Interview de RAMATOULAYE DIALLO, ALIAS DEESSE MAJOR, RAPPEUSE, AUTEUR-COMPOSITEUR

Elle est née en Casamance, mais a grandi à Dakar. Peul, bon teint, Ramatoulaye Diallo, plus connue sous le nom de « Déesse Major » - son nom d’artiste - est rappeuse, auteur-compositeur. Star en devenir, elle se présente avec un look très particulier, crâne rasé des deux côtés avec du greffage marron frisé, le corps tatoué, un piercing sur la langue, des accessoires « bling-bling » et des couleurs tape à l’œil. « Déesse Major » s’est confiée, dans cet entretien plein de révélations, sur sa vie sentimentale, le milieu du showbiz, etc.


Pourquoi avez-vous choisi « Déesse Major », n’est pas un peu osé ? Je suis rappeuse et c’est un nom fétiche. C’est un nom engagé. « Déesse » renvoie à une divinité féminine, la beauté divine de la femme. Quant à « Major », c’est le meilleur, le plus important. Simplement parce que je suis la meilleure dans le rap féminin.

A quand remonte votre entrée dans ce milieu ? Depuis mon adolescence. J’ai enregistré ma première maquette en 2008 et je suis en train de travailler pour la sortie prochaine de mon album. Je suis entre deux studios, celui de ‘Fou Malade’ et de celui de Ama Diop de Walliane Studio.

Quels sont les thèmes que vous développez dans vos chansons ? La plupart, ce sont des thèmes de société. En tant que fille de la banlieue, j’ai beaucoup de choses à dire. Je fais du rap engagé. Du coup, je me préoccupe de ce que vit la société.

Pourquoi avez-vous choisi ce genre musical ? Je suis issue d’une famille d’artistes. Ma mère chantait très bien, mes deux cousines sont danseuses, et deux de mes frères sont des chanteurs. L’un fait du reggae et de la world musique, et l’autre de la musique acoustique. Mais je m’identifie dans le rap et, en tant que fille, j’ai beaucoup de choses à dire. J’ai vu que le rap est le meilleur vecteur pour faire passer mon message. Ça me permet de dire tout ce que j’ai dans le cœur, sans limite.

Comment vous vivez cette diversité musicale au sein de votre famille ? On n’a pas de problème par rapport à la différence de notre style musical. Une musique reste une musique. La base est une sensation et chacun y cherche la touche qui l’intéresse. On vit en parfaite harmonie notre différence de style.

Avez-vous fait des études ? J’ai eu mon Bac. Ensuite, j’ai fait deux ans en commerce international et j’ai arrêté en année de Licence. Parce que c’était un peu difficile pour mes parents à vouloir continuer de payer mes études. Je suis issue d’une modeste famille, donc ce n’était pas évident. Malgré cela, mes parents ont tout fait pour m’inscrire dans une très bonne école privée. Je me suis dit qu’il est tant aussi de chercher quelque chose pour leur rendre la monnaie de leur pièce. Raison pour laquelle je cherchais des stages par ci et par là, qui sont parfois bien rémunérés. C’est pourquoi j’ai fait un stand by et je me suis lancée dans la musique qui a toujours été une passion. Mais avec le système Lmd, je vais reprendre mes cours.

Parlez-nous un peu de votre look sexy. N’est-ce pas un look à la Lady Gaga ? Non, du tout. J’ai ma touche personnelle. Avant, les filles qui étaient dans ce milieu étaient trop masculines - côté accoutrement et même dans la manière de raper. Mais ‘Déesse’ est venue dans la nouvelle génération avec un style différent des autres pour montrer qu’on peut faire du rap, être engagée sur les textes, tout en restant féminine. Je suis rappeuse féminine jusqu’au bout des ongles, très sexy, sur scène et dans mes clips. Je ne copie pas les Américaines. C’est juste que nous sommes dans un monde moderne et je m’habille moderne. J’ai le crâne rasé, des tatouages, des piercings, car j’adore ça.

