Interview d’Ibrahima Loucard Alias CARLOU D

Rien ne le prédestinait à faire carrière dans la musique. Pourtant, mal­gré une enfance difficile du fait des relations tendues à l’époque avec son père et le décès de sa mère, Ibrahima Loucard est tout de même parvenu à se faire respecter et se faire un nom dans le milieu du show­biz. A travers cet entretien-vérité qu’il nous a accordé, Carlou D revient sur sa séparation avec le Pbs, sa carrière solo, son accoutrement, la débâcle des Lions à la Can, sa variété musicale, sa conception du « bay­fallisme », l’amour qu’il parte aux femmes et ses relations « tendues » avec son père. Voici Carlou D comme vous l’avez jamais connu !


L’As : Vous n’habitez pas aux Parcelles assainies, mais vous y êtes toujours. Qu’est-ce qui vous lie à ce quartier ?

Carlou D : J’habite à Hann Maristes, mais je suis tout le temps aux Parcelles assainies du fait que je me plais bien ici. En outre, je me sens vraiment chez moi avec les vendeurs de « café touba », les « baye fall » et autres « yaye fall ». Voilà quoi.

Au départ, vous avez démarré dans la musique avec le Positif Black Soul. Pourquoi avez-vous quitté ?

Quitter, ça sonne très mal à mon avis. C’est juste que l’heure était venue pour moi d’assurer ma carrière solo. Comme tous les membres du Positif Black Soul l’ont si bien fait du reste.

Est-ce à dire que vous n’étiez pas épanoui dans votre ancien groupe ?

Je me sentais très bien avec le Pbs. Comme je ne cesse de le répéter, ce groupe est avant tout une famille. Car, on y trouve des gens serviables. J’ai appris plein de trucs avec eux en sus des tournées nationales comme internationales à travers le monde. Ils m’ont donné la chance de montrer ce que j’avais dans le ventre. Musicalement comme moralement. Ils m’ont conseillé sur pas mal de trucs. Aujourd’hui, ce sont ces conseils qui m’ont permis de gérer ma carrière dignement et d’évoluer comme il faut.

Que faisiez-vous concrète­ment avec Awadi ?

Je faisais de la musique avec Didier aussi bien qu’avec tout le reste du groupe. Il n’y avait pas seulement Awadi, il y avait aussi Baye Soulèye, Noumoukounda Cissokho à la kora, Saf Niang comme Dj et comme manager Lauter Gomis. On faisait de bel­les choses. On ne se limitait pas seulement à faire du rap. Nous faisions tout simplement de la musique.

Justement par rapport à Baye Soulèye. Quels sont vos rapports ?

Positifs, (il répète). C’est avant tout mon grand frère. On a deux choses en commun, ce que je n’ai pas forcément avec Didier. Avec lui, il n’y a que le rap qui nous lie mais avec Baye, il y a le rap, la musique et la danse. D’autant que j’étais danseur avant de verser dans le rap. Aujourd’hui, je par­tage et la musique et la danse avec lui. Et par rapport à la danse, en plus des conseils, on se com­plète.

Pourquoi donc vous avez pré­féré faire cavalier seul ?

C’est juste qu’il y a un moment où j’ai préféré danser ma musique par rapport au style et la façon dont je veux procéder technique­ment avec des pas. II fallait que je programme ma musique et la danse comme je le sens.

Et aujourd’hui, l’avez-vous réussi ?

Réussi ? pas exactement d’au­tant que je n’ai pas encore atteint mes ambitions. Je suis sur le che­min.

Récemment vous avez chanté avec Paulette. Pourquoi votre choix s’est porté particulière­ment sur une femme ?

Parce que j’ai constaté que je suis très bien aimé des femmes « Alhamdoullilah ». Ensuite, je l’ai choisie parce que j’adore sa musi­que. Et cet amour que j’ai pour sa musique m’a permis d’avoir cette sensation de faire un Single avec elle. C’est moi qui ai proposé pour que l’on fasse ensemble ce single. Je me réjouis que ça plaise aux gens.

Ce duo n’était-ce pas juste une façon pour vous d’appâter les femmes ? Mieux, une façon pour vous de vous attirer le maximum de nanas ?

Non ! J’ai le même public qu’avant. C’est juste que je me suis dit que Paulette est là depuis un bon moment. Et à entendre sa musique, on a l’impression qu’elle a un produit sur le mar­ché. Or, tel n’est pas le cas. Je me suis dit, il faut qu’on se serre les coudes en essayant de s’aider les uns, les autres. En termes très clairs, c’était une façon pour elle et pour moi de nous aider mutuellement. Pour moi, la musique c’est avant tout un échange.

Peut-on dire que c’était une façon pour vous de la faire revi­vre musicalement ?

Revivre musicalement ? c’est trop dire. C’était juste une façon de l’inviter sur un autre style musical.

Parlons de votre accoutrement. Vous vous habillez toujours en costards. Quelles en sont les raisons ?

Peut-être que ça vous paraîtra étonnant pour un homme de scène mais je suis quelqu’un de très, très timide. Malheureusement, c’est quelque chose que je n’arrive pas à enlever en moi. Cela dit, pour ce qui est des costards, c’est juste une sug­gestion de mes amis qui savent que je m’habille très mal. Maintenant, c’est eux qui se char­gent de mon habillement lorsque je dois me produire sur scène ou répondre à une invitation devant les médias.

