LIVRES INTERDITS SUR LE TERRITOIRE NATIONAL DEPUIS L’AVENEMENT DE L’ALTERNANCE La grande censure !

La Direction de la Surveillance du territoire (Dst) (vu au deuxième bureau) du Ministère de l’intérieur a donné l’autorisation d’entrée dans le terroir pour un certain nombre d’ouvrages publiés dans les éditions L’harmattan, à l’exception de celui de Abdoul Aziz Diop intitulé : « Une succession en démocratie : les Sénégalais face à l’inattendu ».


Ce livre qui parle de la succession de Me Wade par son fils Karim Wade est donc interdit au Sénégal, comme de nombreux autres écrits dont « Sénégal Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande » de Abdou Latif Coulibaly, « Un vieux président face à lui-même » de Mody Niang.

« Pour bon nombre d’observateurs, rien n’y fait : le Sénégal s’achemine inexorablement vers un nouveau mode de dévolution du pouvoir suprême ainsi que le montre la sale guerre de succession qui oppose, pour l’essentiel, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck-alias Idy- et le fils du Président Karim Wade. La rivalité politico-financière entre Idrissa Seck et Karim Wade augure une succession inédite en démocratie ». Cette affirmation est de Abdoul Aziz Diop, auteur du livre interdit au Sénégal : « Une succession en démocratie : Les Sénégalais face à l’inattendu » publié par les éditions L’Harmattan, en 2009.

Wade prépare son fils

Dans cet ouvrage, l’auteur avec des faits à l’appui, tente de prouver, comment depuis cinq Me Wade prépare l’opinion et les institutions à une « succession de père en fils ». Un Karim Wade placé dans une position de privilégiée, puisque le père en fait le Président de l’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (Anoci). L’Anoci de Karim Wade, selon l’auteur qui cite les propos du Pr Abdoulaye Bathily « fonctionne comme un gouvernement parallèle. Et on la voit dans tous les secteurs vitaux où il y a de l’argent ». C’est l’auteur qui nous parle à présent de la vraie histoire de Karim fabriquée sur fond d’enrichissement illicite, de corruption à grande échelle et fraudes électorales, sans compter le sabotage du Pds au profit de la Génération du Concret que dirige le fils du Président. L’auteur montre, dans la deuxième partie de l’ouvrage comment la « Génération du concret » profite de son principe de discrétion pour développer des activités criminelles et politiques. “L’influence programmée, mais illégitime, du gouvernement invisible, dirigé par Karim Wade, augure un coup de force dont Abdoulaye Wade pose les derniers. Quand « ce que prépare Wade »aura définitivement pris forme, les patriotes et les démocrates Sénégalais auront beaucoup de mal à démêler les vilaines choses”, souligne l’auteur. Un fils à qui le père a tout donné pour lui succèder, mais qui est un mediocre manager, comme l’attesterait l’échec de l’Anoci que l’’expert en management, Abdoul aziz Tall, impute à la « planification sur des bases fragiles » . Selon M. Tall, il ne pouvait en être autrement à partir du moment où l principal responsable n’avait pas une idée claire de la mission de son agence. Plutôt que d’assigner à l’Anoci la mission de « consolider la solidarité islamique entre Etats membres de l’Oci et de renforcer la coopération entre eux (…) », souligne l’auteur.

Du Poulain pressé… à la “sale alliance”

Dans le meme ouvrage Abdoul Aziz Diop parle du « Poulain pressé », Promu n°2 du Pds du Président Wade dès la prise du pouvoir par ce dernier, Idrissa Seck et qui “théorisa et encouragea la « transhumance » politique grâce à la laquelle il vida le Parti socialiste (Ps), défait d’importantes cohortes de militantes et militants, massifiant ainsi de manière artificielle le camp du nouveau Président”. Il revient sur le fameux Protocole de Rebeuss : “N’ayant de pensée pour personne d’autre, Abdoulaye Wade et Idrissa Seck sont en effet les symboles vivants d’une haute trahison dont l’Etat, les institutions de la République et la société mettront du temps à se remettre. Ils ne s’en remettront qu’après le procès des « grands bandits ». Il y a eu arrangements entre grands bandits . Idrissa Seck confirme enfin le deal dans les colonnes du quotidien l’As daté du lundi 13 novembre 2006”, affirme l’auteur.

