La Rumeur est en procès depuis 2002 pour avoir parlé des ”frères abattus par les forces de police” et de leurs ”assassins jamais inquiétés”.

Alors que Nicolas Sarkozy a montré du doigt la ”voyoucratie”, Hamé, du groupe la Rumeur, revient sur la stigmatisation des jeunes des quartiers. Il dénonce « la militarisation de l’intervention de la police » à Villiers- le-Bel. « Les médias sont devenus des supplétifs de la police, juge-t-il. On a l’impression d’avoir à faire à des courroies de transmission des enquêtes et des contre-enquêtes que la police mène sur elle même et des conclusions qu’elle tire ».


Vous faites l’objet depuis cinq ans de poursuites du ministère de l’intérieur pour avoir écrit, je cite : « les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police, sans que les assassins n’ait été inquiété ». Cinq ans de procédure c’est la preuve d’un entêtement de l’Etat à votre égard, mais aussi de votre capacité à lui tenir tête ?

Hamé : Depuis le début de cette procédure contre nous, nous cherchons à défendre notre légitimité à écrire, et à remettre en cause les brutalités policières illégitimes, et les crimes policiers impunis.On l’a fait, on l’a écrit, cela nous ai reproché, on nous accuse de diffamation. Et depuis le début, nous essayons d’expliquer que cela renvoie à quelque chose d’extrêmement profond. Quelque chose que, manifestement, le Ministère de l’Intérieur et l’Etat ne veulent pas voir en face. C’est un noeud, et depuis cinq ans on tourne autour et on appuie.

Vous allez dans la procédure avec des explications, des témoins, sur l’histoire de la police... On est face à un acte de censure. Une tentative de vouloir faire taire la Rumeur. Il s’agit pour nous d’assumer la dimension politique de cette attaque. D’avoir une défense politique. De revenir au fond des termes attaqués, et de mettre en perspective politiquement et idéologiquement ce à quoi cela renvoie. Cela nous amène à remuer une histoire qui ne passe pas. Plus qu’une histoire. C’est quelque chose qui a des répercutions gravissimes sur le présent. Ce n’est pas une période de l’histoire française exposée sous cloche. C’est sanglant. Cela fait des morts tous les mois. Toutes les semaines.

Depuis 2002, justement, il y a eu d’autres morts. Il y a eu Zyed et Bouna. Dimanche dernier, Moushin et Larami, et des émeutes à chaque fois qui témoignent d’un sentiment que vous avez d’une injustice... D’une police souvent disculpée, d’une jeunesse trop vite accusée..? On est dans la reproduction d’un scénario qui aboutit à des homicides involontaires, souvent qualifiés d’accidents. Les enquêtes de la police concluent toujours à des accidents, à des légitimes paniques, des légitimes défenses. Tout sauf une mise en cause réelle des agents de police. C’est toujours après des batailles âpres des familles ou des réseaux associatifs que certains cas ont été défendus, et les victimes reconnues comme telles. La plupart du temps, c’est tout le contraire dès lors que des policiers sont mis en cause. On les disculpe. On couvre les responsabilités à tous les niveaux. Dans le même temps, il y a un travail de salissement, de culpabilisation, des victimes. On leur trouve des circonstances aggravantes - le fait de rouler sans casque, de voler un autoradio... Toutes choses qui ne méritent pas la mort... Le mensonge, l’outrage, l’insulte se greffent.

Ce qui a été peu relevé c’est la militarisation du mode d’intervention de la police. A Villiers-le-Bel, c’était hallucinant. La systématisation et l’arrogance technologique des forces de l’ordre qui se déploient dans les quartiers atteignent des niveaux inégalés. Les hélicoptères et les drônes ont été de sortie. Sans parler de la quantité, de la masse des moyens engagés, les effectifs déployés qui renvoient à des états de siège. On passe des simples opérations de police à des opérations de type militaire. Cela renvoie à des événements vieux de plusieurs d’années, dans les anciennes colonies.

Est-ce que c’est quelque chose qui ressort de l’histoire coloniale de la France, cette fracture entre les jeunes et la police ? La police est un bras articulé. Evidement il y a des pratiques policières, judiciaires, administratives, en direction des quartiers et des populations issues de l’immigration du travail et des ex-empires coloniaux qui sont héritées de l’époque du colonialisme. C’est clair et net. Pourquoi les élites continuent-elles à appréhender, à penser, ces populations comme elles ont pensé, et appréhendé nos grands-pères. Depuis les émeutes de 2005, c’est beaucoup plus clair et évident pour tout le monde. Depuis des années, avec d’autres nous disions que le traitement des quartiers était un traitement colonial. On nous traitait de fous furieux. On a vu comment face aux émeutes et aux révoltes de 2005, on systématise des modes d’intervention, y compris dans la façon de parler aux gens, qui nous viennent de l’histoire coloniale.

Il y a peut-être une arrogance, une attitude de défi au sommet de l’Etat. Est-ce que ça vient c’est lié à la personnalité de l’ex ministre de l’Intérieur aujourd’hui Président, ou est-ce que c’est quelque chose de plus profond ? Le la est donné d’en haut. On est dans une période de l’histoire de la société française, où la classe dominante ne doute plus d’elle même. Il n’y a plus de contre-pouvoir. Le rapport de force lui est favorable de manière écrasante dans tous les domaines – social, économique, culturel, philosophique. Dans la manière de percevoir les phénomènes sociaux, les grilles de lecture policière ont progressé. Même pour la culture.

