Interview de Fafady

Fafady, de son vrai nom Lamine SAMB, incarne la classe et l’élégance d’un grand artiste. Avec la simplicité et la grâce naturelle qui le caractérisent, il nous a permis de l’approcher dans son paisible et original studio de la rue 19 angle 2 bis Médina. Fafady ou « petit papa » en langue socé, nous livre sans détour, les aspects divers de sa vie d’artiste et de créateur, ses activités, sa carrière professionnelle et lève un petit coin de voile sur sa famille.


Alors Fafady, si je vous demande de vous présenter, qui est réellement Fafady ?

Je m’appelle Lamine Samb alias Fafady qui veut dire « petit papa ». Je suis né à Ziguinchor et je suis Mandingue de père et de mère. Bon je dirais que Fafady est un jeune homme comme vous et moi et qui souhaite faire tranquillement son chemin dans le monde de la musique.

Parlez nous un peu de ta jeunesse...

Ma jeunesse, je l’ai passée comme tout bon jeune. Il est vrai qu’à bas âge, j’étais un enfant terrible. La Guinée Bissau, la Gambie, Dakar sont toutes des localités qui ont marqué mon enfance car je me suis souvent imprégné de leur paysage. Ceci est du au fait que j’avais des parents dispersés un peu partout et j’aimais beaucoup rendre visite. C’est cet aspect de ma vie qui m’a beaucoup marqué et a fait de moi ce que je suis.

En gros, je peux dire que j’ai eu une jeunesse perturbée car j’étais très têtu, mais j’ai eu la chance d’avoir un papa très accroché à nos valeurs africaines, des valeurs telles que la dignité, le sens de l’honneur, le respect d’autrui, l’hospitalité qui a tendance à disparaître, la primauté de la famille sur toute chose et surtout le droit d’aînesse. Donc, c’est dans un tel environnement que j’ai eu à naître et à grandir et je lui en rends vraiment grâce.

As-tu fait des études ?

J’ai étudié jusqu’à la troisième secondaire. Tout de suite après le BFEM, j’ai raccroché parce que vraiment l’art dominait. Mais actuellement, je suis en train de suivre des études d’ingénieur en son ; tout cela pour vous dire que quand on a la volonté on arrive à tout. L’importance de cette formation c’est qu’elle va en adéquation avec la musique que je fais.

Comment vis-tu ton statut de star ?

Je vous arrête tout de suite : je ne suis pas une star. Les gens font souvent la confusion. Vous savez, c’est quand on atteint un niveau international qu’on peut prétendre au titre de star mais pas avant. Ce que je peux vous dire c’est que je suis un artiste et je vis ce statut avec beaucoup de modestie et d’humilité et je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour satisfaire mes fans, ne pas les décevoir parce que ce sont eux qui nous font et pas le contraire.

Fafady est- il riche ?

  • Rires- Ben je remercie le Bon Dieu. Chaque jour que Dieu fait, j’ai quelque chose à donner à ma famille, à mes proches et à tous ceux qui en ont besoin. Donc « Sant », comme on dit, mais la vraie richesse je ne la connais pas, du moins pas encore, espérons que ça ne tardera pas.

Comment cela se passe avec tes productions musicales sur le marché ?

J’ai deux albums sur le marché. Le premier Vitamine A sorti en 2004 à très bien marché, il a cartonné ; le second kabako qui veut dire quelque chose d’étrange et avec comme titre phare « gal i love u » marche également très bien.

Penses tu à d’éventuels duos avec d’autres artistes ?

J’ai eu à faire des duos avec pleins d’artistes, car c’est là que réside la force de l’artiste. Il y a Tiwony de la Guadeloupe, Ahmed Soultan du Maroc, Sadiki .I de la Jamaïque, des artistes sénégalais comme Daddy Bibson, Awady, Touré Kounda, Bidew Bou Bess, Akbess et pleins d’autres.

C’est vraiment riche sur le domaine du donner et du recevoir. On s’enrichit toujours de l’expérience des autres. Plutôt que de suivre son chemin seul, je propose l’ouverture.

Akbess, par exemple, est un jeune de 12 ans qui aime ce qu’il fait, qui a beaucoup de conviction et d’ambition. J’ai eu à le rencontrer à la piscine olympique où il officiait ce jour là et il m’a tout de suite séduit.

Comme le jeune Alexo, que je salue d’ailleurs au passage, il a beaucoup d’avenir.

