Lettre à mon roi

(faut pas fâcher hein moi çamuser)

Majesté, Bour Saloum, Yala na nga fi yag looooool té wèr.

Je m’incline profondément devant Votre sublime face. Je peine à mesurer l’honneur qui m’échoit d’être de vos sujets. Moi, le petit goorgolu touché par votre grâce. Merci mille fois. Yâ bâkh, gnola beugue, gnola sôpe. Ya fi gueune.


Majesté, vous nous avez sauvés. Il y a peu, nous étions encore de grandes gueules braillardes. De petits yaradikou, des boutchitikou sans foi ni loi, qui ne savaient même plus « fou sène taate beuné » ; comme aime vocifèrer ma badjiène. Bourba Abdou, que vous avez terrassé d’un « djéêle bou amoul bène wéranté », nous avait complètement égarés et gâtés-pourris. Quand il osait le dixième de votre audace, nous marchions de pied ferme jusqu’au palais, enlevions son mbakhané, dénouions son guégno et quatre gaillards le saisissaient pour le corriger bien bon. Gnaw !

Le lendemain, il venait s’excuser à la télé, avec son air de Sanèkh. Mes sœurs le tutoyaient avec des réguédjou, des tchiiiiiiiipatou et des tchipiri bien appuyés. Une fois, désespéré par notre insolence, il nous a sermonné « maye sène baye », je suis votre père à tous. Nous étions morts de rire. Rê ba tass. Parce qu’Abdou était un bon à rien mauvais en tout. Khamoul wône fôk té meunoul wône tousse. Avec lui, nous prospérions dans l’erreur et le sous- développement. Tout cela, à cause de sa Démocratie qui nous était montée à la tête ; cette mauvaise idée de toubabs a failli emporter le Royaume.

Dès votre arrivée, mak ak ndaw, gueux et gueuses réunis, vous nous avez tôt fait comprendre que la Démocratie s’acclimaterait aussi bien au Saloum qu’un ours polaire à Bobo Dioulasso. Que c’était aussi loufoque de nous démocratiser que de faire de Serigne Béthio un talibé de Benoit XVI. Amoul té dou ami. Précieuse leçon de choses. Autrement nous aurions perdu du temps et de la salive à nous y essayer. On n’entendait plus que des « euskey », « moko yor », « fi moko môme », « foumou yème nèkh ». Le lendemain de votre sacre, votre beuk nèk Idy-Yakamti est venu nous rassurer. « Plus jamais de la vie Bour Saloum et sa famille n’auront un problème d’argent. Abdou, dans sa fuite précipitée, a oublié d’emporter la caisse. Abdou amoul bope. Dafa dof. Quel distrait ! ». C’est sûr que pareille mésaventure ne serait pas arrivé à un homme aussi organisé et prévenant que Vous. Même le Prince Rimka-Le-Concret, qui apprend le métier, n’aurait pas fait cette erreur de débutant. Mais Abdou était un bon à rien mauvais en tout. Khamoul wône fôk té meunoul wône tousse.

Puis, vous avez entamé votre grande œuvre civilisatrice. Majesté, merci de nous avoir ré-initiés au Djebelou. Parce que « Nit kou bâkh dèye am kilifa ». « Djebelou rèk mô wôr ». Merci de nous avoir replongés dans nos racines de nègres pleurnichards ayant une peur bleue du fouet. Merci de nous avoir rappelé que notre bonheur réside dans la crainte et l’admiration de notre Bour.

Majesté, tout et tous ceux que Votre Noble Main effleure se bonifient. Vous avez domestiqué de petits sauvageons comme Farba, Pape Samba, Bécaye, Samuel ou Youba, et d’autres diables parmi nous, et avez su en faire l’élite du Royaume. De ces bêtes d’une inquiétante noirceur, vous tirez un lait d’une éclatante blancheur. C’est un miracle authentique. Dire que Bourba Abdou nous imposait bac+10 et une moralité de séminariste pour être à son service. Tout ça parce que Abdou était un bon à rien mauvais en tout ; khamoul wône fôke té meunoul wône tousse. Pas le moindre miracle en vingt ans. Même pas capable de faire d’un chauffeur de car rapide un Ambassadeur. Quel thiouné !

Majesté, tout ou tous ceux que Votre magnanime regard rencontre s’embellissent. Le Saloum rutile et resplendit. Et voilà Dakar, jadis la lèpre des Tropiques devenue la perle de l’Atlantique. Sa propreté aseptisée, partout ses cantines bien achalandées, ses mendiants disciplinés à soprano sur ses avenues ombragées, sa corniche féérique solidement bétonnée, son beau sable fin sur ses rues bitumées, ses magnifiques pelouses soigneusement tondues par les moutons, sa faune canine admirablement conservée et en totale liberté. Sans parler des distributeurs automatiques de maffé que nous vous aviez promis, et bientôt le tramway à propulsion nucléaire. Même les yeux fermés, on voit nettement que votre oeuvre.

