La gare routière de ’’Pompiers’’ : quand tous les chemins mènent à Touba

’’Pompiers’’, la plus grande gare routière de la ville de Dakar, ne s’attendait sans doute pas à accueillir tout ce monde. Même si on est samedi, jour non ouvrable.


Mais l’annonce au petit matin du rappel à Dieu de Serigne Saliou Mbacké, Khalife général des mourides, en a décidé ainsi, déversant des milliers de personnes dans ce cœur du transport dans la capitale.

Les nombreux fidèles, mourides ou non, ont très tôt fait de prendre d’assaut ’’Pompiers’’ avec un seule destination à la bouche : Touba. Ville de toutes les attractions suite au rappel à Dieu du dernier fils de Serigne Touba.

Chapelet en main, coiffé d’un chapeau qui peine à cacher ses dreadlocks (rastas), le visage grave, Mamadou Sow ne tient plus sur place. On sent qu’il essaye de contenir sa nervosité à travers des va-et-vient interminables.

L’apparition d’une voiture le tire de son manège. ’’S’il vous plait, est-ce que tu es en partance pour Touba ?’’, lance-t-il à la cantonade au chauffeur qui vient de s’immobiliser devant lui.

D’un geste de la main, celui-ci lui désigne une voiture ’’sept places’’ stationnée à l’entrée de la gare routière. Sans hésiter, Mamadou Sow se dirige à grandes enjambées vers le véhicule en question.

’’J’ai tardé à apprendre la nouvelle’’ du décès de Serigne Saliou Mbacké. Nous avions une coupure d’électricité la nuit dernière et c’est ce matin que je l’ai appris. C’est pour cela que je ne suis pas parti très tôt’’, a-t-il fait savoir.

Mamadou prend place ensuite dans la voiture, sans s’enquérir du tarif du voyage. Comme si rien de tout cela ne compte vraiment. En moins d’une minute, la voiture est remplie de passagers, en majorité des hommes.

A peine Mamadou et compagnie ont fini de prendre la route de Touba (200 km) qu’un autre voyageur attire l’attention en continuant de répéter cette complainte : ’’Je ne sais pas où sont les voitures’’.

La vingtaine, le voyageur qui est une fille en fait, continue de tourner en rond, en compagnie de deux de ses amis. Elles portent au cou une effigie du marabout Cheikh Béthio Thioune.

Des mouchoirs ajustées sur leur tête, ces talibés de Béthio, fidèle parmi les fidèles de Serigne Saliou Mbacké qui a fait de lui un ’’cheikh’’, sont inconsolables comme en témoignent leurs yeux mouillés de larmes.

Plus qu’un parent, ces talibés à la recherche d’un moyen de locomotion immédiat pour Touba, soulignent avoir perdu la référence ultime de leur guide religieux. D’où, indiquent-elles, leur visage leur sentiment de détresse.

’’Nous n’avons pas le temps pour parler. Nous sommes pressées de nous rendre à Touba pour présenter nos condoléances à notre marabout’’, confie l’une d’elles, pour couper court à toute interview.

Compatissant, un homme en patchwork posté non loin de là e qui ne perdait rien de la scène, leur désigne une voiture qu’elles s’empressent d’emprunter.

’’Je suis un +baye Fall+, explique notre homme providentiel. Je mets mon véhicule au service des talibés (disciples). Qui a 3000 FCFA peut monter. Je n’augmente rien’’, lance Saliou Ndiaye, un chauffeur.

Assise à l’intérieur d’un car de 35 places, Sokhna Mame Diarra, une autre homonyme de la mère du fondateur du mouridisme, ne peut, elle, retenir ses larmes.

’’J’ai ressenti la nouvelle avec une douleur extrême. Je ne sais pas à quelle heure je vais arriver, mais il faut que j’aille me prosterner devant le tombeau de Serigne Saliou Mbacké’’, dit-elle, avec une ferme détermination dans le ton, en dépit de sa douleur que l’on devine immense.

Rien, même les risques de vols, ne semblent pouvoir arrêter les fidèles, quand vient l’appel du jour de Touba.

’’Faites attention aux voleurs. Les portables ont commencé à être volés. Il y a des gens qui profitent de ces moments pour soutirer quelques choses aux voyageurs’’, avertit, pourtant, un homme sans assurance d’être écouté, ni entendu.

’’Plus de 200 voitures sont parties d’ici pour Touba depuis hier nuit’’, explique Moussa Dieng, plus connu sur le sobriquet de ’’Moussa Guerrier’’, responsable de la gare routière.

Interpellé ici et là, ’’Moussa Guerrier’’ est constamment sur la brèche et il tente d’organiser le convoi des talibés (disciples), vers la capitale du mouridisme, dans une situation de désordre né de la brutalité du décès du guide mouride.

’’Nous veillons sur le respect des prix, même s’il n’y a pas de voitures. Le prix n’a pas augmenté. Les cars sont à 15000 FCFA, les sept places à 5000 FCFA. Nous avons aussi autorisé les cars de transports +Tata+ à prendre des passagers’’, précise-t-il.

’’Moussa guerrier’’ ajoute que lui-même ne s’est pas encore rendu à Touba, car il veut d’abord s’assurer que les talibés ne sont pas confrontés à des difficultés pour rallier la cité religieuse.

Autre scène du même décor de ’’Pompiers’’ : un policier en tenue, informé par des passagers de l’augmentation opérée par certains transporteurs sur le tarif en vigueur, essaie de jouer au samaritain.

Toujours est-il qu’après une longue séance d’explications, il est retourne à son poste, sans qu’on puisse savoir s’il a réussi ou non à faire lâcher prise les transporteurs adeptes de la surenchère.

En tous les cas, le manque de véhicules a même poussé les taxis interurbains ’’jaune et noire’’ à venir en rescousse aux clients désireux de se rendre à Touba par tous les moyens. Qu’il vente ou qu’il pleuve...

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