Le « bluff » de Jaxaay

Le rêve a viré au cauchemar. Trois ans après avoir bénéficié des « largesses » du Plan Jaxaay, suite à l’hécatombe des inondations de 2005, les habitants de cette localité souffrent le martyre. La déception est le sentiment le mieux partagé par les populations qui crient au …« bluff » après avoir mordu à l’hameçon de ce projet édénique, qui leur a été présenté, il y’a bientôt quatre ans. Insécurité, manque d’eau, absence de l’électricité, cohabitation avec les serpents…, les 16.000 âmes qui vivotent à Jaxaay ne sont pas au bout de leurs peines.


12 heures, le soleil darde ses rayons à la Cité Jaxaay. La nuit est déjà écoulée, les 16.000 âmes qui vivent dans cette localité ne …rêvent pas. Le cauchemar dans lequel ils vivotent depuis trois ans, a fini par leur ouvrir les yeux sur la triste réalité. Dignité en bandoulière, les habitants de Jaxaay, se rendent à l’évidence. Jaxaay cet « oiseau de mauvais augure » est loin de cette terre promise qu’ils imaginaient. Il ne pouvait pas en être autrement pour ces derniers, qui peuvent se mordre les doigts d’avoir été victimes d’une insouciance fatale. En effet Jaxaay, ce projet édénique qu’on leur avait présenté sur un plateau d’argent après la catastrophe des inondations de 2005 pour un meilleur cadre de vie, n’est que pure ... « bluff ». Qui mieux que les populations de cette localité, pour dénoncer cette « machination » ? Désemparés, les habitants de Jaxaay ne savent plus à quel saint se vouer. « Ils nous ont fait croire que Jaxaay allait définitivement mettre un terme à nos souffrances. Du rêve à la réalité, c’est ce qu’ils nous avaient dit, mais finalement, le rêve a viré au cauchemar. Le projet a été tellement bien présenté, au point que nous n’avions plus d’autre choix que de nous plier à la volonté de l’Etat de venir habiter à Jaxaay », se désole Mamadou Coly le secrétaire général de l’Union pour le développement de Jaxaay (l’Udej).

Il n’en fallait pas plus pour mordre à l’hameçon. Car, depuis qu’ils on quitté leurs maisons inondées dans les bas fonds de la banlieue dakaroise pour venir habiter à Jaxaay, les habitants de la cité vivent dans des conditions déplorables. Parmi les problèmes, du reste très nombreux auxquels ces derniers sont confrontés : le manque d’eau. « À l’unité 21 par exemple, une conduite d’eau approvisionne quelques maisons, or, il y’en a une centaine dans ce secteur qui n’ont pas d’eau », informe Demba Seck. Mais, le problème d’eau n’est rien comparé à celui de l’électricité. « Nous avons des problèmes d’éclairage dans la cité. Il y’a huit unités à Jaxaay mais seul trois ont la chance d’avoir de l’électricité. Tout le reste, ils vivent dans l’obscurité. Même pour charger leurs téléphones portables, les gens sont obligés de venir jusque dans les unités qui ont de l’électricité », renseigne Modou Nguer, un enseignant à Mbao habitant à Jaxaay. Et les potaches dans tout cela ? Le manque d’électricité porte un sérieux préjudice à leurs études. En effet, les élèves ne peuvent plus apprendre leurs leçons le soir, faute de lumière. « Dès lors, ce sont les vendeurs de bougies qui se frottent les mains » ironise quelqu’un. Pis, soutient Moussa Fall membre de l’Udej, « il y a un poste de courant à quelques encablures des unités qui n’ont pas d’électricité, mais il n’y a pas de moyens pour alimenter les foyers en électricité », se désole-t-il, non sans signaler la proximité de la centrale de Kounoune.

De l’électricité dans l’air…

Une situation finalement devenue exaspérante pour certains, qui n’hésitent pas à ... jouer avec le feu pour régler définitivement ce problème d’électrification, devenu à la limite lassant. Car, les gens ont recouru à d’autres méthodes pour avoir de la lumière dans leurs foyers. « Les gens utilisent maintenant les câbles téléphoniques pour rafistoler des fils dans l’espoir d’avoir de l’électricité dans leur maison. C’est très dangereux pour les enfants qui sont exposés. Pis, l’hivernage arrive et des risques d’électrocutions ne sont pas à écarter », alerte Modou Nguer. Et n’eussent été quelques « bons samaritains » qui sont prêts à mettre la main à la poche pour soulager le problème de leurs voisins, cette pratique suicidaire allait faire tache d’huile. « Une bonne volonté est d’ores et déjà prête à installer gracieusement un panneau solaire, pour alimenter certaines unités en électricité », souligne Mouhammed Niang. Finalement, c’est devenu une habitude à Jaxaay, d’obliger les gens à cotiser, pour régler certains problèmes urgents. « Nous étions obligés de sortir de l’agent de nos propres poches, pour électrifier un poste de santé », regrette Ousseynou Tambédou Président du comité de santé à Jaxaay.

