Le glacier du Kilimandjaro a perdu 85% de sa surface en un siècle et aura disparu d’ici 20 ans

Le glacier du Kilimandjaro, vieux de 12 000 ans, a perdu un quart de sa superficie entre 2000 et 2007. Dans sa partie sud, l’épaisseur de la glace a diminué de 5 mètres durant la même période, et celle du glacier Furtwängler de 50%. A travers le monde, on constate le même phénomène sur des glaciers qui sont les réservoirs où prennent source de nombreux fleuves irrigants les régions agricoles. L’Office Météorologique britannique estime que cela pourrait provoquer une baisse de 20% de la production agricole au niveau mondial.


Par Hannah Devlin, Times, 2 novembre 2009 Les neiges du Kilimandjaro auront disparu d’ici deux décennies, estiment les scientifiques, qui indiquent que la fonte rapide de ce glacier durant le siècle dernier apporte une spectaculaire preuve concrète du changement climatique mondial.

Si ces prévisions - basées sur 95 années d’observations des glaces du Kilimandjaro - s’avèrent exactes, le sommet de la plus haute montagne d’Afrique serait dépourvu de glaces pour la première fois depuis plus de 12 000 ans.

Depuis 1912, 85% du glacier a disparu et la fonte ne semble pas se ralentir. Vingt-six pour cent de la glace a disparu depuis 2000.

L’étude publiée aujourd’hui dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, conclut que la cause principale de cette fonte des glaces est l’augmentation des températures mondiales. Bien que les changements de la nébulosité et des précipitations neigeuses puissent également jouer un rôle, ces facteurs semblent être de moindre importance. Même d’intenses sécheresses, dont l’une d’elles avait duré environ 300 ans, n’avaient pas provoqué une telle diminution du glacier.

L’étude, réalisée à partir de photographies terrestres et satellitaires, montre la diminution de la superficie de glace entre 1912 et 2007. Les 12 km carrés de glace de 1912 se sont réduits à 1,9 km carré en 2007, et les deux grands champs de glace existant auparavant ont laissé place à plusieurs petites formations isolées.

Pour la deuxième partie de leur étude, les scientifiques de l’Université de l’Ohio ont foré la glace jusqu’à la roche et extrait des carottages de glace sur six sites différents. Ces carottes, descendant jusqu’à une profondeur de 49 m, ont permis de retracer l’historique de la glace, de sa fonte et des précipitations des 11 700 dernières années.

Les bulles allongées emprisonnées dans la couche superficielle de l’un des prélèvements indiquent que des phases de gel et de fonte avaient alterné au cours des 40 dernières années. Par le passé, même les événements climatiques extrêmes n’avaient pas provoqué de fonte notable. Une grave sécheresse, intervenue il y a 4200 ans et qui avait duré trois siècles, a laissé une couche de poussière, mais aucune preuve de fonte importante.

Les techniques de datation radioactive ont également montré que la glace avait rapidement perdu en épaisseur et en superficie. Le glacier sud a perdu 5 mètres d’épaisseur entre 2000 et 2007, et le glacier Furtwängler, plus petit, a perdu de 4,8 m, soit 50% de son épaisseur totale.

« Une année Furtwängler sera là, et l’année suivante, il aura disparu », prévoit Lonnie Thompson, un paléoclimatologue de l’université d’Ohio, qui a dirigé cette étude.

La fonte du Kilimandjaro s’inscrit dans une tendance générale de diminution des glaciers à travers l’Afrique, l’Inde et l’Amérique du Sud. Ce phénomène se produit sur le mont Kenya, les Monts Rwenzori en Afrique centrale, ainsi que sur les glaciers de l’Himalaya et des Andes.

« Le fait que tant de glaciers dans les régions tropicales et subtropicales montrent des réponses similaires suggère une cause commune sous-jacente », indique le professeur Thompson.

Il attribue cette évolution à la hausse des températures de surface de la Terre, qui est plus prononcée à haute altitude. Les scientifiques prévoient que même sans réchauffement supplémentaire, tous les glaciers finiront par fondre, sauf ceux situés sur les plus hauts sommets.

La fonte des glaciers peut être dévastatrice pour les espèces qui dépendent des environnements neigeux pour leur survie. Elle peut également avoir des conséquences pour l’agriculture. Une grande partie du débit des rivières dans les régions montagneuses vient de l’eau de fonte et la disparition des glaciers devrait accroître les pénuries d’eau.

L’Office Météorologique britannique a indiqué ce mois-ci que la fonte des glaciers pourrait entraîner une baisse de 20% de la productivité agricole mondiale.

Répondre à cet article