Interview de Booba

Le rappeur le plus controversé de l’Hexagone se livre à contre-intelligence à coeur ouvert !


Interview réalisée par Assia Ibnoun

boxeQuels sont les morceaux que tu as écrit pendant ton incarcération ?

Booba : Je suis allé en prison trois fois, j’écrivais des textes, des idées. J’y ai écris une grosse partie de mon album mauvais oeil. C’est là que j’ai fait un son avec Lunatic qui s’appel “La Lettre”. Pour mon deuxième album solo Panthéon, j’ai aussi écris quelques morceaux pendant que j’étais en prison, dont “Bâtiment C”.

Lequel de tes albums tu réecoutes le plus souvent et pourquoi ?

Booba : Je les réecoute tous. Je n’ai pas vraiment de préférence, pour moi ils marquent chacun une étape différente de mon évolution. Temps mort reste celui qui a le plus marqué les gens, mais pour moi de mauvais oeil à 0.9 je suis satisfait de mon travail sur l’évolution du flow, l’interprétation…

Comment est ce que tu juges qu’un de tes albums cartonne ?

Booba : Quand je gagne de l’argent (rires). Non sérieusement quand je vois que mes sons tournent dans les voitures, les quartiers, les boîtes…ça me fait plaisir. Ça prouve que mon son ne marche pas, il court ! As-tu des frères et soeurs, si oui est ce qu’ils sont présent dans ta vie professionnelle ?

Booba : Ouais j’ai un grand frère…rien avoir avec le rap.

De quelle confession religieuse es-tu ?

Booba : Je suis musulman, pas très pratiquant.

La polémique sur tes croyances religieuses est très présente, tu penses quoi de toutes ces rumeurs ?

Booba : Il y a des rumeurs qui ont dit que je suis juif. D’ailleurs je l’avais repris dans un morceau, “Paraît que je prend de la coke paraît que je suis en prison paraît que je suis juif”. Moi j’ai rien contre les juifs…juifs, boudhistes, peu importe ! Mais ça m’a fait sourire de voir à quel point les gens peuvent aller loin dans leur imagination pour tenter de me discréditer.

On entend souvent dire que tu reçois des menaces de mort, ne crains-tu pas que certains haineux peuvent passer à l’action ?

Booba : Comme je dis dans 0.9, “j’attends ces fils de putes qu’ils viennent”. Les haineux il y en aura toujours, ils ont du mal à supporter mon poster dans la chambre de leurs meufs ou que je sois numéro 1. Les gens en France ont une mentalité qui veut qu’il faut essayer de te tirer vers le bas. C’est les X mens qui disaient “Je m’éfforce d’oeuvrer pour mon peuple, leur faire ouvrir les yeux mais tu sais comment les négros sont entre eux”. Donc voilà, celui que je dérange, celui qui a un problème, qu’il vienne me voir directement.

Tu as boycotté plusieurs médias, notamment Skyrock, pour la promo de ton nouvel album 0.9 ne pense tu pas que les ventes en prendront un coup ?

Booba : Pour la promo de 0.9 j’ai choisi d’aller dans les médias qui me correspondait. Je n’ai pas fait Planète Rap, Skyrock parce que je trouve que le concept de l’émission de lâcher ces sons avant la sortie de l’album n’est pas à mon goût. Je l’ai fait auparavant, je ne crache pas dessus mais là j’ai plus envie de le faire et de plus les émissions spécialisées de la radio ont été supprimées. Donc voilà, la radio a perdu de sa crédibilité, elle ne représente pas la musique que je veux écouter. Je fais une émission sur Goom Radio, “illegal music” où je programme les sons que je kiff, là tu vois toute la différence (rires).

Pour la promo de ton album ouest side tu as été plus présent sur les plateaux de télévision, qu’est ce qu’il en est pour ton dernier album 0.9 ?

