En concert à Reubess : Les rappeurs en chœur contre la détention préventive

Les détenus mélomanes de la prison de Reubess ont eu droit, comme tous les autres fans du groupe de rap Bat’haillons blin-d, à un concert, jeudi dernier. Malal Talla ‘Fou malade’ et ses compères Matador, 2Mcarré, Sen Kumpe, Gaston, Maxi Crazy… ont offert un spectacle pour dénoncer la longue détention préventive.


Après une première réussie en 2005, le rappeur Malal Talla ‘Fou malade’ et son groupe le Bat’haillons blin-d sont revenus, jeudi dernier, à la prison de Reubess pour un concert au bénéfice des 1 615 détenus. ‘Car, la culture Hip hop, atteste Malal Talla, se veut positive’. Aux deux portes d’entrées, dont l’une située sur la corniche, seuls les invités, dont les noms sont inscrits sur la liste tenue par les gardes pénitentiaires peuvent avoir accès au lieu du spectacle. Et pour ce faire, il faut se soumettre aux fouilles. Milieu exceptionnel, mesures exceptionnelles.

Dans la cour de la prison, le public, composé de jeunes d’une vingtaine d’années, occupe les deux côtés du podium. Des barrières les séparent de leurs visiteurs du jour. Ils sont surveillés par un dispositif particulier de gardes pénitentiaires, armes au poing, postés à chaque coin, en file indienne parfois. Les mélomanes s’excitent déjà à l’apparition de leur idole, le rappeur Maxi Crazy. Ils accordent un standing ovation à leurs anciens compagnons libérés, revenus partager avec eux leur joie. Le lutteur Pape Tine et le rappeur et plasticien Requin du groupe 2Mcarré s’associent à la fête (Voir encadré). Tout est alors en place pour un bon spectacle.

L’hymne chanté par tous les rappeurs invités : Matador, Sen Kumpe, Bibson, 2Mcarré (ancien groupe de la prison), Gaston, 1-2 Shifaay, Rap Attack, Maxi Crazy, 5Kiem Under Ground donne le ton du concert. La chanson Atte leen jotna (il est temps de les juger) s’érige contre la longue détention préventive. Car, pour Malal Talla, ‘des frères, des amis, des pères sont ici, certains sont des innocents. D’autres ont commis des fautes, mais est-ce que c’est une raison de les retenir pendant plus de dix ans sans les juger ?’, s’interroge le rappeur qui estime que ‘ce n’est pas normal’.

Tour à tour chaque rappeur vient délivrer son message. Maxi Crazy milite pour l’amélioration des conditions de détention. Le groupe de rap de la prison de Reubess Nako Dale (que le message passe en Wolof) sensibilise aussi bien ceux qui sont en dehors que ceux qui sont en prison. Les rappeurs Babacar Faye et de Ibrahima Gaye dudit groupe, qui sont en détention préventive depuis trois ans, leur demande d’éviter la prison ou de tout faire pour s’en sortir. Car, pour le régisseur de la maison d’arrêt, Diadji Ndiaye, ‘on ne naît pas mauvais’.

Le moment temps attendu par ce public arrive avec l’entrée en scène du groupe Bat’haillons blin-d. La bande à ‘Fou malade’, Dj Alla, Fakhman, Niagass et Bugz sert le titre phare de leur dernier album On va tout dire. Les paroles des morceaux Folie politik, ‘qui met en évidence les discours creux et mensongers des politiciens’ et Freedom sont reprises par des prisonniers, séduits. Certains détenus assistent au spectacle à travers la fenêtre de leur cellule. ‘Ils sont contraints d’y rester du fait de leur comportement’, informe-t-on.

Après Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor et Dakar (Guédiawaye) le concert à la maison d’arrêt de Reubess marque une étape dans la tournée 100 % Hip Hop Galsen, organisée par le Bat’haillon bilin-d. Car, il est important, selon Malal Talla, d’offrir aux détenus un loisir et de ‘soutenir en même temps des amis et des fans’. Le rap est, selon lui, un ‘vecteur de réinsertion’ capable d’apaiser des prisonniers, qui sont parfois cloîtrés depuis cinq voire 10 ans, sans savoir quand est-ce qu’ils recouvreront la liberté.

PAPE TINE (LUTTEUR) ET GORA DIOUF ‘REQUIN NOIR’ (RAPPEUR) : Deux exemples de réinsertion réussie

C’est avec beaucoup de fierté que le régisseur de la maison d’arrêt de Reubess, Diadji Ndiaye, a présenté jeudi dernier ses anciens pensionnaires libérés depuis 2006, notamment le lutteur Pape Tine de l’écurie Force I de Syndicat et le rappeur plasticien Gora Diouf ‘Requin noir’ du groupe de rap 2Mcarré. Tous les deux compatriotes ont séjourné dans cette prison communément appelée ‘Cent mètres’ et y ont appris le métier qu’ils exercent aujourd’hui. ‘Je suis content de Pape Tine, dira le régisseur Ndiaye, car, lors de son dernier combat avec Ibou Fall le 15 mars dernier au stade Iba Mar Diop, il a dédié le drapeau Cheikh Demba Dia qu’il a remporté à la prison de Reubess’.

Revenant sur les faits qui l’on conduit à la maison d’arrêt, le lutteur estime que c’est le destin. ‘Car, un voleur de portable que j’avais permis d’appréhender s’est vengé de moi en disant aux limiers que j’étais un de ses receleurs’, raconte l’enfant de Bambey. Le lutteur Sérère, Pape Tine, a eu un mandat de dépôt le 6 décembre 2004. Il aura passé trois ans, deux mois et quinze jours de sa vie, sans être jugé à Reubess. Le visage triste, durant tout le spectacle, l’homme se rappelait des moments passés dans cette prison. Pape Tine, en tenue de sport, une serviette bleue autour du cou, soulève tantôt la main gauche tantôt la droite pour saluer ses anciens compagnons. Il révèle s’être perfectionné aux techniques de la lutte en prison. Aujourd’hui, le lutteur prie pour que tous ses amis s’en sortent.

Quant à Gora Diouf ‘Requin noir’, il a participé au concert de 2005 avec le groupe 2Mcarré. Libre depuis deux ans, le rappeur, doublé d’un talent de plasticien, a séjourné à la prison pendant cinq ans, six mois et quatre jours. Il a appris la musique Hip hop en prison. Le groupe 2Mcarré, produit par Malal Talla ‘Fou malade’, a un album sur le marché musical sénégalais.

Fatou K. SENE

Source : Walf

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