DURES RÉALITÉS DU RAP A KAFFRINE

Le groupe Seuss brain crie sa soif de s’affirmer

Les rappeurs du groupe Seuss Brain de Kaffrine souffrent de défaut de production. Avec six maquettes de rap hardcore déjà réalisées, ces jeunes ne désespèrent pas de se faire une place au soleil.


Ils ont beau crier leurs vérités crues à une société qui leur paraît cruelle, les rappeurs de Seuss brain de Kaffrine peinent à se faire entendre au-delà de leur ville. Le groupe adepte du rap underground ou hardcore, est formé de Papa Malick Sagna dit Black Me, Babacar Diallo de son nom de rappeur Babs D, El Hadji Malick Samoura appelé Prophète et Pape Aly Cissé surnommé Master P ou « Pi 3,14 ». Seuss brain, porté sur les fonts baptismaux le 23 décembre 2005, a déjà à son actif six maquettes, mais aucune n’a jusqu’ici été produite, nous apprend son manager Aliou Thiall.

« Nous avons six maquettes professionnelles présentables, mais aucun produit n’est sur le marché. Nous n’avons ni moyens ni soutiens pour nous faire produire », ajoute le manager, aussi jeune que ses poulains âgés entre 20 et 22 ans. Leur thème favori, c’est « dénoncer et approuver » les actions du gouvernement, explique Prophète, « parler aussi de faits de société comme les questions de mœurs, les causes de la pauvreté, l’injustice », ajoute Black Me. Leur référence, renchérit Prophète, c’est Maxi Crazy et le groupe Keur gui de Kaolack. A l’instar de ces rappeurs, « nous faisons un rap très engagé », ajoute Black Me. Leur groupe est né dans la foulée de l’engouement suscité par des rappeurs comme 50 Cent, Sean Paul, etc. Au début, explique le manager Aliou Thiall, « nous avions formé un groupe de danse, ensuite l’idée de faire du rap a germé. A l’époque, peu de groupes de rap existaient à Kaffrine », se souvient M. Thiall. Depuis 2005, année de la création de Seuss brain, les maquettes s’entassent. Comme si le sort de ces jeunes consiste à chanter pour eux-mêmes et à partager leurs efforts avec leurs amis et proches. Au meilleur des cas, à participer à des podiums à travers les rues de Kaffrine. La faute, déclare Aliou Thiall, le manque de soutien.

« On ne nous soutient pas. Si nous restons à Kaffrine, ça n’ira pas pour notre groupe, parce que nous avons besoin de contacts extérieurs », poursuit le manager qui perçoit l’espoir avec l’érection de Kaffrine en région. A son avis, la nouvelle entité régionale « doit avoir un rappeur porte-parole connu de tous. Mais, déplore-t-il, ici, la culture ne marche pas du tout ». Le groupe évalue ses besoins à deux millions de francs. Black Me explique que, dans leur recherche de solution au manque de moyens, ils ont été voir le maire de Kaffrine « pour lui expliquer nos problèmes ». « Nous voulions qu’il nous mette en contact avec l’extérieur, avec par exemple le Festival Hip hop Yakaar. Mais c’est sans suite », déplore-t-il. Le rappeur cite parmi leurs rares apparitions dignes de ce nom leur participation au Festival socioculturel des écoles de la zone. Ainsi, en 2007, le groupe s’était produit à Koumpentoum (région de Tambacounda). Pour le moment, Seuss brain ne dispose pas encore de matériel musical, « mais Abdoulaye Wilane nous a promis du matériel de sono », révèle Aliou Thiall. De l’abnégation, il leur en faudra pour s’imposer. Conscient de la façon dont marche le monde musical sénégalais, Papa Malick Sagna alias Black Me dénonce la dictature du Mbalax. « Les gens commencent à s’intéresser à notre musique, mais, malheureusement, il y a une forte culture Mbalax, les histoires de Ngoyane », ajoute-t-il.

Leur court chemin sur trois ans n’est pas sans embûches, Prophète se rappelle ses déboires avec sa famille lorsqu’il venait de se lancer dans le rap. Le bonhomme était parti à un « foureul » ce soir là. Déterminé à étaler ses talents de rappeurs, il avait patienté jusque tard la nuit pour tenir enfin le micro. Rentré à 4h du matin, sa maman l’accueillit par une gifle magistrale qu’il n’a pas encore oubliée. Comme réaction, il s’est installé chez un ami pendant deux jours. En classe, il lui arrivait de négliger les cours pour se mettre à « rapper » dans la tête : « j’écrivais des textes de rap au lieu de suivre le cours », se rappelle-t-il. Conscients qu’il leur reste du chemin à faire, les rappeurs de Seuss brain n’ont pas baissé les bras.

La preuve, ils concoctent quelque chose sur le chômage à Kaffrine. « Ça s’appellera Kaftown et ce sera pour parler des réalités de notre ville », précise Black Me. A leur actif, Seuss brain a déjà remporté le Festival du Ndoucoumane en 2007. Un premier laurier qui ne leur fait pas oublier les dures réalités auxquelles le rap est confronté à Kaffrine.

Malick CISS

Source : Le Soleil

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