Pour Me Wade, « il n’y a jamais eu d’émeute de la faim »

Les émeutes de la faim de mars 2008 ont été effacées de l’histoire du Sénégal.

Le président de la République, Me Abdoulaye Wade a indiqué hier au forum « Dakar Agricole » qu’il n’y a jamais eu de pareilles manifestations de colère dans le pays.


Le Chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade a déclaré hier devant les hôtes du forum « Dakar Agricole » qu’il n’y a jamais eu d’émeute de la faim au Sénégal. Expliquant les évènements de mars 2008, Me Wade a relativisé l’ampleur, la colère et les motivations des manifestants qui avaient pris d’assaut la rue avant d’être violemment réprimés par les forces de l’ordre. Pour lui, il ne s’agissait que d’une poignée de mécontents qui avaient, de manière spontanée, protesté contre la hausse des prix des denrées de première nécessité. « Il n’y a jamais eu d’émeute de la faim. C’est un petit groupe que l’on connaît très bien, dirigé par quelques imams qui ne sont pas représentatifs d’ailleurs, qui est sorti manifester contre la hausse des prix des denrées de première nécessité. Ça a été relayé un peu partout par presse parce qu’un énergumène quelconque a raconté ça. Mais il n’y a pas eu d’émeute de la faim », a-t-il dit. « Le monde est depuis quelque temps caractérisé par des crises qui bouleversent des équilibres sociaux au sein des Etats et accentuent des disparités. Et la plus récurrente demeure celle de l’instabilité des prix des produits agricoles », ajoute-t-il pour corroborer son argumentaire. Dissertant sur la problématique de l’autosuffisance alimentaire, le président de la République annonce que le Sénégal n’aura plus besoin d’importer du riz d’ici la prochaine récolte. Il se base sur de simples prévisions pour dire qu’en 2010, la production nationale de riz a dépassé la barre des 600 000 tonnes alors que pour la prochaine campagne, avec l’assistance de l’Inde, l’objectif est d’atteindre 1 100 000 tonnes de riz. « L’on ne parlera plus alors d’autosuffisance mais d’abondance ». Parce que, ajoute-t-il, le pays importe à ce jour quelque 600 000 tonnes de riz et la production locale va largement dépasser les besoins en consommation des ménages sénégalais.

L’Etat veut une production record de 1 100 000 tonnes de riz Comme s’il voulait tirer les leçons de la catastrophique campagne de commercialisation arachidière, sans en faire état, le président Wade a promis des corrections quant à la publication du prix de l’arachide en juillet 2011. Une manière pour lui, de couper l’herbe sous les pieds des intermédiaires. Un combat qu’il a entrepris depuis deux ans contre ces derniers mais qu’il peine à gagner. « A chaque fois que je pense à annoncer les prix au mois de juillet, il y a quelqu’un pour nous demander d’attendre et pendant ce temps les intermédiaires en profitent », a soutenu Me Wade pour justifier les retards accusés à chaque campagne agricole dans l’annonce des prix de l’arachide. Me Abdoulaye Wade a profité de la présence à Dakar des grandes personnalités et des acteurs de l’agriculture pour réitérer son souhait de voir l’Organisation des Nations-unies pour l’alimentation disparaître. « La Fao (Organisation des Nations-unies pour l’alimentation et l’agriculture) n’est pas utile, elle n’est utile que dans la lutte anti-acridien, on peut s’en passer. La Fao n’est efficace que dans le cadre de la lutte contre le péril acridien. Elle consomme plus de 70% de son budget sur la ligne de fonctionnement », a-t-il asséné.

Les mêmes erreurs risquent de produire la même catastrophe si… « Nous venons de mettre en place, avec l’Inde, un programme pour produire, à partir de cette année, 1,1 million de tonnes de riz. C’est-à-dire non seulement mettre en sécurité les 600.000 tonnes qui correspondent à notre alimentation mais disposer, en plus, de 500.000 tonnes pour l’exportation ». Cette annonce faite hier à la cérémonie d’ouverture du forum « Dakar Agricole » par le président de la République, Me Abdoulaye Wade, rappelle l’enrôlement des cultivateurs du monde rural dans la surproduction d’arachide. Les producteurs qui ont été mobilisés pour la réussite de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) ont fait passer les récoltes de 400000 tonnes environ à 1,2 million de tonnes d’arachides, selon le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade. Seulement, sans aucune mesure d’accompagnement, cette autosuffisance du pays en arachide est devenue, entre la fin de l’hivernage et celle de la campagne de commercialisation de l’arachide, un véritable calvaire. Les huiliers n’ayant acheté qu’une partie, inférieure à la moitié de la production arachidière, plus de 800 000 tonnes d’arachides sont restées en souffrance entre les mains des producteurs obligés de se lancer dans une vaste opération de trituration et dans la reconversion au commerce de l’huile « Seggal ». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les producteurs de riz, de la vallée de l’Anambé à celle de Saint-Louis, risquent eux-aussi, si une véritable stratégie de commercialisation de cette importante quantité de riz local n’est pas définie, de vivre le même drame. D’autant plus que, même si les consommateurs sénégalais dont l’écrasante majorité est victime de sa préférence pour le riz importé décidaient, par miracle, de se rabattre sur la production locale ou par la force d’une politique protectionniste, seules 600 000 tonnes équivalant aux besoins importés seraient absorbées par les ménages. Qu’en serait-il des 500 000 tonnes restantes ? Abdoul Aziz SECK

Source : Le Pop

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