Quels sont tes rapports avec les autres artistes ? Le Show biz ?

Ce sont des rapports de courtoisie, d’élégance et de plein respect, mais je dois dire que je sors rarement en dehors du boulot. Me mélanger avec les autres, ce n’est pas trop mon fort. Je suis toujours dans mon coin, tranquille. Je m’occupe de mes affaires et la vie est belle.

Ca marche fort, y a de bonnes choses. Mais vous savez, l’être humain est trop complexe et très difficile à cerner et le show biz est un milieu où il faut faire extrêmement attention si l’on veut s’en sortir indemne. On évite toujours de faire du mal tout en étant méfiant par rapport aux autres, ce qui ne facilite pas le raffermissement de nos liens

Votre style musical c’est quoi ?

Mon style c’est le « reggae sawrouba »

Question personnelle : le plus beau jour dans ta vie ?

Le jour où mon bébé est né.

Ta plus grosse déception ?

Le jour où ma bien- aimée m’a quitté. Si possible, je voudrais m’en arrêter là. C’est trop personnel.

Quelles sont les qualités et les défauts de Fafady ?

Je suis trop bon cœur, ce qui me crée parfois d’énormes problèmes, mais bon, c’est la vie, on y peut rien.

Quand vraiment on essaie d’abuser de ma personne, alors là je ne pardonne pas. Je suis un peu rancunier et je fais aussi trop confiance aux autres.

Ta réaction sur la situation économique et financière du pays ?

La remarque que tout le monde fait c’est que rien ne semble plus aller au Sénégal. Il y a la famine, la misère, les problèmes d’inondations, vraiment le peuple est fatigué. Tout le monde attend que le gouvernement fasse quelque chose, ce qui est vraiment désolant. On a trop l’habitude de toujours dépendre et d’attendre des autres qu’ils fassent le boulot à notre place. Il faut que cela cesse !

L’émergence de notre cher Sénégal, c’est à nous de l’assurer avec dignité. Je ne suis pas en train de faire de la politique, mais c’est trop facile de déverser notre colère et notre amertume sur le gouvernement alors qu’on ne fait rien pour sortir du gouffre dans lequel nous nous trouvons actuellement. Dieu sait que le gouvernement a sa part de responsabilité là-dedans et son intérêt serait vraiment de revoir sa politique car, si une population est étouffée, elle finit tôt ou tard par se révolter. Le message que je voudrais faire passer est : travaillons et cessons notre dépendance car il est temps. Comme le disait Gandhi « Soit le changement que tu veux voir dans ton pays ».Il faudrait également que le gouvernement se préoccupe mieux de l’art, qu’il investisse pour tout le monde et à part égale. J’aimerais enfin interpeller nos dirigeants sur la situation qui prévaut depuis longtemps en Casamance, ma belle Casamance ! Il est temps qu’ils investissent pour un retour définitif de la paix dans cette belle contrée. Cessons de nous faire éternellement mal, la vie n’en vaut pas la peine.

A quels projets penses-tu actuellement ?

Je rêve de créer mon propre studio et de le gérer moi-même, de construire un très grand hôpital en Casamance. Ce sera ma façon de participer au développement économique, social et culturel de ma localité. On a trop détruit la Casamance. Dieu qu’elle était belle ma contrée avec cette verdure qui lui était toute particulière, mais à chaque fois que j‘y retourne j’ai le cœur brisé. Pourquoi tant de haine dans le monde ? Pourquoi les gens n’arrivent-ils pas à s’aimer tout simplement, à se chérir ? C’est la grande question que je me pose tout le temps. Qu’est devenu l’Afrique que chantaient les femmes au bord de la mer ? Concernant mes prochains albums, je peux d’ores et déjà dire à mes fans qu’ils seront bientôt contents. Récemment, j’ai signé un contrat avec un label nigérian Crystal Entertainment et voilà ! Il y a des tournées en vue, des concerts internationaux ici à Dakar qui se préparent et je pense que tous les fans de Fafady seront contents.

Fafady penses-t-il à une carrière internationale ?

Récemment j’ai été en tournée en Suède, en Norvège, en France plus exactement à Paris, en Espagne... et dans tous ces pays que nous avons sillonnés tout a très bien marché.

Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour remercier mon label, Hola, Prince Niyi, tous mes fans au Sénégal, en Afrique et partout dans le monde. Je leur dis à tous merci et à très bientôt !

Propos recueillis par Ndella Ndour

Source : Le Soleil

Répondre à cet article