Le sommet de l’OCI aura-t-il lieu ?

Qu’est-ce qui se cache derrière la réconciliation entre Wade et Macky Sall ? Souleymane Jules Diop revient en force en 2008, avec ce qu’il avait toujours soutenu : le sommet de l’OCI n’ aura pas lieu. L’analyste politique explique les méandres des transactions qui menacent les plans pour installer Karim Wade à la tête du Sénégal.


Source : Seneweb.com

MENACES TERRORISTES SUR LE SOMMET DE L’OCI A DAKAR : Les Saoudiens pour un report-annulation ?

L’annulation de la troisième édition du Paris-Dakar, pour cause de menaces terroristes, préfigurerait-elle, pour le Sénégal, un autre désastre diplomatico-économique, après la catastrophe touristique qui résulte déjà la suppression pure et simple de la dernière édition du Dakar. Un mauvais présage ? Voire ! En tout état de cause, Sud quotidien qui enquête sur la question, depuis des jours et bien avant que le chef de l’Etat ne s’envole, le dimanche 6 janvier pour la Mecque, est en possession d’informations qui laissent croire que de réelles menaces pèsent la tenue du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci), à la date prévue. Selon nos sources, l’Arabie Saoudite serait à l’origine d’une demande de report, non encore officielle, mais qui agiterait déjà et très fortement certains milieux de l’Oci. Ce report, une fois accordé, pourrait, à en croire les mêmes sources, conduire à une annulation pure et simple du sommet. Paradoxalement, indiquent certaines sources diplomatiques arabes, le Sénégal ne serait pas totalement opposé à ce report, à condition, toutefois, qu’il obtienne la garantie que le sommet aurait bien lieu à Dakar, avant la fin de l’année en cours. Ce nouveau report permettrait ainsi au pays de finir les travaux en cours à Dakar et qui sont prévus pour l’accueil des hôtes du sommet dans de meilleures conditions de sécurité et avec ses beaux atours et habits neufs.

L’Etat du Sénégal ne manquera pas de préciser que le voyage du président Abdoulaye Wade en Arabie Saoudite, entamé via le Maroc, depuis dimanche le 6 janvier 2008, était prévu de longue date dans son calendrier. Pourtant, des sources diplomatiques arabes basées ici indiquent que le chef de l’Etat se rend en terre sainte d’Arabie, pour tenter de convaincre les Saoudiens que le sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), peut se tenir en toute sécurité dans notre pays et à date prévue. Rappelons que ce sommet, dont la date est arrêtée depuis longtemps, avait déjà fait l’objet d’un report en 2006. Le royaume d’Arabie Saoudite se montrerait, aujourd’hui, particulièrement préoccupé par les conditions de sécurité qui seront réunies durant tout le sommet, en vue d’assurer la tenue d’une conférence au sommet, avec des garanties maximales de sécurité, pour tous les participants.

Si la partie saoudienne en est arrivée à se poser tant de questions sur cette la sécurité, c’est par ce que, à en croire nos sources, des informations fournies par les services de renseignements français et américains, feraient état de menaces réelles d’actions terroristes d’envergure pendant le sommet de Dakar. Celles-ci seraient perpétrées au Sénégal par la branche de l’organisation terroriste, Al Qaida Maghreb. Les menaces sont sérieuses, car ce sont les mêmes informations qui ont eu raison de la troisième édition du rallye Lisbonne-Dakar.

Celle-ci ayant été purement et simplement annulée par ses organisateurs. En réalité, il n’y a pas que la seule mort de quatre malheureux touristes français en territoire mauritanien, pour expliquer cette mesure grave et extrême qui a été prise par les organisateurs de ce rallye devenu classique. La présence massive des participants à ce rallye au Sénégal, aurait été considérée par les terroristes comme un moment idéal pour réussir des attaques de grande envergure sur le sol sénégalais contre des occidentaux. Or, Al Qaida a toujours considéré que les Etats arabes modérés comme l’Arabe saoudite et autres sont « les alliés des impies » qui constituent leurs cibles privilégiées.