Des femmes qui accouchent dans les cars rapides

La santé ? Parlons-en car, c’est l’un des problèmes majeurs, qui tient à coeur la population de Jaxaay. Le refrain est le même : les conditions sanitaires sont précaires. Le seul poste de santé qui existe, (les travaux pour la construction de l’hôpital étant arrêtés) fonctionne à peine. « Le Poste de santé ferme à 16 heures, il n’y a pas de permanence. L’infirmier chef de poste descend à 14 heures. La maternité a été fermée parce qu’il n’y a pas de matériels par exemple il n’y a pas de table d’accouchement. Les femmes en état de grossesse sont obligées de faire des kilomètres pour accoucher paisiblement. Or, l’impraticabilité de la route est encore une autre paire de manche. À plusieurs reprises, des femmes sont obligées d’accoucher dans les véhicules de transport ou en cours de route », dénonce Mariama Mendy une monitrice de santé. « Plutôt qu’un poste de santé, c’est une grande structure sanitaire qu’il nous faut à Jaxaay », vocifère Bakhayoko responsable de l’Asc Jaxaay. La transition était toute trouvée pour aborder le problème du manque d’infrastructures comme les terrains de football ou encore les marchés. Une femme fulmine : « Nous sommes obligés d’aller jusqu’à Keur Massar, pour nous approvisionner en condiments ou pour faire nos shoppings. Or, d’ici à Keur Massar c’est trop loin. Cela nous prend des heures pour quitter ici faire notre marché et revenir avant le crépuscule, sous peine de se faire agresser la nuit, car il n’y pas d’éclairage ». À peine a t-elle terminé sa phrase qu’un autre prend la parole pour s’émouvoir du problème de l’insécurité qui gagne de plus en plus du terrain, « les agresseurs ont repris du poil de la bête Les gens n’osent même plus s’aventurer dans les rues à certaines heures pour vaquer à leurs occupations. Dès 20 heures par exemple, aucune âme n’est visible au-dehors. Tous les gens sont obligés de se terrer à l’intérieur de leur maison, pour échapper aux foudres des agresseurs », peste Djibril Bakhayoko non sans signaler au passage la fréquence de meurtres à Jaxaay. Pendant ce temps où est la police ? Celle-ci n’existe que de nom selon les habitants. « Il y’a seulement deux policiers pour des milliers de gens c’est inadmissible », s’alarme Mansour Sarr.

La dangereuse cohabitation avec les serpents

L’autre menace qui plane sur la tête des habitants de Jaxaay c’est la cohabitation depuis quelque temps avec les serpents. « Nous habitons presque dans une brousse. Avec la chaleur, les serpents surgissent de nulle part pour se faufiler dans les herbes. Nous en avons tué quelques uns ici », révèle Moussa Fall. Aussi, la configuration des maisons laisse t-elle à désirer à Jaxaay. « Les chambres sont insuffisantes, il n’y a pas de place pour tout le monde. Ce manque d’espace favorise la promiscuité. Dès lors, certains sont obligés de rester dans la banlieue pour trouver des chambres de locations, plutôt que de s’entasser dans ces maisonnettes. Ainsi, certaines familles sont complètement disloquées », explique Mansour Sarr. Et ce dernier de poursuivre : « A défaut d’avoir des fenêtres, certaines maisons n’ont même pas de mur de protection, or, la poussière favorise les germes des maladies. Les rares maisons qui possèdent des murs de clôtures, ce sont les propriétaires qui, avec leur propre argent, construisent une clôture pour plus de sécurité. De la même manière, qu’il y a également des chefs de famille qui achètent avec leur propre argent du ciment, des carreaux pour terminer certains travaux ».

Des maisons en chantiers transformées en lieu de débauche

Des chantiers inachevés, il en existe à la pelle. Dans certaines zones à Jaxaay, des maisons non encore construites s’alignent à perte de vue.« Depuis 2006 il y’a des maisons inhabitées, parce que les travaux n’ont pas été menés jusqu’à leur terme », dit Ousseynou Tambédou. Une aubaine pour certains esprits malveillants, qui n’hésitent pas à transformer ces maisons en chantier en lieu de débauche. « Certains pervers n’hésitent pas à inviter leurs petites amies ou autres partenaires, pour venir roucouler loin des regards indiscrets ».

Quand le silence est érigé en règle à Jaxaay

La liste des maux est loin d’être exhaustive. Devant cette situation devenue plus que jamais insupportable à leurs yeux, les habitants de Jaxaay n’avaient plus d’autre choix que de briser le silence, malgré quelques tentatives de dissuasion de part et d’autre. « Mais, à qui profite ce silence ? », s’interroge Modou Nguer, au moment où Demba Seck s’indigne de la passivité de certaines autorités qui sont au courant des maux dont soufrent la population de Jaxaay. « Il ne devrait pas y avoir d’intermédiaires entre nous et l’Etat. Nous devrions être les principaux interlocuteurs du Chef de l’Etat à qui nous demandons de venir constater de visu l’ampleur des dégâts » L’alerte est sonnée, les autorités sont interpellés. A bon entendeur...

Reportage réalisé Amadou Lamine Mbaye

Source : 24hChrono

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