Evolution du genre musical au Sénégal

Faces et facettes du rap galsen

De l’introduction des langues nationales à l’insertion de sonorités mbalax, les rappeurs sénégalais ont essayé d’hybrider et d’adapter un style musical venu d’ailleurs. Si cet effort d’adaptation a rencontré son public, il n’agrée pas toujours les intégristes du hip-hop, qui tolèrent cependant l’usage des langues nationales dans les textes.


L’originalité du rap sénégalais est l’utilisation des langues locales. ‘A côté de l’anglais ou du français, cohabitent en effet les langues nationales’, constate le professeur de français Mamadou Dramé qui s’appuie sur une étude de l’universitaire Ndiouga Adrien Benga, consacrée à l’évolution de la musique au Sénégal.

Le wolof est déjà présent dans le morceau Sama yaye de Mbacké Dioum un des premiers titres de rap sénégalais. Les rappeurs comme Pacotille et Ndongo D ‘ont apporté du vrai wolof dans les textes de rap’, rappelle Malal Talla ‘Fou Malade’, là où Fata, Xuman excellent dans le mélange de l’anglais et du wolof. En utilisant des mots sénégalais connus de tous, ‘nous invitons le public étranger à découvrir notre musique’, indique ‘Fou malade’.

Cette volonté de ‘sénégalisation’ du rap s’est poursuivie dans les instruments de musique. La kora, la flûte peulh, le tama (tam-tam d’aisselle) ou le djembé accompagnent désormais les textes des rappeurs. Mieux, ‘l’évolution de la rythmique que l’on cherche à mettre au goût du public a fait apparaître des genres musicaux comme le rap-mbalax’, analyse Mamadou Dramé, qui a animé une conférence lors des ‘Rencontres Hip hop’ organisées du 7 au 9 janvier à l’Institut français de Dakar. C’est ainsi que, suivant cette logique de contextualisation, des séquences de rap sont introduites dans les albums de mbalax. Le duo Youssou Ndour-Daara-J dans Solidarité (l’album Lii) et celui formé par Omar Pène et Mc Lida dans Bakar Fagu (l’album Nioune Niar) illustrent cette démarche fusionnelle de deux genres musicaux. L’expression la plus achevée de ce mélange de styles, retient Dramé, est sans doute l’album Mbindane du diam du défunt groupe Black Mboolo, notamment dans le titre Alal sorti en 1998. Ce style mixte, bien qu’apprécié par le public, est cependant contesté et rejeté par les puristes. Pour ces derniers, ce mélange de genres est contre-nature et indigne d’un vrai rappeur.

Malal Talla ‘Fou malade’ : ‘Le discours religieux doit être exclut du rap’

Le rappeur doit être un anti-conformiste, un révolté. C’est sur cette assertion que s’appuie le rappeur, Malal Talla, ‘Fou malade’, pour dire que le discours religieux doit être exclut du mouvement hip hop. ‘Cette musique est urbaine, c’est un style de rue’, note-t-il. Pour lui, la seule chose qui, à l’avenir, pourrait gâter le rap, c’est l’introduction d’un discours religieux. Il décrète : ‘Ceux qui font du rap en chantant leur marabout, font tout sauf du hip hop’. Et le membre du Bat’haillon Blin-d de souligner l’antagonisme qui existe entre le rap et la religion. Car, selon lui, le premier terme est lié au ‘refus, à la contestation’, alors que le second renvoie plutôt à ‘l’éloge et à la soumission’.

Fatou K. SENE

Source : Walf

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