La croissance c’est la pauvreté


La banque mondiale est d’une perspicacité qui me sidère.... Par Naomed D’autres extraits du dernier rapport de la banque mondiale sur le Sénégal me sont tombés sous les yeux. Ils sont bons, très bons ces experts, en tout cas ils n’ont pas honte de sortir de pareilles platitudes.

Ces grosses évidences ont quand même un mérite c’est de mettre clairement le doigt sur LE problème social du Sénégal.

Je ne crois pas, je suis certain que la banque mondiale n’a jamais voulu dire cela et pourtant la conclusion logique du rapport est implicite.

Le langage m’a toujours fasciné, pour qui sait lire et écouter, quasiment n’importe quel discours en dit beaucoup plus long que ce que le locuteur voulait et pensait dire. Un régal !

‘’les pauvres dépensent moins que leur potentiel en raison de leurs contraintes de liquidités, limitant ainsi l’impact sur la consommation finale et la demande globale’’ Je vous explique : les pauvres ne dépensent pas leur fortune aussi vite que ce qu’ils la gagnent, les pauvres ne sont pas patriotes du tout, les pauvres sont de mauvais citoyens qui préfèrent thésauriser des sommes colossales qui seraient bien nécessaires pour soutenir la consommation intérieure. Et, devinez pourquoi les pauvres thésaurisent ? Juste pour des futilités du style avoir un peu d’argent en cas de maladie, construire une maison au village pour pas être à la rue la retraite venue. Des conneries quoi, mais qui privent le secteur capitaliste de clients.

Et la Banque mondiale de se demander si cela ne serait pas l’explication du fait que la consommation intérieure augmente moins vite que le PIB. Elle a raison la BM de se poser la question, tout le monde sait bien que dans un pays comme le notre, champion de la solidarité, quand le PIB augmente le patronat formel et informel commence d’abord par redistribuer l’essentiel des fruits de la croissance au personnel avant de s’ocroyer les restes.

Générosité bien mal placée d’ailleurs, puisque plus les gens sont pauvres, moins ils dépensent, même si on augmente leurs revenus, à croire qu’ils n’en n’ont jamais assez !

On comprend mieux pourquoi l’Unacois, pourtant bien connue pour sa fibre sociale, rechigne aujourd’hui à faire profiter ses salariés de la spectaculaire augmentation de PIB. Ca sert à rien d’augmenter le salaire des pauvres, ils consomment pas plus !

La banque mondiale poursuit son analyse aussi brillante qu’implacable : ‘’La capacité des pauvres à épargner et donc à faire des investissements productifs est faible et n’est pas compensée par l’accès à des crédits financiers puisqu’ils sont les premiers évincés des marchés financiers pour des raisons évidentes de manque de garanties et de risques’’. Remarquez la remarquable puissance de l’analyse des experts, ils viennent de redécouvrir pourquoi les pauvres restent pauvres 150 ans après Marx.

‘’les pauvres ont généralement moins de possibilités d’investir en capital humain, limitant leur capacité à adapter et à utiliser de nouvelles technologies’’, là on touche au noeud du problème, les pauvres n’investissent pas sur l’avenir, ont-ils d’ailleurs le sens du temps ? Quand ils doivent choisir entre se payer une étude d’expert et conserver un peu d’argent au cas où, ils choisissent la facilité et se privent ainsi des lumineuses explications sur les bienfaits de la mécanisation sur leurs 3 hectares de sable. Ils vont même plus loin les pauvres dans leur refus des nouvelles technologies. Qui a jamais vu un pauvre vendre ses boeufs, moutons, terres... pour partir faire des études aux USA et en revenir avec un master en « économie agricole boostée par les NTIC », c’est un signe manifeste ça ! Vous croyez pas ?

‘’Si une partie substantielle de la population demeure en situation permanente de pauvreté, sans recevoir les bénéfices de la croissance économique, il est vraisemblable qu’elle abandonne son soutien en faveur des réformes économiques qui ont généré la croissance’’. Si je peux me permettre, je dirais que là la BM se trompe, les pauvres n’ont pas abandonné leur soutien en faveur des réformes économiques qui ont généré la croissance parce qu’ils sont restés pauvres mais tout simplement en raison d’un atavisme bien ancré chez le pauvre, il est incapable d’abnégation. Cette incapacité à s’intéresser à ce qui ne le concerne pas directement le rend du même coup incapable de faire des efforts supplémentaires pour permettre au patronat, intermédiaires, exploiteurs féodaux d’accumuler suffisemment de capital pour vraiment developper le pays.

Pour se rattraper la BM préconise de ‘’provoquer une croissance de l’économie plus rapide afin d’accélérer la baisse de la pauvreté, qui à son tour influerait positivement sur la croissance économique’’ puisqu’au ‘’rythme actuel de 5%, il faudrait pratiquement 30 ans pour réduire le niveau de pauvreté de moitié’’. C’est d’autant plus vrai qu’hormis les fonctionnaires et le patronat personne n’a jamais vu la couleur des 5% d’augmentation du PIB. La banque mondiale ignore t’elle qu’en Indonésie si le PIB a spectaculairement augmenté en 10 ans, les 20% les plus pauvres de la population se sont appauvris de 20 % dans le même temps. Et qu’en Inde les 60 % les plus pauvres ont vu leurs revenus stagner pendant 20 ans malgré l’enrichissement du pays.

J’aurais bien une explication qui vaut ce qu’elle vaut... Je serais assez enclin à penser qu’une grande partie de nos problèmes proviennent de notre structure sociale. Mais ce que j’en dis, Hein c’est juste histoire de parler ...

Source : Blog politique du Sénégal

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1 Message

  • La croissance c’est la pauvreté

    25 octobre 2007 22:08, par naomed

    je n’ai pas d’objection a ce que vous repreniez mes articles. mais je vous demande de leur laissez leur titre d’origine. le titre dont vous avez affublé celui ci denature totalement le contenu de l’article et de mettre un lien vers mon site pas juste la mention. c’est la regle de bonne conduite sur le net. merci

    je vous signale que vous avez un petit probleme de template en haut des pages d’articles : une image n’apparait pas et poster un article est tronqué

    Voir en ligne : mise au point

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