Comment votre famille a apprécié votre look, vu que vous êtes d’origine Peul ? Depuis mon adolescence, j’ai commencé à me raser les cheveux. J’avoue qu’au début, c’était difficile. Car j’ai grandi avec ma tante, la petite sœur de ma mère et elle a toujours été réticente à mon look. Elle nous a inculqué une bonne éducation. Son objectif, c’est la réussite dans nos études. Mais mon style est inné. Toute petite déjà, je ne passais jamais inaperçue, j’attirais tous les regards sur moi. Peut-être que j’avais déjà le sang d’une artiste et que mon entourage l’ignorait. Avec le temps, ma tante a compris que je n’avais pas épousé ce look pour virer dans le mauvais chemin.

Dans le milieu de la musique, le passage des femmes est éphémère, quelle stratégie allez-vous adopter pour y demeurer ? En fait, nous avons dépassé le stade où les femmes n’avancent pas dans le milieu. Il y a une new génération. Dans le monde, les filles qui font du rap sont en train de s’imposer, d’évoluer et de faire carrière, alors pourquoi pas nous au Sénégal. Je suis venue pour faire carrière, mais pas pour faire un seul album ou un single ou encore une vidéo qui fait un buzz et ça s’arrête là, ah non, je ne suis pas là pour ça. J’ai eu la chance d’être soutenue par nos collègues rappeurs, comme ‘Fou Malade’ qui est le premier à croire en moi et qui est mon mentor.

« Déesse » est-elle un cœur à prendre ? Je suis célibataire pour le moment. Mais j’ai un copain que j’aime du fond de mon cœur.

A quand le mariage… Ah ! peut-être qu’il attend le moment opportun pour franchir le pas. En ce qui me concerne, je suis pour le moment concentrée sur ma carrière.

Est-ce à dire que vous n’envisagez pas de vous marier maintenant ? Non ! Le mariage ce n’est pas encore un projet pour moi, c’est ma musique qui est mon projet.

Ne risquez-vous pas de perdre l’homme que vous aimez dans ce cas ? Non ! Je ne pense pas. Si je l’intéresse et qu’il m’aime comme il le dit, il va m’attendre. Mais ce n’est pas encore un projet (rire…).

Est-ce à dire que le mariage sera un blocage pour votre carrière… Beaucoup de femmes rappeuses ont vu leur carrière freinée par le ménage, soit à cause des crises de jalousie ou encore des enfants. Mais cela dépend aussi du mari. En ce qui me concerne, pour le moment, mon souci, c’est ma carrière. Je ne vois rien ou personne qui m’empêchera de faire ma musique. Tout homme qui m’aime va devoir supporter ma musique.

Votre copain, vous vous êtes connus où ? (Elle pouffe …) Je l’ai connu à travers le milieu.

Il est artiste, producteur, animateur ? Ah non ! Cela me concerne, je le garde jalousement pour moi.

Expliquez-nous un peu comment vous vous êtes connus ? Ah non ! (elle se répète). Je vous en prie, n’entrez pas dans ce terrain. Car je ne vais pas m’avancer sur ça (rire…).

Il a quoi de particulier qui vous a poussée à sortir avec lui ? Il est adorable. Il a de la personnalité, il est discret, adorable et il me fait rire. En tant que jeune, ‘ño ngi enjoy’.

Il est marié ou célibataire ? Non, il est célibataire et jeune comme moi.

Qu’est-ce qui lui plaît chez vous jusqu’à vous faire tomber dans son filet ? (Elle éclate de rire…) Non, non ! En tout cas, il m’a dit que ma voix lui plaît beaucoup quand il l’entend au téléphone.

Quoi, vous l’appelez jusqu’à ce que votre voix le berce ? (Gros éclats de rire…) Ah non ! C’est bon là, pour aujourd’hui, on est en train de parler de ma musique.