Le politologue parle aussi de la « sale alliance » du nom de Jamm-Ji, celle qui rapprocha Ousmane Tanor Dieng, Abdoulaye Bathily, et Idrissa Seck.. “L’Alliance partisane « Jamm-ji » étaya, elle, les travers politiciens des moments cruciaux, les seuls qui permettent de distinguer les grands messiers des petits. L’idée qu’une alliance avec un homme suspecté de malversations financières suffit à le laver de tout soupçon n’est pas acceptable. Jamm-Ji était un mensonge”, avance l’auteur.

Sénégal Affaire Me Sèye : un meutre sur commande

« IL ressort de cette enquête une conviction : ce crime a été exécuté sur commande, Pape Ibrahima Diakhaté le dit sans détours et s’en explique librement. Il désigne les commanditaires, en nommant des personnes connues. Il demande que l’on ne le juge plus uniquement sous le seul prisme du crime commis en association le 15 mai 1993 », peut-on dans « Sénégal Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande ». Un ouvrage de 211 pages publié aux éditions L’Harmattan, en 2005.

Ce livre de Abdou Latif Coulibaly dit avoir pour « unique ambition, de faire éclater la vérité ou du moins d’aider à percer une partie de ce mystère, en révélant les noms des commanditaires désignés par un des condamnés élargi de prison ».

L’auteur dans un style simple et alerte livres des informations inédites qui rétablissent selon son éditeur, de façon formelle, la piste du Pds et la culpabilité de ces principaux responsables, éclairant d’un jour nouveau « l’affaire Sèye ».

Besoin de soulager sa conscience

L’auteur s’est entretenu avec l’un des trois accusés, en l’occurrence Ibrahima Diakhaté qui a fait des révélations au sujet de l’assassinat de Me Sèye. L’auteur rapporte ses propos : « Je ressens un extraordinaire besoin de soulager de soulager ma conscience sur laquelle pèsent à la fois le poids de mon acte criminel et celui d’un mensonge inacceptable ».

Pour Ibrahima Diakhaté : « Nous avons été le bras armé d’un système machiavélisme qui ne répugnaient nullement, contrairement à ce qui est aujourd’hui affirmé, à marcher sur les cadavres, dans sa longue quête du pouvoir. Nous avons mal agi. Nous avons provoqué le malheur d’une famille en ôtant la vie… »

Un crime planifié

Dans le chapitre intitulé « L’offrande sacrificielle », l’auteur est largement revenu sur le film de l’assassinat. Il affirme, par le canal de sa source, que Babacar Sèye est donc bel et bien vivant au moment où il quitte le Conseil constitutionnel « Dès que le véhicule du juge s’est engagé, nous l’avons pris en chasse, je suis certain de l’avoir vu se retourner quand les premiers coups de feu tirés par Assane Diop ont retenti sur la vitre arrière de la voiture. Je l’ai vu assis quand nous avons approché sa voiture. C’est quand il s’est retourné que la balle qui l’a tué l’a atteint à la tempe. Et Assane Diop a crié à Clédor qui conduisait , avance, je l’ai eu, je l’ai atteint, c’est fini », raconte Ibrahima Diakhaté à la page 87 de l’ouvrage. Le juge est transporté à l’Hôpital Principal où son décès est constaté à 15h30mn.

