Karim Wade, paria culturel (Par Cheikh Yérim Seck)

Les dernières maladresses de Karim Wade dans la sphère politico-sociale de notre quotidien laissent penser que ce garçon, pour tout dire, est un sacré paria. Paria au sens que ses actes jurent d’avec nos habitudes culturelles et nos comportements sociaux.


Le fils du président en devient pathétique. Il se surpasse, est toujours entrain de vouloir prouver et se prouver qu’il est en phase avec nos compatriotes. Mais se heurte à une dure réalité : il ne sait pas qui sont les Sénégalais ni où ils sont. Il a un problème. Il veut être aimé par force. L’estime qu’on lui doit selon lui devrait être évidente, presque de droit divin. Les faux pas communicationnels qu’il commet sont d’une rare et brutale cocasserie. Il est toujours à côté de la plaque. Et comble de tout, plus il s’efforce même de bonne foi, plus il déjoue, parce que justement il sur-joue. Et n’arrive pas à emporter la sympathie de ses présumés si récents compatriotes. Ce fait n’est pas dû à son métissage. L’exemple de Philippe Senghor est éclatant de contraste avec le sien. Métis comme lui, Philippe avait pour le peuple sénégalais un profond respect et une grande proximité. Son décès a ému même ceux qui ne le connaissaient pas. Il était en osmose avec les garçons et les filles de son temps. Ses amis s’appelaient Boucounta, Pape, Mamadou… et non Gérôme, Paul, Claude… N’est pas Philippe Senghor qui veut. Karim Wade a été battu aux élections locales du 22 mars 2009 dans son propre quartier du Point E. Une erreur sémantique a été commise par beaucoup en disant qu’il a été battu même au PointE. Il aurait fallu dire « SURTOUT » au Point E. Il aurait, c’est sûr, à cette époque, encore été élu dans n’importe quelle circonscription de Pikine ou de Guédiawaye. Mais la difficulté pour lui est venue du fait que la sociologie du Point E n’a pas changé depuis des dizaines d’années et qu’il demandait que des gens qui avaient grandi avec lui, devenus adultes aujourd’hui, lui accordent leurs suffrages. Ils le connaissaient trop bien pour les lui accorder. Ils savaient mieux que quiconque qui il était et étaient plus conscients que tous de son décalage social. Karim Wade est définitivement un produit importé à la faveur de l’élection de son père et les dernières révélations concernant sa relativement récente prise de la nationalité sénégalaise l’attestent à satiété. Ceci explique cela et éclaire singulièrement la nature des actes maladroits qu’il pose de façon continue et répétitive. On n’est pas prêt d’oublier les propos qu’il avait tenus lors d’un débat, affirmant qu’il avait toujours gagné, et qu’il avait toujours tout réussi. Le génie que son père nous présente jure d’avec le frère que sa sœur cadette a rattrapé dans son cursus scolaire, mais passons, nous nous égarons. Karim Wade a un souci avec ce qui fait le « disque dur » de sa société sénégalaise, à savoir l’oralité et le dialogue. La parole a toujours une valeur primordiale dans notre société. Et la fraîche réception de sa lettre paranoïaque adressée aux Sénégalais dans une sorte de dépit amoureux, aurait dû lui montrer qu’il ne prenait pas la bonne voie pour rencontrer un peuple qu’il a nourri un jour le rêve de diriger. Pas même un bonjour et une salutation en entame des insignifiances qu’il nous a adressées ce jour-là. En plus de l’inélégance de sa démarche, il postait sa lettre en position de hors-jeu social et culturel, avec en prime un ronchonnement de gamin gâté en sourdine et en filigrane tout du long de sa missive. Autre comportement pour le moins asocial de ce jeune homme que sa récente stature conforte et pousse à l’affrontement permanent, c’est sa tendance à devenir une machine à porter plainte. Pour un oui ou pour un non, il menace de ses foudres de « fils de » ceux qui ont eu l’outrecuidance de dire une chose se rapportant à des choses troublantes le concernant. Aucune retenue, aucun recul, et surtout aucune prise de hauteur, celle qui caractérise les vrais chefs, les guides, les hommes responsables… Dans sa fougueuse combativité, totalement désordonnée, le faisant ressembler à quelqu’un qui envoie des coups de poing à tort et à travers et prenant le vent à chaque fois, il en perd et lucidité et perspicacité. Il suscite tous les combats de son père Abdoulaye Wade, prend aveuglément parti et ne se met pas une seule seconde dans la peau du médiateur, du rassembleur. Il a été de façon aveugle et la cause et le bras armé de tous les combats que son père a menés contre les hommes de ce pays qui avaient le tort de s’opposer à ses menées. Idissa Seck, Macky Sall, Bara Tall, Babacar Touré, Youssou Ndour.. ont tous été combattus par Karim Wade par son président de père interposé. Ce n’est pas la manière la plus adéquate de coller à la philosophie des Sénégalais qui veut qu’on n’attise pas un conflit, on l’apaise, on ne souffle pas sur les braises de la discorde. Et puis le fils d’Abdoulaye Wade ne cherche même pas à apprendre ce qu’il convient de faire. Il n’en fait qu’à sa tête. Au point de violer la conscience et la tranquillité des gens en envahissant sans aucune gêne l’espace des hommes avec lesquels la situation demandait mesure et circonspection, sans parler de retenue et d’élégance. Aller provoquer Idrissa Seck à Paris dans son lieu de travail relève d’une mauvaise éducation certaine. On frappe à la porte avant d’entrer, nous ont appris nos parents. Quant à la visite faite à Macky Sall, en plus de relever de la même légèreté d’esprit et de caractère, elle nous fournit une grave information. Comment un homme qui se dit proche de son père, de ses amis, de la vie de son parti, de son pays, pouvait-il ignorer que la mère de celui à qui il venait rendre visite avait quitté ce monde depuis des années ? L’information est qu’il est indifférent à tout ce qui ne le concerne pas directement. Et puis, comble de tout ce qui l’éloigne de nos valeurs et des difficultés des Sénégalais qu’il a eu un jour le rêve fou de vouloir diriger, c’est sa propension forcenée à n’apparaître et à n’être cité que dans de grosses histoires d’argent. Son train de vie contraste terriblement avec celui de notre société, il voyage en Jet privé, même en campagne électorale, et se trouve au cœur du système financier qui gouverne aux destinées du Sénégal. En ne rendant compte à personne. Dans un pays où la majorité des citoyens ne voit pas le diable pour lui tirer la queue, il est mille fois logique que sa côte de popularité soit à zéro. Signe de sa souillure par l’argent ? Pirouette symptomatique de ce que représente un tel paria culturel ? Le khalife général des mourides lui a récemment conseillé de faire ses ablutions et de sacrifier à une prière de deux Raakas avant de le recevoir. Tout un symbole.

Source : Jeune Afrique

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