N’allez-vous pas délaisser le style Hip-Hop au profit de vos costards ?

Le fait de se saper en Hip-Hop autrement dit en Jungle, cas­quette à l’envers avec des chaus­sures Nike ou tout ce que vous voulez, ce n’est pas ce qui est important. D’autant que c’est juste une question de feeling. Moi, par exemple je me sens mieux dans un « ndiakhass » baye­falement quoi et pourquoi pas une chemise.

Est-ce que vous vous en sortez financièrement ?

( Il pouffe de rires ) Je vis de mon art « Alhamdoullilah » et je ne me plains pas. Je n’ai pas encore tendu la main à qui ce soit. Et sur ce plan, je rends grâce à Dieu.

Carlou cartonne grave actuel­lement. Quels sont vos projets ?

Que ce soit dans le court ou long terme, c’est la musique. On se donne à fond. Nous travaillons jour et nuit afin de satisfaire notre public. Et pour cela, nous ne vou­lons plus répéter les mêmes erreurs d’il y a sept ans. On a une obligation de réussite par rapport à ce public qui est derrière nous et qui n’arrête pas de nous soutenir

Qu’est ce que cela vous fait quand vous voyez la pléthore de groupe qui existent dans le rap ?

C’est à saluer. Personne n’a le monopole du savoir-faire musi­cal. Et c’est dans la concurrence qu’on se surpasse. Les meilleurs sortiront du lot.

Quel est le genre musical qui vous sied le plus. D’autant que vous faites pratiquement du tout

( Rires ) L’explication est toute simple, c’est dû au fait qu’on se cherche dans le style où l’on est supposé se sentir le mieux. C’est vrai qu’il nous faut du temps pour cela mais je pense que nous som­mes en train d’y parvenir petit à petit. Cependant, je précise que je fais de la variété musicale du fait qu’au Sénégal, il n’existe pas encore de barrières comme l’exi­gent du reste les occidentaux en établissant des gardes fous pour la ligne musicale.

La vérité. Est-ce une option pour vous ?

Ça c’est moi, je touche à tout. Je suis comme ça dans la vie. Je n’aime pas me limiter. Raison pour laquelle, je cherche à faire un peu de rock and roll tout en ayant un esprit Hip Hop. D’ailleurs, ça m’étonne que d’aucuns disent que Carlou est tout sauf­ un rappeur. Ceux qui avan­cent de tels propos sont inexpéri­mentés, s’ils sont eux-mêmes des rappeurs. Parce qu’on peut être rappeur sans pour autant faire de la musique. L’accoutrement juste suffit pour faire de quelqu’un, un rappeur. Par conséquent, ceux qui disent que Carlou est tout sauf un rappeur ont une autre idée derrière la tête.

Dans le milieu rap, vous avez beaucoup d’ennemis. Comment vous comportez-vous par rap­port à ces derniers ?

Sur ce point, je ne suis pas le seul. Aussi, je me dis que c’est juste la loi de la nature. Maintenant, pour ce qui est de mes ennemis, je les apprécie beaucoup. Mieux, je les adore parce qu’ils me font bouger davantage. En outre, je pense que sans eux, je ne serais pas là.

Vous les connaissez ?

Non, non ! ( rires )

Qu’en est-il de vous et des femmes ?

Ça, c’est ma famille. J’adore les femmes comme elles m’adorent. Je ne peux pas le cacher. Quand je dis que je les adore, ce n’est pas dans le sens négatif du terme. Je les aime parce qu’elles m’aiment, c’est tout.

Que pensez-vous des élections locales ?

Là, je suis désolé de ne pas pouvoir vous répondre. Car, tout ce qui est politique ne m’intéresse pas.

En tant que rappeur, les pro­blèmes sociaux doivent vous intéresser

Parce qu’avec les politiciens, on ne peut savoir qui dit vrai et qui fait le contraire. Et puisque, c’est un domaine très compliqué que je ne maîtrise pas, je préfère rester dans mon coin et les regar­der de loin.

Et pour les goordjiguénes ?

Pour moi, les goordjiguènes n’existent pas. On en parle depuis mais pour moi, franchement un homme ne peut pas kiffer un homme. Je n’y crois pas. Il va fal­loir que je le voie en live pour m’en convaincre.

Est-ce à dire que vous ne croyez pas aux infos relayées par la presse ?

Si ! j’y crois. Mais à supposer qu’un tel fait puisse exister, je dirais que c’est vraiment grave. Car, pour moi, il est impossible qu’un homme puisse kiffer un homme (Il se répète ).Un homme qui kiffe un homme. Mon Dieu ! C’est du jamais vu.

Où en sont vos relations difficiles avec votre père que vous aviez traité de « gangster » dans une de vos chansons ?

( Rires ) Très, très positives. On se parle comme père et fils.

Et aujourd’hui, que faites-vous des propos que vous aviez tenus à l’époque à son,égard ?

C’était juste un problème comme on en voit entre un père et ses enfants. D’ailleurs, je pré­cise que je ne regrette rien du tout. Car, c’était juste un cri du coeur. Heureusement, qu’il l’a bien compris. Et aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre. Il est devenu positif à mon égard. Mieux, je me dis que ça valait la peine de le faire :

Modou MBODJ et Samba THIAM

Source : L’as

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