Duel entre le ministère de l’économie et des finances et l’inspection générale d’Etat : c’est la guerre des tranchées

Rien ne va plus entre le ministère de l’Economie et des Finances et l’Inspection générale d’Etat. Derrière les apparences de tranquillité, dans un contexte marqué par le bouclage de l’audit des ministères, sur les dépenses extra-budgétaires, se cache une véritable bataille des tranchées. Indice majeur : une lettre salée que le ministre délégué, chargé du Budget, vient d’adresser à Nafi Ngom Keïta, patronne de l’Ige.


A propos anodine, cette lettre postée par le ministre délégué chargé du Budget, Abdoulaye Sow, est pourtant illustrative du malaise qui existe entre l’Inspection générale d’Etat et les services de l’Economie et des Finances du Sénégal. Laquelle missive justifie la cure d’amaigrissement opérée sur le Budget de l’Ige. Abdoulaye Sow explique pourquoi, près de 200 millions, ont été enlevés du Budget du l’Ige. Une mesure qui a créé une grosse colère chez les fouineurs de l’Etat. L’homme de main d’Abdoulaye Diop de faire la leçon aux Inspecteurs généraux d’Etat, comme pour leur dire que le dépassement budgétaire qu’ils auditent n’est pas le seul apanage des ministères visés, une douzaine au total, dont le ministère de l’Economie et des Finances, de la Justice, des Forces Armées, des Infrastructures, des Transports aériens, des Affaires étrangères, de la Santé, de l’Education nationale etc. Engagées depuis début octobre 2009, ces enquêtes ont permis de retracer les causes du dépassement budgétaire. Ne remontant sans doute pas jusqu’au Président Wade qui serait selon certains techniciens des Finances, la vraie source des dysfonctionnements, elles ont du reste permis de situer les responsabilités « majeures » des services d’Abdoulaye Diop, dans les failles relevées.

Ces dysfonctionnements avaient d’ailleurs soulevé l’ire des institutions financières internationales. On indiquait que le Sénégal risquait de perdre les fonds que doit mettre à sa disposition le Fonds monétaire international (Fmi) dans le cadre d’un accord sans décaissement intitulé ‘Initiative de soutien à la politique économique’ (Ispe). Ainsi, tous les observateurs s’étaient accordés à voir derrière le limogeage du ministre chargé du Budget, M. Ibrahima Sar, lors du Conseil des ministres qui s’était tenu dans la journée du jeudi 7 août dernier, un signe du président de la République à l’endroit des bailleurs de fonds. M. Ibrahima Sar, qui a été remplacé par M. Mamadou Abdoulaye Sow, a été désigné comme le principal coupable dans cette affaire. Mais son seul limogeage n’avait pas été jugé suffisant par les bailleurs de fonds qui ont exigé un audit.

Sept mois après, l’Etat peut traquer le circuit des défaillances. Le rapport volumineux qui a fini d’être rédigé par l’Ige décortique le mécanisme par lequel le dépassement budgétaire s’est en effet constitué. Et dans ce cadre, la responsabilité d’Abdoulaye Diop, ministre de l’Economie n’a pas été écarté. Les inspecteurs ont en effet estimé que l’argentier de l’Etat aurait pu opposer son véto dans les opérations financières à grande envergure engagées par son ministre délégué, à l’époque Ibrahima Sarr. Si la responsabilité de ce dernier est bien établie par le rapport de l’Ige, beaucoup d’éléments de l’enquête confortent l’idée selon laquelle il ne serait qu’un lampiste. Même la responsabilité d’Abdoulaye Sow, qui a remplacé Ibrahima Sarr, à la suite d’un lobbying d’Abdoulaye Diop n’est pas écartée. En tant que directeur du Trésor, il aurait engagé sa responsabilité, en ne s’opposant pas à certaines opérations jugées non conformes à l’orthodoxie financière. L’Ige remonte très loin sur l’échelle des responsabilités, pour indiquer que depuis Cheikh Hadjibou Soumaré, alors ministre du Budget, les pratiques dénoncées par le rapport, existaient déjà. Les enquêteurs relèvent aussi divers niveaux de responsabilités dans tous les ministères visités, tout en mettant l’accent sur la responsabilité le ministère de l’Economie et des Finances.

Cette affaire dégage une forte odeur de remake de l’affaire dite des Chantiers de Thiès. Nafi Ngom Keïta, qui dirigeait la mission d’enquête sur les fameux 43 milliards « injectés » dans la capitale du Rail, avait attaqué le ministre de l’Economie et des Finances, dans une mémorable interview accordée à notre confrère, le groupe Walfadjiri. Qui aurait exercé des pressions sur elle dans le sens d’orienter le rapport vers une direction différente des faits. Mais depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et cette affaire est aujourd’hui classée.

Source : L’Obs

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