dans l’incapacité de le rencontrer, ne serait-ce que pour lui dire notre point de vue sur les questions de l’heure. J’étais en contact permanent avec lui à travers le net pour lui donner mes avis. Il me convoqua un jour chez lui au Point E pour me dire qu’il avait demandé au président du Conseil régional Idrissa Camara de me nommer conseiller en communication. Il n’en était rien. On ne l’a plus revu. Mais on s’était vite fait une raison sur la vraie nature de l’homme. Nous avions oublié qu’en toutes circonstances, seul son avis importait, comptait. Idrissa Seck ne s’intéresse qu’à son seul projet politique, obsédé par la présidence de la République. Pour lui, qui se prit toujours comme un messie, les autres n’étaient que de simples figurants, taillables et corvéables à souhait. Nous étions donc depuis toujours des figurants. Comme dit l’adage, « chassez le naturel, il revient toujours au galop ». Idrissa Seck est inaccessible, hautain et trop suffisant. Seul son avis compte. C’est toujours lui qui manœuvre seul pour sa survie. C’est un Narcisse sous les tropiques parce qu’égoïste, imbu de sa personne. Il ne pourra jamais changer. Comme dit le dicton, « un tronc d’arbre aura beau séjourner dans l’eau, il ne se transformera jamais en crocodile ». Personnellement, je n’ai rien contre Idrissa Seck mais il a trahi notre confiance, annihilé nos sacrifices, rompu le pacte qui nous liait. Pour tout dire, il nous a fait perdre beaucoup de temps

Ousseynou Massèrigne GUEYE - Thiès - Lycée Amary Ndack Seck

Source Le Quotidien

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