Niveau télé j’ai choisie de ne pas aller à certaines émissions parce qu’on te réduit souvent au statut du rappeur stéréotypé, on te parle de prison, de bling bling, plus que de ta musique ou sinon de politique. Moi je suis là avant tout pour parler de musique, donc on a plus axé la promo sur le net parce que c’est là où il faut être.

Quels genre de sons comptes-tu amener à ton prochain album, et as-tu déjà choisi le titre ?

Booba : J’ai une petite idée mais je la garde pour moi pour l’instant. Le prochain album, comme d’habitude va apporter de la fraîcheur, des nouveaux flows, des nouveaux beats, faire différent du précédant. J’ai toujours fait des albums différents, temps mort c’est pas panthéon, panthéon c’est pas ouest side et ouest side c’est pas 0.9. Pour le prochain, la même chose, du nouveau son tout en restant B2O.

Qui sont les invités de ta prochaine mixtape “Autopsie Volume 3″ ?

Booba : J’ai quelques invités dessus, ça va arriver très prochainement. J’ai Dosseh un jeune rappeur d’Orléans, je kiff ce qu’il fait, il débite, il a de la punch line. Despo Rutti, un mec que j’ai découvert il y a quelque temps, j’aime son écriture. Kennedy sûrement et d’autres, faudra attendre la mixtape surprise !

Qui sont les rappeurs que tu trouves compétitifs en ce moment ?

Booba : On me compare souvent à Rohff, mais je trouve qu’on est plus comme à l’époque où il y avait des MC’s qui kikaient avec de la punch line où tu te dis “ouais putain j’aurais aimé la trouver moi celle là”. À l’époque t’écoutais le premier album d’Arsenik, Ideal J ou Time bomb tu sentais plus la compétition, aujourd’hui peu de MC’s me surprenne à part Despo Rutti, Nessbeal, Mac Tyer.

As-tu revu ton ancien compagnon Ali depuis la séparation du phénoménal groupe Lunatic, penses-tu que vous ferez la paix un jour pour livrer au public de nouveaux classiques ?

Booba : Non franchement je pense qu’on a prit des chemins différents, je ne suis pas sûr qu’il apprecie ce que je fais aujourd’hui. Ça reste quand même des bons souvenirs, mais je le vois plus, j’ai toujours un grand respect pour lui, j’attend son album ! Mais sinon il y a peu de chance qu’on remonte sur scène ensemble…mais qui sait ?

Au fil de ta carrière tu as perdu quelques compagnons comme Nessbeal, Lim, Sir Doum’s, Issaka…pourquoi ?

Booba : Il y a pas vraiment de raison, faudrait leur demander. Nous le 92i il y a pas de signature, c’était avant tout une bande de frères du même quartier. Nessbeal est parti faire son biz de son côté, il a sorti ses albums. Lim toujours au quartier, je suis content qu’il soit passé numéro top de l’année dernière. Doum’s pas de nouvelles, il fait son chemin de son côté et Issaka pareil. Moi, je ne suis pas le gourou de la secte, ni le Puff Daddy producteur, chacun fait ce qu’il veut, on est grand, si il y en a un qui veut bouger, pas de problème.

Penses-tu que tu aurais pu les produire ? Est-ce qu’ils s’attendaient à ce que tu les produises ?

Booba : Comme je dis dans le morceau marche ou crève “t’as le cul cloué à la cité et tu voudrais qu’on partage”. Moi je fais mon biz moi-même, avec Ali à l’époque on a galéré, à force de taffer on y est arrivé. Voilà je ne suis pas allé voir un mec pour lui dire “vas-y fais croquer”, je me suis bougé et puis comme j’ai dit je ne suis ni Puff Daddy ni Jay Z, je n’ai pas les moyens de produire tout le monde.

Quel rappeur américain t’impressionne le plus en ce moment ?

