Le monument de la décadence. Par Abdou Latif Coulibaly

La statue de la décadence, ce titre conviendrait mieux aujourd’hui pour nommer le monument que l’Etat est en train d’édifier au sommet de cette petite colline formée aux Mamelles sous les décombres de ce volcan éteint depuis des lustres. L’information que nous soumettons à nos lecteurs cette semaine est simplement surréaliste. Si nous n’avions pas accompagné celle-ci de documents authentiques attestant la vérité de celle-ci, beaucoup d’entre vous en auraient douté. Et il n’est même pas certain qu’un tel doute soit levé chez certains d’entre vous, tant la nouvelle est inédite et choquante pour tous les démocrates qui pensent, à juste titre, que le sacerdoce confié à un chef d’Etat exige de lui un comportement irréprochable d’un bon père de famille diligent et responsable.


De ce point de vue, la statue en construction aux mamelles pour célébrer et magnifier la « Renaissance Africaine » constitue une incongruité, voire une absurdité qui déshonore notre pays et tout le continent et apparaît comme la marque d’une profonde régression de l’Afrique, plutôt le signe d’un quelconque renouveau pour ce continent. Elle est à plusieurs égards le signe d’une déchéance qui conforte tous les tenants de cette idéologie raciste qui considère à tort que l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire humaine. Cette statue a été conçue à l’origine comme un patrimoine commun à toute une immense communauté, et par-delà elle, un patrimoine commun à tous les hommes et femmes dans le monde. Pour tous ceux qui acceptent, sans arrière-pensée, partagent et vivent les valeurs qui font de l’être humain une créature élue de Dieu. Voilà qu’une ambition aussi généreuse et aussi essentielle, dans le combat pour la « Réhabilitation du Noir », est réduite à la simple dimension d’un homme.

La simple dimension d’un homme plus préoccupé par la construction de sa propre mythologie qu’à l’édification d’une œuvre qui restitue au Noir toute sa présence et son apport dans l’histoire de l’humanité. Comment un chef d’Etat en exercice peut-il, raisonnablement, expliquer à son pays et au monde, une décision aussi surréaliste que grotesque, que celle consistant à immatriculer en son nom personnel une œuvre édifiée avec les moyens de la Nation, avec les fonds publics, qui plus est, sur un terrain appartenant à l’Etat ? Il y a des limites que la décence interdit de franchir dans la conduite des affaires publiques. Malheureusement, de telles limites sont souvent facilement franchies dans ce continent.

Hier, Idy Amin Dada et Jean-Bedel Bokassa ont illustré à merveille, dans des proportions presque caricaturales, ce mal africain. Aujourd’hui, le chef de l’Etat nigérien, Mamadou Tandja, par sa volonté inébranlable de changer, contre l’avis de tout un peuple, la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir, la décision du président sénégalais d’immatriculer le monument de la Renaissance Africaine, en son nom personnel, ne déparent pas tellement les actes qui avaient, par le passé, fait de Jean-Bedel Bokassa et d’Idy Amin Dada, les symboles d’une Afrique méprisée et niée. Méprisée et niée dans son histoire riche et séculaire, berceau, comme dirait le penseur sénégalais, de l’histoire de l’humanité entière. La célébration de la renaissance de ce continent procède d’une volonté légitime des Africains de revendiquer toute leur place dans le cours de cette même histoire. Ce combat, pour légitime et juste qu’il paraisse à nos yeux, est loin de l’être pour tous ceux qui nous l’ont imposé. Et c’est à nous de les convaincre que nous avons raison de l’engager. Et que c’est dans l’intérêt de toute l’humanité de conduire et de gagner un tel combat.

Nous ne pouvons pas cependant les convaincre, quand nos dirigeants qui acceptent, à leur manière, de prendre en charge cette bataille de la renaissance, confondent la résurrection du continent avec leur (re)naissance personnelle. Dans cette affaire, on ne peut pas réduire la décision à l’expression d’un simple désir de pouvoir et de puissance. Elle est aussi l’expression d’un désir presque démentiel d’exister au-delà de l’exercice du pouvoir et de disposer d’une rente viagère par les produits collectés avec les nombreuses visites touristiques organisées sur le site. Tout se présente aujourd’hui comme si François Mitterrand avait décidé de donner un titre de propriété sur le Musée. On sait que ce grand homme d’Etat avait été d’abord motivé par un souci de faire rayonner son pays dans le domaine de la culture. Souci, certes, inséparable d’une volonté de marquer l’histoire culturelle de son pays. La vaste culture de l’homme, son goût raffiné et sélectif des beaux produits de culture expliquant le reste.