Et les médias, comment vous percevez leur traitement de ce qui se passe en banlieue ? Dans ce que j’ai vu, les médias sont devenus des supplétifs de la police. L’impression d’avoir à faire à des courroies de transmission des enquêtes et des contre-enquêtes que la police mène sur elle même et des conclusions qu’elle tire. C’est la police qui enquête sur la police. Je n’ai aucun problème avec les médias dès lors qu’ils font leur travail. Et leur travail c’est quoi ? C’est mettre en contradiction le réel. Je ne suis pas pour taire la version de la police, mais il faut la mettre en contradiction avec d’autres sources. Et ces sources, leur donner le même temps d’exposition. Leur donner le même chance d’être entendus. Dans ce cas les journalistes font leur travail, parce qu’ils donnent une possibilité d’y voir clair. En voyant TF1, France 2, on a l’impression d’être en face de médias militants qui ne le disent pas, mais qui militent pour la victoire d’un seul point de vue. Avec l’élection de Sarkozy on va percevoir la dureté de son projet pour nous tous. Mais il y a un aspect positif dans tous ça, c’est que les lignes de fracture, de division, s’éclairçissent. Les flous artistiques idéologiques n’ont plus besoin d ’être entretenus. Cela devient presque bi-polaire. Aujourd’hui, on est Sarkozyste ou on est un voyou, un marginal. Ou un dangereux gauchiste, un ringard, un dépassé qui n’a pas compris qu’aujourd’hui qu’avec la mondialisation il faut faire tourner plus pour avoir plus ou rester sur le bas côté.

La procédure va reprendre à la cour d’appel de Versailles, mais il y a une mobilisation autour de vous et une pétition qui circule.

Une mobilisation ne se fait pas sans levier. On a besoin de répercuter cette actualité, et d’entraîner des solidarités pour faire la preuve qu’on n’est pas seuls.

Propos recueillis par Karl LASKE

Source : Contrejournal de Liberation.fr

Répondre à cet article

1 Message

  • Bon les faits ne datent pas d’aujourd’hui, la police française et ce sous presque tous les gouvernements (Il n’y a guére eu que le début de septennat sous Mitterand qui a échappé à la régle, mais par la suite, les socialiste se sont alignés sur le même processus)est systématiquement couverte. Les morts dans les commissariats sont de simples bavures etc... Seulement voilà, les bavures tendent à devenir un état qui se généralise. Le probléme est aussi que le policier se croit investi, malgré son manque avéré d’éducation dû à son recrutement dans des milieux peu évolués de la société, d’une mission de type pédagogique. Mais à la vieille façon, genre la ceinture ou le coup de poing sur la gueule. Tiens prends ça ça va te calmer. Le probléme est que cela ne régle pas le probléme et bien souvent le multiplie. Etant passé moi-même par les tendres mains de la police pour des motifs le plus souvent futile, je sais de quoi il retourne. Le probléme c’est que lorsque l’on vous casse la gueule ou que l’on vous humilie,si il y a des gens qui s’écrasent, il y en a d’autres que cela rend soit encore plus méchants soit encore plus révoltés. J’ai maintenant près de cinquante ans, je n’ai pas vu la situation s’amèliorer amis se détériorer. Mais je trouve que l’attitude des jeunes si elle est parfois provocatrice est quand même le signe qu’ils refusent l’injustice et l’imbécilité. L’attitude première du policier devrait être la compréhension et ensuite la démonstration de force, mais il n’y a souvent que la seconde. Quand je vois dans mon quartier (Chateau_rouge, Paris 18) des enfaants de 12 ans la tête sous la botte des CRS pour un petit vol de rien. je me dis qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume des droits de l’homme.
    Mais ne nous trompons pas. Avec Sarkosy, nous sommes dans le régne d’un crypto-fascisme qui ne dit pas son nom. Style Berlusconi, d’ailleurs les deux sont amis, avec le même type de moyens : controle des moyens de communication TV, journaux, même les journaux gratuits sont de dangereux vecteurs de propagande, essayez de publiez une lettre dans ces pseudos courriers du lecteurs, vous verrez.Après une bonne centaine d’essais, j’y ai renoncé. Quand aux journaux, ils sont fidèles à leur « ligne éditoriale », quasi impossible d’y rentrer si vous n’avez pas de nom. Heureusement il y a le net pour s’exprimer et continuer de témoigner.
    Merci la rumeur pour votre ténacité, on devrait créé un blog pour raconter toutes les tracasseries policiéres ou des quasi milices comme les polices municipales, les agents de la RATP, et ce même aux ASSEDICS, si vous parlez trop fort, il y a des vigiles, et si vous insistez même dans votre droit, on vous envoie la police. IL FAUT RENVERSER CE DANGEREUX GOUVERNEMENT !!! Merci à vous. Et encore : S’il y avait un coup d’état en France mené conjointement par l’armée et les forces policières qui s’y opposerait ? MIS IL N’Y A PAS BESOIN DE COUP D’ETAT, ILS CONTROLENT LA SITUATION !!!
    La seule solution : renouvelons la démocratie, changeons de constitution, sensibilisons les gens, le bout de papier dans l’urne c’est FINI ! La délégation de pouvoir, c’est FINI !! Bye bye, à plus (d’espoir et de vie)

    Répondre à ce message