Abdiou Latif Coulibaly de souligner que le bulletin de renseignement rédigé ce samedi 15 mai est édifiant : « au cours de la surveillance du Quartier général du Pds dans l’après-midi du 15 mai 1993, les faits suivants ont été constatés : 15h à 16h – une affluence de militants (une trentaine environ), certains debout, d’autres assis devant le portail. L’agitation qui a régné à l’arrivée de la 505 de couleur sombre a attiré l’attention. Un homme habillé en chemise kaki…a guidé guidé le véhicule qui faisait marche arrière…avant de repartir du quartier général.. »

Les déclarations des responsables du Pds

Le journaliste-écrivain est revenu sur les déclarations du Secrétaire général du Pds : « Je ne donne aucun crédit aux décisions du Conseil constitutionnel qui se trouve sous l’influence des hommes de Abdou Diouf, en particulier de son Vice-président, Me Babacar Sèye , qui a été pendant longtemps, un député socialiste . Ce n’est pas sérieux ». Jean-Paul Dias, rappelle l’auteur, « avertissait les juges et les invitait à préparer leur linceul, si jamais ils se retrouvaient mêlés à des activités de fraudes, au cours des prochains scrutins ».

Abdou Latif Coulibaly parle aussi de la situation explosive de 1988, avec la révolte des jeunes. Le Chapitre II du livre : « Des jeunes retraités de l’avenir se rebellent », en dit long. Une jeunesse convaincue que la victoire lui a été volée. Et qui dès l’arrestation de Abdoulaye Wade, « s’est sentie déjà exclue de l’avenir se révolte et casse tout ». L’auteur nous laissé défiler des images d’un pays au bord du désastre. « Le ras-le-bol conduit, dans la nuit du 3 au 4 mai 19988, à une explosion à Dieupeul, le premier d’une série d’attentats. Dans la même nuit, une conduite d’eau située à Dalifort est détruite. Le théâtre des opérations se déplace ensuite vers Pout et Nguekokh, où les bâtiments de la sous-préfecture sont incendiés dans la nuit du 5 au 6 mai. Au soir du mai, une autre voiture explose à la Gueule Tapée. Dans la même soirée, une tentative d’attentat avait échoué au centre-ville de Dakar », peut-on lire sous sa plume.

Les chaînons manquants

Puis vint la trêve de 1991 avec la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale qui consacre l’entrée du Pds dans le gouvernement du Premier ministre Habib Thiam. Une trêve qui va se poursuivre jusqu’en 1992.

Pour l’auteur, le deuil de Me Sèye se prolonge, car un élément manque dans le déroulement de l’histoire et du temps qui y mettront définitivement un terme. « Aucune loi d’amnistie ne pourra ajouter le ou les chaînons manquants, tant que l’hisoire ne livrera pas l’identité de ceux qui ont comploté dans l’ombre contre la vie de Me Babacar Sèye », dit-il.

Un vieux président face à lui-même

Après avoir lu le livre-entretien que le journaliste Français a consacré au Président Wade sous le titre : « Une vie pour l’Afrique », Mody Niang propose dans son ouvrage : « Un vieux président face à lui-même » une grille de lecture qui permet de « saisir dans toute sa démesure la vanité et le poids du narcissisme qui structurent et orientent toute la trame du récit narratif ». L’auteur s’est mis à déconstruire une œuvre conçue selon lui sur la base d’une « juxtaposition de légendes, d’affabulations concernant la personne du Chef de l’Etat, de calomnies méprisantes sur nombre de ses compatriotes ».

Mody Niang, par une analyse soutenue et documentée, a pénétré le mythe que le « Président Wade tente ainsi de créer autour de lui. » L’auteur de « Un vieux président face à lui-même » parle de la situation du pays qu’il assimile à une tragédie qui est devenue une vraie préoccupation depuis l’arrivée aux affaires des libéraux. Pour lui, cette tragédie reste liée à un nom celui de Me Abdoulaye Wade qui « voit et résume le Sénégal à lui-même, à ses humeurs du moment … »

L’ouvrage fait 101 pages et il est publié dans les « Editions Sentinelles ». Mody Niang a écrit d’autres ouvrages : « Me Wade et l’alternance : le rêve brisé du Sopi (Harmattan) , « Qui est cet homme qui dirige le Sénégal (Harmattan) ; « L’héritage politique de Léopold Sédar Sernghor : entre ombres et lumières (Editions Sentinelles).

source : sudonline.sn

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