Chez nous, le souci de bâtir une mythologie personnelle combinée à des soucis financiers qui ne doivent plus jamais se poser dans l’existence d’un homme explique beaucoup de choses. Sinon même l’essentiel. Les citoyens de ce pays savent maintenant à quoi à s’en tenir avec l’édification de la statue de la « Renaissance Africaine ». Les partis politiques aussi. Un débat national doit être instauré pour que chacun de nous exprime son opinion sur cet arbitraire sans nom. Un arbitraire qui vide de son sens et de sa signification profonde cette œuvre qui va coûter 15 millions d’euros aux Sénégalais Soit 9.825. 000.000 de FCFA. On savait que le pays marchait sur la tête. Seulement, à ce point, on pouvait encore douter. Aujourd’hui un tel doute n’est plus même permis même pour qui semble toujours disposé à donner un tant soit peu de crédit à ce régime.

Abdou Latif COULIBALY lagazette.sn

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1 Message

  • Le monument de la décadence. Par Abdou Latif Coulibaly

    7 décembre 2009 08:59, par Mbacke ndiaye

    lisez l’article dans mon blog : Le journaliste décadent par excellence
    http://mbackendiaye.blogspot.com/20...

    Wax ju ñaaw dëkk’ul fa mu jëmm

    fa mu joggé le ciosanno

    Nous faire évader du « rêve »

    Ou pire faire couler « le rêve sénégalais »

    Tel est le défi à nous lancé par les tenants nouveaux

    De l’« ethnicisme »et du nihilisme politiques

    Distillés en catimini au sein de notre société

    Par le truchement d’un pouvoir médiatique

    Englué dans des causes et des combats

    De caractères personnels, partisans ou sectaires.

    « Sénégaal, 1 bopp’la ; kenn meun’u ko xarr 2. » :

    Ce rêve est aujourd’hui de plus en plus menacé.

    J’ai lu, dans un média online, une énième attaque crypto personnelle orchestrée par Mr Abdou Latif Coulibaly (soit dit en passant journaliste de son état) sur la personne de Mr Abdoulaye Wade (par ailleurs le chef de notre Etat).

    Je suis choqué et outré par la constance de ces attaques, par l’intensité de l’acharnement, mais surtout par l’absolutisme systématique du comportement nihiliste affiché par cet individu vis-à-vis de tout ce qu’entreprend Mr Abdoulaye Wade.

    Je me serais arrêté à cette « intime conviction » dans le silence de ma conscience et dans l’antre de mon âme si le précédemment nommé Coulibaly ne s’avisait pas à nous vendre sa rengaine (marque de fabrique personnelle) pour de « l’information politique » : Prétendant obtenir ses informations à l’issue de sérieuses séquences d’investigations, d’où se targue-t- il de l’appellation journaliste d’investigation.

    L’occasion m’est ainsi offerte de développer la suite de la réflexion entamée dans un article que j’avais scindé en deux parties. L’article dont il est question s’intitulait : Refuser de faire condamner le rêve au naufrage, publié dans mon blog au mois de septembre 2008
    http://mbackendiaye.blogspot.com/20...

    J’avais déjà attiré l’attention, dans la première partie dudit texte, sur les dangers de « l’ethnicisation lancinante de l’espace politique sénégalais », le texte de monsieur Coulibaly (Le monument de la décadence) me procure l’opportunité de développer à présent la seconde partie de cette réflexion à savoir la roublardise qui se cache derrière le nihilisme politique  : la seule constante dans la décadence de la Presse dans notre pays.