Majesté, il se dit que vous êtes un Saint, un « volyou » . On raconte que vos prières montent au ciel plus vite qu’un boulet de canon. Dans un attroupement au marché Nakhaneté, j’ai vu de mes yeux un vieil homme raconter comment le châtiment divin s’est abattu surTalla-Marteau. Vous étiez sur votre trône en train d’égrener votre chapelet. Deux de vos zélateurs sont arrivés. Ils vous ont relaté le refrain irrévérencieux où Talla-Marteau vous met en demeure d’écourter votre règne. Une insulte à la volonté unanime de vos sujets. Vous avez souri. 7 jours et 7 nuits plus tard, sont descendus du côté de la VDN 77 démons parmi ceux qui attisent le feu de l’Enfer et 7 « ourou ayni » parmi ces pures beautés du Paradis qui égayent les nuits de nos chers aïeux disparus. Dès que Talla-beugue-djiguène a flairé les effluves des ourou ayna, comme un bélier en rut, il s’est précipité hors de chez lui. Pieds-nus, la tête hirsute, la morve au nez, le pantalon mal ajusté, « ana gnou ? ana gnou ? », où sont-elles ? Les 77 démons l’ont saisi. Et, durant un quart d’heure, Talla a eu un avant-goût du Jugement dernier. Do tou ko doli dé. Les gendarmes sont venus enquêter. Ils ont tout fouillé, cherché partout, interrogé chaque badaud, recompté tous les grains de sable. Mais pas une trace, pas un seul indice. Rien, dara, nada. Personne n’avait rien vu, rien entendu. Un vrai travail de « volyou ». Comme nos braves gendarmes ne sont pas rompus à la mystique, ils ont dû tout bonnement retourner à leurs affaires terrestres : coxeurs lynchés, poules volées, modou- modous cocufiés ou caissou-djaka détournées. Dans son rapport final d’enquête, le Colonel a conclu : « Li doye na waar. Gloire à Dieu qui a la Royauté et la Connaisance en toute chose ».

Ô Grand Maître de la pensée, Erudit à qui n’échappe nulle science, Génie de Kébémer, Lumière du Saloum, Esprit que n’habite nul doute, que fleurissent les mille idées mirifiques qui germent sous votre éminent crâne luisant ! Merci de nous avoir libérés de la réflexion, c’était trop pour nos petites cervelles d’oiseau. En économiste hors pair, vous avez réussi une parfaite division du travail au Saloum : Vous commandez, vos beuk nèk prennent note et onze millions d’adorateurs zélés s’exécutent. Désormais, pour être un grand serviteur de l’Etat, il ne suffit plus d’être soumis , encore faut-il être incompétent. Avec Abdou, c’était inhumain. Nous étions fatigués : sa Démocratie nous obligeait à réfléchir, à chercher tout le temps moult raisons de ne pas être d’accord et de rouspéter. Nit neuk meunoul deuk ci wéranté. Nous ne demandions qu’à être menés à la trique et Bourba Abdou nous invitait au « têssanté » et aux palabres. Vraiment khamoul wône fôke té meunoul wône tousse. Maintenant, nous avons tout le temps libre pour vous rendre grâce et célébrer votre incommensurable oeuvre. Quoi de meilleur que de se réveiller chaque matin sur une terre prospère où veille un souverain attentif au bien-être de ses sujets ! Un souverain que le monde entier nous envie. N’eut été une minorité de jaloux et d’envieux, le Nobel vous aurait été décerné depuis belle lurette. Mais toubabs sène khol dafa khat, sauf Viviane la Djêk Royale.

De rares fois, sans y prêter oreille (que Dieu nous en garde), on entend de vos sujets réciter dans le mauvais ordre vos sublimes qualités. Imaginez Nassi avant Fatiha et Falakhi ! Quels ignorants ! Khamougnou lou rafèt té beugougnou lou bâkh. Sire, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Si vous ne les couviez de votre indulgence, ils seraient en un instant foudroyés. Majesté, que vous soit rendue au centuple toute la peine que vous vous donnez pour les minables que nous sommes. Vous multipliez les pains et plus personne n’a faim. Nous récitons vos louanges et nos souffrances s’apaisent. Vous videz les prisons du royaume et le bonheur revient dans les chaumières. Par-dessus la haie de votre beau Palais, quel bonheur que d’admirer les fastes d’une vie heureuse et prodigue : ripaille et « moumbaye ». Bour daf koye nirou waye. Jamais aucun goorgolu n’avait pu approcher et contempler de telles merveilles. Tous ces trésors juste pour le plaisir de nos yeux : Majesté Vous êtes trop Bon. Autrefois, exceptée la Cour du Grand Duc Tanor, nous n’avions rien pour et nous rincer les yeux durant nos « takhawalous ». Deug deug, Abdou khamoulwône fôke té meunoulwône tousse.

Majesté, ci yar ak téguine, avant que je ne m’efface devant votre Sublime face, une prière : « faites que le fouet que vous remettrez entre les mains bienfaitrices de son Altesse Rimka Le Concret (Yala na Yala deugueureul tankame) épargne nos vieilles fesses zébrées par les coups ». Pour le bonheur du Prince, nos dos sont restés immaculés et s’impatientent de recevoir Sa généreuse offrande.

Majesté, Bour Saloum, Yala na nga fi yag looooool té wèr.

Source : Seneweb

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