Le passé algérien de Jean-Marie Le Pen

Malgré les témoignages recueillis en Algérie par José Bourgarel, l’auteur du document « La Question  : Le Pen et la torture », le président du Front national rejette le qualificatif de tortionnaire.


Le lieutenant Le Pen, engagé volontaire dans le 1er régiment étranger parachutiste pour six mois, en Algérie en 1957, a-t-il commis des actes de torture ? Sans aucun doute, affirment quatre des témoins algériens rencontrés par José Bourgarel, l’auteur du film diffusé ce soir. Certainement pas, rétorque le président du Front national auquel le document donne la possibilité de répondre à chaque accusation portée.

Pour la justice, il n’y a pas d’affaire Le Pen. À la fin de la guerre d’Algérie qui a fait 10 000 morts côté français et 500 000 côté algérien, des décrets d’amnistie interdisant toute poursuite contre les auteurs des violences ont été promulgués. En revanche, pour les historiens et les journalistes, le dossier n’est pas refermé. Pas davantage pour les anciens combattants qui se disent victimes de Le Pen, comme Mohammed Abdelaoui, 27 ans en 1957, détenu à Fort l’Empereur où l’on interrogeait les suspects : « On m’a mis par terre, j’avais un fil électrique dans le sexe, le deuxième au doigt de pied droit et après, Le Pen a jeté un bidon d’eau sur mon corps. » C’est « totalement faux, lance l’ancien lieutenant, je ne sais même pas où se trouve ce fort ».

Outre des témoignages recueillis en Algérie, José Bourgarel épluche une série de documents, notamment des articles de presse. L’un paru dans Vérité Liberté, journal de l’historien Pierre-Vidal Naquet, qui cite un rapport de police accusant Le Pen de torture. Un deuxième publié par Combat dans lequel le président du FN déclare : « J’ai torturé parce qu’il fallait le faire. » Une citation démentie par l’intéressé quelques jours plus tard. Un troisième dans Le Monde auquel Jean-Maurice Demarquet, engagé avec Le Pen en Algérie, confie : « Il a fait partie lui-même des équipes qui torturaient. Personnellement. » À 79 ans, alors qu’il entame son dernier mandat à la tête du parti d’extrême droite, Le Pen continue de plaider non coupable.

Muriel Frat / BR

Source : Le Figaro

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