    Il n’est pas rare de rencontrer, au gré des hasards de la vie, des énergumènes avisés qui, spéculant sur l’ignorance de leurs contemporains, tentent de leurs présenter des «  vessies  » dans l’espoir qu’ils les prennent pour des «  lanternes  ». La mauvaise foi étant partie intégrante de la nature humaine, nous montrerons une raisonnable sollicitude à leurs égards. Seulement monsieur Coulibaly,lui, s’y prend autrement (histoire de se montrer plus « bad » que nos fameux énergumènes ; il s’attache, par conséquent, à la plus difficile des tâches : celle de persuader ses compatriotes que les « lanternes » qui les éclairent à longueur de journées sont en réalité de simples et vulgaires vessies. ( Les nouvelles voies de communication ; Aéroport ; Port, Nouvelles villes ; Monuments culturels ; Infrastructures culturelles et éducatives ; Prise en compte de la petite enfance ; Alternance locales et municipales ; Ouverture médiatique ; Stratégie diplomatique fondée sur le respect et le dialogue ; Initiation d’un cycle vertueux de dialogue politique intérieur ; et j’en passe : selon lui tout cela n’est qu’une simple ruse du président qui agit ainsi afin de nous empêcher de nous développer et d’être des citoyens heureux, sic )

    On peut légitimement avoir des raisons de ne pas porter un homme dans son cœur, cela va de soi par ce que relevant de la sphère strictement privée. Ce qui n’est pas tolérable, en revanche, c’est de considérer comme un simple dommage collatéral, donc insignifiant tout le «  ressenti néfaste  » de l’impact collectif d’une telle forme de journalisme ( qui n’est rien d’autre qu’une querelle crypto-personnelle ) sur l’ensemble la société sénégalaise. Le pire dans cette affaire c’est que le nommé Coulibaly s’évertue à dépeindre sa crise de jalousie improductive et son inconsolable frustration comme un combat patriotique mené depuis la pointe de sa plume de journaliste. Qui veut-on mener en bateau ?

    En déversant sa bile régulièrement sur la personne de Mr Abdoulaye Wade et en feignant de n’agir que dans l’«  intérêt national  », Mr Coulibaly s’écarte du droit chemin indiqué par la si précieuse déontologie journalistique, il incarne de ce fait et si l’on en juge par les actes qu’il signe, le symbole, par excellence, d’un journalisme décadent. Pour qui ne soucie pas de ‘‘ propreté intellectuelle’’ (vue la pile de « torchons » superposés à longueur de temps), c’est évidemment exagéré et illusoire d’attendre de lui qu’il assimile la notion sophistiquée et évolutive de la ‘‘ propriété intellectuelle’’ . Restons, malgré tout, dans les limites de l’indulgence et de la courtoisie.

    Je ne connais pas, personnellement, Monsieur Eiffel mais j’ai visité, en compagnie de mon épouse et de mes enfants, la tour qu’il a conçu pour la gloire et le tiroir-caisse (prospérité)du ministère du tourisme de la France. Je vous raconte cette anecdote histoire de vous donner une idée de ce qu’une simple photo de famille, devant cet « amas de ferraille », pourrait coûter à une famille modeste telle que la mienne : ma femme et moi, gagnons moins de quatre milles euros par mois, mais nous tenions, quand même, à faire ce voyage pour réaliser un de nos rêves d’enfants : « une photo de frime » devant la célèbre «  tour Eiffel  » : D’autres, plus politiquement correct, diront « photos de souvenirs ».
    Imaginons, dés lors, le même enthousiasme manifesté annuellement par des millions de visiteurs venus des quatre coins du monde ( pensez à la Diaspora Noire )et tenant à la même photo devant « le monument de la Renaissanace Africaine » ; et ce ne serait pas que pour la frime ! Il faut y adjoindre d’autres valeurs plus éminentes : valeurs de mémoire : affective, historique et des valeurs de défi devant l’avenir lesquelles se conjuguent avec des retombées économiques, touristiques et sociales plus qu’appréciables.

    Il est donc plus que légitime que nous souhaitions, nous aussi, la même combinaison gagnante pour notre pays et tant mieux si c’est une idée du président de la république.

    Et toi le chantre du journalisme décadent qu’as-tu conçu pour le rayonnement de mon pays si tant est ta préoccupation majeure ? Ah, oui pardon : la gazette.sn enregistrée, bien entendu, au nom de Mr Negatif au Superlatif Coulibaly !

    Hypocrisie quand tu nous tiens !

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