Interview de Insa Sané

Insa Sané, artiste à multiples facettes, nous livre son premier album solo, Du plomb dans le crâne (Wagram), enregistré avec le Soul Slam Band. Slammeur, rappeur, écrivain et comédien, Insa à plus d’une corde à son arc. Membre du groupe 3K2N, il apporte un nouveau souffle au Slam avec ses chants au contenu urbain et social. Il est en concert le 2 octobre au Divan du monde, à Paris.


par Essi Gnaglom

Comédien, chanteur et écrivain français d’origine sénégalaise, Insa Sané est un artiste surprenant et talentueux. Il évolue dans le milieu du Slam et du Hip Hop depuis dix ans. Passionné par la poésie et l’écriture en général, il nous fait voyager à travers ses textes. Il est également auteur de deux livres intitulés Sarcelles-Dakar et Du plomb dans le crâne. Insa Sané est un artiste touche à tout, on l’a aussi vu au cinéma dans le film Voisin Voisine, en 2005. Parcours d’un artiste assoiffé par les mots. Interview.

Afrik.com : Parle-moi de ton parcours Insa Sané : J’ai commencé la musique à l’âge de 18 ans où j’écrivais des textes pour des chanteurs de rap de Sarcelles, ensuite, j’y ai pris goût. C’est de là que j’ai commencé à le faire pour moi-même. De fil en aiguille, c’était devenu ma profession et, un jour, j’ai été repéré par d’autres artistes qui m’ont demandé de collaborer à leur album, notamment Jimmy Sissoko. J’ai pu signer mon premier contrat, mais, ça ne s’est pas bien passé. J’ai donc pris du recul. Je me suis ensuite orienté vers le théâtre, car la scène est très importante dans la carrière d’un artiste. Le théâtre me permettait de prolonger au niveau de la musique et en même temps de sortir de ce carcan. Grâce au théâtre, et à l’aide de mon manager, j’ai pu décrocher un rôle dans le cinéma. J’ai obtenu le rôle principal dans le film Voisin Voisine (2005) aux côtés de Frédéric Diefenthal, d’ Anémone et de Jackie Berroyer, où j’interprète un musicien qui est en panne d’inspiration. C’était une belle aventure. Je me suis dit qu’il y avait autres choses à faire que de la musique. J’avais acquis une autre expérience et je me sentais prêt pour écrire mon propre livre.

Afrik.com : Justement, tu es l’auteur de deux livres Sarcelles Dakar et Du plomb dans le crâne. De quoi parlent-t- il ? Insa Sané : Ma passion pour l’écriture m’a conduit à écrire mes propres livres. C’est la même chose lorsqu’on écrit une pièce de théâtre ou un scénario. Mon premier livre Sarcelles-Dakar est l’histoire d’un jeune de Sarcelles qui doit aller dans son pays qui est, bien sûr, le Sénégal pour se réconcilier avec son père. Au final, il se réconcilie avec lui même. Je pense qu’il est grand temps que la littérature classique se réconcilie avec la littérature populaire.

Afrik.com : Et es-tu réconcilié avec le Sénégal ? Insa Sané : C’est le pays de mon cœur. C’est toujours un fantasme. Je suis né là-bas et j’ai grandis en France. Je dois peut être avouer que je n’ai du sénégalais que mes origines. Je pense en français, je mange en français, je fais tout en français et je rêve d’être là-bas. Je pense que je finirai ma vie au Sénégal.

Afrik.com : Le second livre a le même titre que ton album. Pourquoi ? Insa Sané : Oui, en effet, ils sont étroitement liés. Il y a des morceaux de l’album qui sont dans le roman, et l’album vient illustrer le livre. A mon sens, le disque et livre, c’est la même voix. Ce sont deux moyens différents d’exprimer la même chose, la même frustration, parler d’une génération que l’on dirait perdue, mais je ne pense pas qu’elle soit vraiment perdue. Je pense que cette génération est dans le vrai. Il faut juste du recul pour la comprendre. Le rap comme le Slam veulent casser ce format. Ma littérature veut également casser ce format. Je m’inscris parfaitement dans cette génération qui veut casser les règles. C’est un univers plein d’espoir parce qu’aujourd’hui, on fête chaque année le 14 juillet et on est plein de joie, on fête les Droits de l’Homme et on est plein de joie, mais, il faut savoir que cette révolution française, elle s’est faite dans les cendres des anciens systèmes français et occidentaux. Donc par rapport à ça, l’espoir est né des cendres. Ma littérature est cynique ainsi que ma musique.

Afrik.com : De quoi t’inspires-tu ? Insa Sané : Je m’inspire de la vie de tous les jours et je suis plein d’espoir. Je fais parti des gens qui espèrent un jour avoir une vie meilleure. Il faut toujours rester dans la vérité et séduire son public tout en essayant de ne pas se prostituer (rire). L’important, c’est de toujours repartir de la feuille blanche, que se soit dans le cinéma ou dans la musique. Il faut rester entier et avoir le cœur qui palpite à chaque fois qu’on prend des risques. Il ne faut pas avoir peur d’en prendre, car les risques qu’on prend dans la vie nous permettent en général de faire très attention à ce que l’on fait.

Afrik.com : Raconte-nous l’histoire du morceau « Immigrés ». Insa Sané : C’est le titre que je préfère sur cette album, non pas parce que c’est un morceau dansant, mais parce que c’est une manière de parler à la place de ceux qu’on pointe du doigt dans les médias. C’est l’histoire de l’immigration clandestine. C’est un cri. Et ce cri se résume en un mot, la Liberté. Je parle du parcours de ces immigrés qui soit disant viennent en France pour piquer le travail et le pain des français. C’est également montrer la force de caractère de ces immigrés à faire ce choix difficile. Difficile à différents niveau, difficile parce qu’ils quittent leurs pays, ils quittent ceux que qu’ils connaissent, leurs familles, leur patrie pour partir vers l’inconnue. L’inconnue, c’est la mer, c’est l’océan, c’est les vagues, c’est la faim, c’est la soif, c’est le risque de mourir en chemin. Puis arriver dans un pays, parce qu’on leur dit que ce pays est plein d’espoir. Ils essayent de faire de leur mieux pour améliorer leur quotidien et le quotidien de ceux qu’ils laissent là-bas. C’est de ce parcours là dont il faut parler dans les médias. On prend trop facilement des raccourcies en parlant de l’immigration clandestine. Il faut qu’on apprenne vraiment c’est leur parcours. Il faut qu’on parle de ce que ces gens laissent derrière eux malgré tout. Le titre « Immigrés » est fort à mon sens pour ça. Ce n’est pas l’histoire de quelqu’un qui se plaint, mais de quelqu’un qui un jour, prend sa valise, dit a dieu sa mère, à son père, aux gens qu’il aime pour partir à l’aventure en sachant qu’au fond de lui-même, il peut y laisser sa peau, mais qui il se dit qu’il peut y arriver.

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