Booba : C’est pas les rappeurs qui m’impressionnent, si je devrais être impressionné ça serait plus par un beau paysage ou manger des langoustes au bord de l’eau sur une île déserte (rires). Les grands 2 Pac et Biggie sont incontestablement les meilleurs. Je suis sur le cul à chaque fois que j’écoute des morceaux de ces deux MC’s qui n’arrivent pas à vieillir, mais sinon en ce moment j’écoute beaucoup de Dipset, Cam Ron, Juelz Santana, Jim Jones, Lil Wayne, Rick Ross, Young Jeezy, le dernier Kanye West et pleins d’autres. Je me tiens au courant de tout ce qui se fait, c’est très dur de me faire découvrir des sons !

Le gouvernement français vote actuellement la loi Hadopi qui vise à traquer et punir ceux qui téléchargent illégalement du contenu protégé par les lois de la propriété intellectuelle. Quelle est ta position sur cette loi ?

Booba : Je pense que je suis pas mal téléchargé, mais en même temps je vais pas me plaindre, c’est pas mon genre, tant qu’ils kiffent les sons c’est l’essentiel, après s’ils veulent les télécharger libre à eux tant que le son fait kiffer. Je fais pas du rap pour moraliser les gens ou donner des leçons, je vais pas m’y mettre juste pour le téléchargement ! Si t’achètes tant mieux sinon mahliche.

Ton dernier album 0.9 témoigne d’une excellente évolution musicale, selon certain il y aurait eu beaucoup moins de ventes que pour les précédants, est ce que ces rumeurs sont fondées ?

Booba : C’est vrai que les ventes c’était pas ce que j’attendais. Pour moi sois t’es premier, sois t’as perdu ! Il n’y a pas de demi mesure donc forcément je suis pas content de ne pas être le 1er au top, mais bon c’est pas un drame non plus, là on est pas loin du disque d’or. J’avais lâché “B2oba” et “illégal” pour lancer l’album, il y a eu des retours mitigés, j’ai ensuite clipper “Game Over” et il y a de bons retours. L’album a encore du potentiel, un clip pour l’été sûrement, quelques sons joués en radio et peut-être une tournée pour la rentrée.

Deux notions reviennent souvent dans tes textes, l’Afrique, l’esclavage et ce qui en découle. Sur un morceau de ton album 0.9 tu parles des problèmes d’intégrations des jeunes issus de l’immigration te sens-tu concerné puisque tu es parmi ceux qui ont réussis ?

Booba : Je suis Sénégalais, ma mère est blanche, c’est elle qui m’a amené la première fois au Sénégal, j’avais 10 ans, je le dis dans un texte “à 10 ans j’ai vu Gorée depuis mes larmes sont éternelles”. J’ai été marqué par l’histoire de l’esclavage et ça revient systématiquement dans mes textes, naturellement j’y pense souvent et en plus la situation dans laquelle on s’enferme ici, les arabes et les noirs portent parfois quelques traces de ségrégation. C’est plus dur pour Mamadou ou Toufik comme je dis, mais en même temps je suis pas du genre à me plaindre. Il faut bouger pour s’en sortir, quand tu veux tu peux, aucune cité n’a de barreaux. L’Afrique c’est chez moi j’aime bien y retourné, que ça soit au Maroc ou au Cameroun, je me sens bien, il y a une bonne ambiance, les gens sont accueillant et savent apprécier le peu qu’ils ont. En France c’est différent, les gens veulent te voir en bas, ils supportent pas la réussite, surtout d’un jeune noir.

Dans plusieurs de tes textes, comment tu expliques le fait que tu manques beaucoup de respect à la femme, à t’écouter on croirait qu’elles sont toutes des biatchs, ça vise qui ?

Booba : Je ne manque pas de respect à la femme, on a tous des mères, des soeurs, des femmes, je respecte les femmes, je suis même un gentleman pour ceux qui me connaissent te diront, mais je m’adresse à une catégorie de femmes qui se reconnaîtront. En plus ça intéresse qui si je parlais d’une femme mère de famille qui élève ses enfants, je vais pas me défouler contre elle, je la respecte, mais les biatchs je m’en donne à coeur joie, en même temps c’est du second degré.