Dites-nous comment vous l’appelez ? Chuuuttttt ! Bon, je l’appelle Baby (rire…).

Que pense-t-il de votre style ? Il l’adore. Car sa chérie a apporté une touche nouvelle dans le rap féminin. Un crâne rasé des deux côtés, du greffage au milieu, maintenant chacun veut avoir le look de « Déesse Major », pour vous dire, même les filles apprécient mon style.

Parlez- nous un de votre produit ? Ça s’appelle « Mounaisse ». Ça parle de l’infidélité des hommes envers leurs épouses qui est un mode et ce n’est pas normal.

N’est-ce pas un avertissement envers votre copain ou votre futur mari ? Non ! C’est juste un constat. Mais je sais que mon amour est sage, « nekul ci len, xolul ken, ku nek ak man do nam dara bay uti lenen » (il n’est sur rien, il ne regarde personne d’autre que moi, car qui est avec moi n’a besoin de personne d’autre).

Pourquoi dites-vous ça ? Vous avez des astuces pour ferrer votre homme à ce point ? Ou êtes-vous confiante ? Ah, c’est parce que c’est moi « Déesse Major »… (elle éclate de rire et ne finit par sa phrase). Bon, passons à autre chose, s’il vous plaît.

Votre ressemblance avec Guigui est frappante, quels sont vos rapports ? C’est vrai que tout le monde me fait la même remarque. Mais ce n’est pas un hasard. C’est ma copine, depuis toute petite, et nous avons tout fait ensemble, même nos produits. Mais notre différence, c’est que Guigui fait du pop mbalax et moi du rap pur et dur.

A part la musique, vous êtes passionnée de quoi ? J’adore jouer au billard. Je suis une fan de billard et je le joue très bien.

Avec votre look très sexy, n’êtes-vous pas victime de certaines tentations dans le milieu ? Toute fille qui évolue dans le milieu du showbiz est victime de cela. Mais, il faut toujours avoir la tête sur les épaules, être ambitieuse et surtout savoir où mettre les pieds. Personnellement, j’ai connu une mésaventure dans le milieu, il y a un peu longtemps. A l’époque, un producteur m’avait dit : ‘Tu as du talent, tu es une fille superbe et si je te produis tu feras carrière. Mais je te produis à une seule condition, c’est que tu sortes d’abord avec moi’.

Et quelle a été votre réaction… J’étais très surprise et je lui ai dit : ‘Ah bon ! vous vous êtes trompé de cible, car moi je ne suis pas dans ça. Si c’est cela votre condition, vous n’allez jamais me produire. Car je suis une femme qui vise loin’. Après, je me suis battue toute seule avant d’en arriver là aujourd’hui.

Comment voyez-vous cette tentation envers les filles dans le milieu du showbiz… Les hommes restent des hommes. Maintenant, c’est à nous, femmes de résister à ce genre de situation en restant toujours zen, calmes, prudentes et en ne nous précipitant pas. « Kou muñ muuñ » (la réussite est au bout de l’effort), rien ne vaut la précipitation et j’en suis un bel exemple. J’ai galéré en refusant des propositions indécentes. Car si j’avais accepté toutes ces propositions, je serais la risée des producteurs. Mais aujourd’hui, partout je marche la tête haute. Je lance un appel aux jeunes filles qui prétendent faire carrière dans le monde du showbiz, de ne jamais se précipiter dans la vie. Le temps fera le reste. C’étaient les conseils que j’avais reçus de Fata en son temps. Il me disait : ‘Déesse, c’est la patience qui fait l’artiste. Il ne faut jamais te précipiter, en tant que fille tu as la voix et ça ira un jour’. Je m’en suis rendu compte, car la patience commence à porter ses fruits. Par Adama A. KANTE & Cheikh DIALLO (Photos)

Source : Le pop

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