A en croire nos sources, la diplomatie saoudienne souhaiterait une annulation du sommet de Dakar, même si pour l’instant, elle préfère parler de report qui conduirait inévitablement à cette extrémité souhaitée. Les Saoudiens seraient fortement appuyés dans cette position par la Turquie, dont l’un de ses ressortissants dirige actuellement le Secrétariat général de l’Organisation de la Conférence islamique à Djedda. Ainsi, l’Arabie Saoudite travaillerait à convaincre les autres membres très influents de l’Oci, en particulier les pays arabes africains, l’Egypte et le Maroc, à se rallier à son idée. La récente brouille diplomatique intervenue entre notre pays et le Maroc n’enragerait pas les choses. Le Sénégal a alors vite fait de se réconcilier avec cet allié traditionnel et de réaffirmer avec force son soutien à la cause du Maroc sur le Sahara occidental qui pour notre pays est une partie intégrante du royaume. Le communiqué publié à la suite de la courte visite du président Wade à Mohammed VI ne fait l’objet d’aucun doute, quant à la volonté du Sénégal de passer l’éponge. Tout cela valait bien un passage obligé du chef de l’Etat dans le royaume chérifien, alors qu’il était sur le chemin de la Mecque.

Au-delà de la problématique de la sécurité qui tient beaucoup à cœur les Saoudiens, nos sources indiquent que le royaume saoudien n’apprécierait que très modérément - bel euphémisme que de parler ainsi-, les relations économiques et diplomatiques de tout premier plan que le Sénégal tisse avec les petits émirats du golfe : Dubaï et autres. L’activisme du Sénégal dans ces petits Etats, laisserait aux Saoudiens le sentiment que le sommet est d’abord, du point de vue des Sénégalais, l’affaire de ces miniscules Etats, avant d’être la sienne propre. Cela est inacceptable pour les « amis » saoudiens , même si la puissance économique et diplomatique de ces pays, tant courtisés par les responsables de l’Agence nationale en charge de l’organisation de la conférence islamique, s’affirme de plus en plus au sein de la Umma. L’Arabie Saoudite a toujours considéré que l’Oci est sa propre chasse gardée.

Les Saoudiens tiendraient alors rigueur au Sénégal qui semble l’échanger contre les pays du golfe et leurs pétrodollars. A ce sujet, un haut fonctionnaire des Affaires étrangères, indique sur un ton dépité : « Sur la route du sommet on a conduit la diplomatie du pays avec un certain amateurisme. On a écarté les rouages et circuits du ministère, en privilégiant l’amateurisme des novices en diplomatie qui fanfaronnent dans l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique. J’ai envie de leur dire que l’Oci, ce n’est pas une entreprise, encore moins une affaire à fructifier comme si on jouait en bourse.

Je souhaite que tout rentre dans l’ordre avec la visite du chef de l’Etat en Arabie Saoudite, mais je suis plutôt gagné par le doute et le pessimisme. » En tout état de cause, le sommet de Dakar pourrait se retrouver rapidement dans l’impasse, tant les réticences saoudiennes, quant à son maintien à date prévue, sont fortes et inquiètent sérieusement le Sénégal. Le voyage du président Wade en Arabie Saoudite s’imposait. Elle ne s’inscrit pas, quoique qu’on voudra demain nous faire croire à ce sujet, dans le cadre d’une simple visite d’Etat ou privée. Tant s’en faut ! Celle-ci devrait être entièrement consacrée au règlement des difficultés. Les Saoudiens ne sont pas prêts à lâcher sur les questions de sécurité. Ils se montreront intraitables, car selon eux, les travaux qui se déroulent dans la capitale sénégalaise empêchent les responsables de la sécurité des pays hôtes de travailler dans les meilleures conditions, pour mettre en place et tester à temps des systèmes de sécurité fiables, compte tenu des risques élevés d’attentats résultants des menaces de la branche d’Al Qaida du Maghreb.

Le Sénégal tentera de démontrer devant la partie saoudienne que l’affaire est largement jouable dans les délais prévus et que le pays est prêt à faire face. Une objection de taille lui sera cependant opposée : les infrastructures prévues pour l’accueil des hôtes du sommet, de même que les plans architecturaux et la configuration des différents parcours empruntés par les participants au sommet, dans la ville de Dakar, pour se rendre sur le site de la Conférence, devaient être livrés aux responsables chargés d’élaborer les plans de sécurité, au moins trois avant la date d’ouverture du sommet. De même, le lieu qui va accueillir le sommet devait être également laissé entre les mains de la sécurité dans un délai raisonnables de deux mois avant le début de mars. Pour toutes ces raisons, beaucoup de pays arabes, en particulier ceux du Golfe, se montrent très préoccupés par cette problématique de la sécurité.

Par Abdou Latif Coulibaly

Source : Sudonline

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