Penses-tu que tu es trop influencé par les rappeurs américains et leur concept du bling bling ?

Booba : On me reproche souvent d’aimer les belles voitures, le bling bling ou de copier les américains, déjà Bmw, Porche ou Ferrari c’est européen, donc c’est pas les américains qui ont inventés le luxe, c’est une notion purement européenne et pour moi le bling bling c’est pas du tout pour rabaisser les jeunes qui peuvent pas s’en offrir ou de les dénigrer, je le vois plus comme un plaisir, un rêve de gamin. Ce que je pouvais pas m’acheter, aujourd’hui je le peux. Je me fais plaisir, j’aime bien, ça montre que sans l’aide de l’État je suis arrivé à ce que je voulais et c’est une fierté.

Ton rap tourne trop souvent autour de toi, certains rappeurs te reproche d’avoir un rap trop égoïste, trop capitaliste, tu en penses quoi ?

Booba : Pour moi le rap c’est du sport pour se défouler, il faut que ça débite qu’il y ait de la punch line. Je fais pas de rap moralisateur, je donne pas de leçon, j’ai pas de la prétention ni l’envie d’être un porte parole de la banlieue ni d’être un exemple. Moi je fais de la musique comme je fais de la boxe, tu t’en prends plein la geule “essuies le sang, l’urine et descend du ring” comme je dis dans un morceau, donc voilà aujourd’hui je vis une vie qui n’est pas la même qu’à l’époque de mauvais oeil, je la retranscrit dans mes textes, je gagne bien ma vie, je voyage, je vais pas te parler de ventes de shit dans le hall, c’est ridicule ! Si pour eux ne pas donner des leçons c’est faire du rap capitaliste ça ne me dérange pas.

Certaines personnes pensent que tu ne vis pas ce que tu racontes, que ton image de gangster n’est pas valable du fait qu’on dit que tu es issu d’une famille bourgeoise ou aisée, est-ce vrai ?

Booba : On dit de moi que je suis un fils de millardaire qui a fait ses études aux États-Unis (rires) ouais j’aurais bien aimé, mais malheureusement ceux qui disent ça sont des gens qui me connaissent pas, qui se fondent sur des rumeurs. Je suis allé aux États-Unis dans le cadre d’un échange scolaire et j’ai triché pour m’inscrire en terminal à Detroit. Je vivais dans une famille de noirs américains donc on est loin de ma vie de milliardaire (rires). Pour ceux qui pense que j’ai pas vécu ce que je raconte dans mes textes, eux aussi ils me connaissent pas, si t’écoutes bien dans mes textes je me prends pas pour Tony Montana, je parle de choses que j’ai pu faire à notre échelle, qui n’est pas du grand banditisme, juste de la débrouille. La violence, la drogue, la prison, j’ai connu ça et j’ai rien à prouver à personne.

Pour terminer, quoi de neuf pour Booba ?

Booba : Pour finir, j’ai ma mixtape Autopsie Vol 3 qui devrait sortir avant l’été, l’album de Mala qui est prêt et qui va sortir au mois de mai, j’ai une artiste Montréalaise Naadei qui enregistre son album entre Miami et Montréal et qui devrait sortir courant 2009. La nouvelle collection Unküt disponible à la boutique boulbi and co à Boulogne et celle de Châtelet, que du frais ! Je prépare aussi mon prochain album, j’ai des punch lines plein mon blackberry, j’écoute aussi des prods, voila.

Merci à mon ami Hanni Haned de m’avoir aidé à me repérer dans le monde du rap, à mon collègue Azzedine Jamal pour le visuel et bien évidemment à Booba pour son amabilité.

Source : Contre intelligence

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