Erosion côtière : L’océan Atlantique engloutit peu à peu la Petite Côte et les îles du Saloum

Constituées d’îles et de presqu’îles, la Petite Côte et les îles du Saloum subissent, depuis plus de deux décennies, les assauts répétés du grand bleu. Petit à petit, l’océan Atlantique dévore ces terres pendant que le gotha international cogite sur les conséquences du réchauffement climatique.


Loin du sommet mondial de Copenhague, où les chefs d’Etat, les climatologues et les responsables des Ong intervenant dans la protection de l’environnement, réfléchissent aux conséquences du réchauffement et des changements climatiques sur la nature, la commune de Joal-Fadiouth et les îles du Saloum subissent au quotidien, et cela depuis longtemps, les conséquences des changements climatiques, en particulier la montée de la mer.

Constituée d’îles et de presqu’îles, cette partie du Sénégal, qui fait face à l’océan Atlantique et qui est à cheval sur les régions de Fatick et de Thiès, subit, depuis plus de deux décennies, les assauts répétés du grand bleu. Petit à petit, l’océan dévore les terres et gagne du terrain. Situé au nord-ouest de Joal, le quartier de Santhie se rétrécit d’année en année. L’océan avance à grands pas. Les maisons coloniales et le comptoir commercial construits au début du siècle, en bordure de mer, sont tous sous les eaux de l’Atlantique. Bâties par les négociants européens, ces maisons qui abritaient jadis les sociétés de négoce, se sont transformées en refuge pour poissons et autres mollusques en période de marée haute.

Il faut attendre la marée basse, quand la mer se retire, pour apercevoir les vérandas de ces anciens édifices. Le regard perdu devant l’immensité de l’océan, Amy Diouf, la soixantaine révolue, se rappelle le temps où elle et d’autres femmes fumeuses de poissons de son quartier de Santhie attendaient le retour des pirogues des pêcheurs derrière le Cem Lamine Senghor. C’est sur cet espace de près d’un hectare que les femmes produisaient le fameux poisson fumé, ou kéthia en wolof et en sérère. Mais, avec l’avancée de la mer, le fumage en plein air s’est rétréci comme peau de chagrin. ‘A cette époque, la plage n’était pas là où elle est actuellement.

De là où je suis, il fallait marcher une dizaine de mètres pour atteindre les pirogues des pêcheurs’, se souvient-elle, avec nostalgie. Et, même si elle n’arrive pas à expliquer l’avancée de la mer, elle constate, comme tous les riverains, que la mer avance d’année en année. A l’extrême sud de la commune, la bande de filaos érigée au début des années 80 pour servir de bouclier contre l’avancée de la mer et l’érosion côtière, a disparu de moitié. Face à l’assaut incessant des vagues, cette bande de terre plantée de filaos est à moitié sous la mer.

Par certains endroits, l’océan crée des brèches en temps de marée haute, quand elle est en furie, pour reprendre le terme des populations. D’ailleurs, une petite île située entre l’île de Fadiouth et l’océan et qui atténuait la violence des vagues de l’océan, a été engloutie aux trois quarts. De cette île, qui servait aussi de lieu d’excursion et de pêche pour les autochtones et les touristes, il ne reste qu’une petite bande de terre de quelques mètres, visible seulement en période de marée basse. En effet, il faut attendre la marée basse pour apercevoir l’île ou plutôt ce qui en reste, car en temps de forte marée, elle est engloutie par l’océan.

La pointe de Sangomar peine à pointer son nez Au sud-ouest de la commune de Joal-Fadiouth, à une demi-heure de vol d’oiseau, la presqu’île qui regroupe les villages de Palmarin et de Djiffère et qui fait face directement à l’océan, sans aucune espèce de protection, fait régulièrement face aux assauts des eaux de l’océan. D’ailleurs, à la fin des années 90, l’océan avait envahi la moitié de Palmarin et des dizaines de maisons s’étaient retrouvées sous les eaux. Et, de l’avis de certains Palmarinois, c’est la récurrence des invasions marines qui empêche la construction d’une route goudronnée. Important centre de pêche et lieu d’embarquement en direction des îles du Saloum, Djiffère est aussi victime de la montée des eaux.

Plus du tiers de cette bande de terre est maintenant sous les eaux. Les filaos, reboisés au début des années 80, ont totalement disparu. D’ailleurs, certains des habitants sont convaincus que, tôt ou tard, l’océan finira par engloutir ce village de pêcheurs, ou ce qui en reste. Non loin de Djiffère, Sangomar peine à émerger. On se demande même combien de temps cette bande de terre, située entre les îles du Saloum et Djiffère, et dont le président Léopold Sédar Senghor donna le nom à l’avion présidentiel, maintiendra son nez hors de l’eau. L’avancée de la mer favorise la salinisation des terres arables Toutefois, les lieux habités ne sont pas les seules zones à être menacées par l’avancée de la mer.

Les tannes, ces espaces incultes à cause de la salinité des sols, avancent inexorablement et gagnent du terrain sur les sols cultivables. Situées entre les terres cultivables et la mangrove, ces terres blanchâtres, à cause de leur forte teneur en sel, progressent au détriment des sols cultivables, surtout les rizières. A cause de l’avancée de la mer, ces terres salées ont conquis beaucoup de sols arables. Et rien ne semble pouvoir les arrêter à cause de l’avancée de la mer. Les dirigeants de ce monde, qui se focalisent principalement sur la fonte des glaciers du pôle Nord, sont loin de penser au sort de cette partie du Sénégal.

Source : Walf

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