Économie : pourquoi le Krach

Tous les économistes sérieux ont leur idée là dessus : 2008 sera l’année d’une crise économique majeure - et bien entendu mondiale. On a fabriqué tellement d’argent que ça commence à se savoir. Cette fameuse croissance n’était qu’une chimère construite sur des prévisions folles. Bien plus terrible qu’une crise économique, c’est une crise de la foi qui menace ces milliers de milliards fictifs. Mais le vieux monde de la finance n’a pas dit son dernier mot.


L’art de la guerre (Marc Fiorentino)

La Tribune - 28/03/08 -

La poussière est en train de retomber lentement sur le champ de bataille dévasté de la finance mondiale. Le combat est fini. Pour l’instant. Faute de combattants. Une bataille sans vainqueurs. Mais des milliers de victimes. Un effroyable désastre. Des montagnes de dollars continuent à brûler, embrasant le crépuscule qui va tomber sur les marchés financiers pendant plusieurs mois. L’armée de Bear Stearns est anéantie. Les survivants se traînent vers JP Morgan qui fait office d’hôpital de campagne. Et les autres soldats, ceux de Lehman, UBS, Merrill Lynch, Citigroup et des autres armées en jeu, jonchent le sol. Ceux qui ont survécu ont à peine la force de lever leurs yeux vers les collines où siègent, hagards, leurs généraux. Ils sont muets mais on lit dans leurs regards désespérés une question toute simple : Pourquoi ? Pourquoi ces généraux grassement payés, et apparemment expérimentés, ont-ils jeté leurs forces dans une bataille qu’ils ne pouvaient pas gagner ? Pourquoi ont-ils pris le risque de sacrifier des armées entières sans réfléchir ? Pourquoi ont-ils cru eux-mêmes aux fausses informations qu’ils distillaient auprès de leurs ennemis ? Et pourquoi sont-ils encore vivants, alors qu’ils ont mené leurs troupes à leur perte ? Toutes ces questions resteront sans réponse car la seule réponse qu’on peut donner, nous spécialistes de la guerre financière, à des néophytes effarés par cette crise sans précédent est inavouable. On peut certes gagner du temps en utilisant les termes de subprimes, de dérivés, de leverage ou autres remparts techniques. Ou encore évoquer le contexte économique américain, la crise immobilière, la chute de la consommation des ménages, la mondialisation ou tout autre écran de fumée. Mais personne n’y croit. La raison est ailleurs. Elle est brutale : les dirigeants de certaines banques ont tout simplement fait N’IMPORTE QUOI. Sous la pression des actionnaires réclamant des rentabilités toujours plus élevées, jaloux du succès des banques d’affaires comme Goldman Sachs, obnubilés par leurs bonus et leurs stock-options, ils se sont aventurés sur des terrains minés sans le moindre équipement de protection, et tout a explosé. Ils auraient au moins dû lire l’Art de la guerre de Sun Tze...

MARC FIORENTINO, PRÉSIDENT D’EUROLAND FINANCE

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