France : des auteurs de tracts poursuivis par le ministère de l’Intérieur

Trois tracts et deux affiches du collectif de soutien aux sans-papiers sont sous le coup d’une plainte du ministère de l’Intérieur. Pour Me Mélanie Leverger, l’avocate du collectif, « les militants ont donné une vérité qui dérange en utilisant un mode caricatural » : « il n’y a pas de diffamation » estime-t-elle. Une première audience est prévue le 19 septembre.


Un autre tract du collectif de Rennes

Xavier, animateur du collectif. « Ce tract - comme les deux autres pour lesquels nous sommes poursuivis -, est consécutif à l’arrestation de Julio, un lycéen d’origine angolaise lors d’une sortie scolaire en mars. Julio avait été placé en rétention, puis finalement libéré. Le 2 avril, nous sommes allés devant la police aux frontières, route de Lorient à Rennes, nous avons sonné à l’interphone et nous avons lu ce tract.

La Police Aux Frontières (PAF) recrute : rejoins-nous !

Tu t’ennuies dans la vie ?

Tu veux soutenir notre Président dans sa pêche aux voix du Front National ?

Tu trouves qu’il y a trop d’étrangers en France ?

Tu veux un métier où, plus t’obtiens des résultats, plus tu gagnes du fric ?

Alors la police de l’immigration est faite pour toi !

Le matin vers 6 heures, tu commences ta journée et tu vas cueillir quelques sans papiers à leur domicile grâce aux fichiers préparés par la Préfecture ou grâce à ces quelques bons citoyens qui dénoncent leur voisin. Si tu les rates, ne t’inquiète pas ! Dans la journée, tu peux aussi organiser des contrôles d’identité au faciès. Tu te postes à la gare ou dans le métro et tu contrôles en priorité les arabes et les noirs. Y a toujours un ou deux sans-papiers parmi eux. Et si jamais tu les rates encore, alors n’hésite pas à mettre le paquet. Tu te postes devant la Croix Rouge, devant un foyer pour étrangers ou encore devant une association qui s’occupe d’aider les sans-papiers, et là c’est bingo !

Tu as toujours apprécié l’ordre, la propreté, l’intimité ? Là encore notre service te donne l’occasion d’accompagner les sans-papiers dans des centres spéciaux que l’on appelle les centres de rétention. Ils sont parqués de force par dizaines et c’est toi qui les déplaces, qui les emmènes à l’hôpital, au tribunal, à leur consulat et même dans leur pays.

Si tu as peur des arabes et des noirs sache que tu peux maintenant menotter les sans-papiers à chaque fois que tu te déplaces. Ca rassure et c’est rigolo, parce que, eux, ils ne comprennent pas pourquoi on leur met des menottes alors qu’ils ont rien fait.

Si tu aimes les enfants, tu trouveras dans notre service beaucoup de satisfaction. Tu n’es pas sans savoir que les sans-papiers font des enfants juste pour éviter d’être expulsés. Ben maintenant, on peut aussi interpeller les enfants, les mettre en garde à vue avec leurs parents ou encore les placer en rétention. Oui, oui, notre métier autorise l’enfermement des enfants. Cela facilite des relations de proximité avec toutes les catégories d’âge.

Y a aussi les expulsions. T’es dans une équipe et on te charge de raccompagner les sans-papiers dans leurs pays. Ce qui est chouette, c’est le voyage parce que tu vois des paysages. En plus, si le sans-papiers te fait chier ou est trop bruyant, des fois t’as le droit de le calmer par une petite piqûre ou de l’attacher dans l’avion. Nous faisons donc un travail proche de celui des médecins, fondé sur la proximité des corps.

Tu trouves que notre métier est dégueulasse ?

Alors rejoins nos pires ennemi(e)s du collectif de soutien aux personnes sans-papiers. » (fin du tract)

La personne qui a sonné à l’interphone de la police aux frontières, celle qui a lu, et une troisième, qui a répondu à une équipe de télévision, sont poursuivies pour « diffamation et injures ». Une enquête a été ouverte et les policiers sont allés jusqu’à Montpellier pour interroger l’hébergeur de notre site et se faire donner le nom du créateur de notre site. Ils avaient récupéré des vidéos de l’action et ils n’avaient plus qu’à identifier les participants. Ils ont convoqué d’autres militants. Huit personnes ont été entendues, y compris les trois visées par la plainte. Fin juillet, nous avons appris que le ministère de l’Intérieur engageaient des poursuites. Mais comptons bien expliquer que nous nous appuyons sur de vraies constatations de l’action de la Police aux frontières. »

Réalisé par KARL LASKE

Source : Contre Journal

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