Dread Maxim ou la folie du reggae

IL est arrivé discrètement dans le paysage (un peu désertique il faut le dire) du reggae sénégalais en 2000 avec l’album « REVELATION ». IL explose en 2003 avec « Jah fire ». La confirmation. Les jeunes amateurs de reggae l’adorent et le surnomment « le prince du reggae sénégalais ». Le prince accompagne Tiken Jah Fakoly en tournée pour assurer ses premières parties… Bref en quelques années, Dread Maxim Amar a su s’imposer comme leader du mouvement reggae sénégalais. « Music is my life… » nous disait-il déjà dans Jah Fire ce refrain qui a été repris par cœur dans tous les coins du pays. Il nous revient 7 ans après avec « Musical life… kan moy dof ». C’est pour parler de cet album que nous l’avons rencontré …


Dread, kan moy dof ? (Qui est ce qui est fou ?)

Justement c’est une question que je pose. Je n’ai pas encore la réponse. Je vais donc te renvoyer la question (rires). Mais je peux dire qu’il n’y a pas de fou. Je peux dire que tout le monde est fou. Chacun est fou à sa manière. Chacun cultive sa folie avec soin.

Comme je dis aussi dans la chanson la folie frappe en plein midi de l’intelligence. Cette folie c’est l’expression d’un génie. C’est quelque chose d’extraordinaire et c’est souvent lié au talent aussi. La preuve : l’expression favorite des jeunes aujourd’hui quand tu fais quelque chose de génial c’est de dire « Ya doff deh ! » (tu es un fou !). La folie dans le talent. La folie dans l’art. La folie dans le génie de ce que tu fais...

Je pose aussi la question parce que nous jugeons souvent notre prochain selon la façade . Nous jugeons les gens juste par rapport à son habillement ; et pourtant l’habit ne fait pas le moine. J’ai d’ailleurs une anecdote drôle sur cela, un jour j’étais avec un ami qui s’appelle Ali, je portais un njaxass baye fall. Une petite fille de 6 ans, qui connaissais mon ami, nous a vu, elle a couru se cacher derrière sa maman disant « tonton Ali est avec un fou ». Par mon accoutrement elle m’a pris pour un fou. C’est une gamine, mais sa pensée reflète celle de la société.

En conclusion, je pense que ceux qu’on appelle les fous, ceux qu’on voit parler seuls dans nos rues ce ne sont pas vraiment des fous. Les vrais fous sont parmi nous. Encore une fois chacun a sa propre folie.

Quelle est ta folie à toi ?

Ma folie à moi c’est la musique. Elle me rend dingue ! Elle me fait perdre la tête. Le reggae en particulier. Je le dis dans la chanson « Je suis fou de cet art qui nourri mon âme »

Parlons donc de ta musique ! Pourquoi autant de temps pour sortir cet album ?

Pour parler philosophiquement je dirai que le temps n’existe pas. Par contre il faut du temps pour que tout arrive à maturité. Ce que je fais, je le fais au feeling. Quand je sors un album ce n’est plus comme avant, quand je faisais la musique pour le kiffe. Maintenant je l’offre au public. Le processus devient donc un peu plus complexe. C’est comme la naissance d’un bébé tu vois ? Et une naissance cela prend toujours le temps qu’il faut, et le bébé prend le temps qu’il faut pour grandir, mûrir. L’album c’est un peu cela. La cela m’a pris 7 ans mais ce n’est pas beaucoup. C’est l’âge pour un bébé de grandir. Ces 7 ans m’ont permis de cumuler une grande expérience musicale, de mûrir et de partager plus. Avant de partager il faut disposer de quelque chose tu vois. Ces 7 ans m’ont permis d’avoir tout cela.

Je dirai aussi qu’il y a eu un souci de communication. Il faut dire que je suis un musicien underground. Dans le showbiz, je fais le show, mais pas le business il faut le dire. C’est le côté « show » qui me passionne, c’est cela que j’ai envie de partager. Mais il faut dire qu’à un moment, tu ne peux plus te contenter du show, sans le « bizz ». Cela s’agrandit, d’autres personnes s’impliquent tu vois ? Avec « jah fire » je n’ai pas fait la com qu’il fallait autour de l’album. J’ai préféré le laisser faire son chemin tout seul. J’avais confiance et c’était aussi comme un défi pour mesurer la portée de ma musique, sans que je ne sois obligé de la pousser. L’expérience a bien marché. Mais avec « musical life, kan moy dof » j’ai envie d’aligner à la fois le show et le business et faire marcher l’industrie.

On se demandait pourquoi Dread Maxim restait toujours dans son coin…

Non je ne suis pas dans mon coin. Encore une fois moi mon truc c’est le partage. Quand tu partages tu ne peux pas être dans ton coin. Je crois que c’est ma façon de vivre, mon univers roots dans lequel je vis…c’est un univers où il faut toujours apprendre. Apprendre la vie, le monde… chercher des réponses…. Donc rien ne sert de courir il faut partir à point.

J’ai besoin d’expériences dans ce que je fais…. J’avais besoin de cette expérience. Là maintenant je promets d’être beaucoup plus présent, et plus visible (rires)

Beaucoup plus de concerts ? Il faut dire qu’on a pas souvent l’occasion de te voir jouer…

Plus de concert. Pourtant j’en ai toujours fait des concerts. Il se trouve juste que je joue beaucoup plus dans les régions. Il faut le dire Dakar n’est pas ma priorité. Mon défi était de couvrir le territoire national. Assurer la base sur tout le territoire La musique ne doit pas s’arrêter à Dakar. Il faut qu’elle aille jusqu’à Fongolemi ! Je joue à Kidiri, Goudiri Bakel, Kédougou, Podor, Kolda

Mais tu as beaucoup de fans à Dakar, Dakar a aussi besoin de toi !

Oui … Mais c’est aussi un choix que j’ai dû faire.

Je préfère de loin les shows populaires où je suis face à la jeunesse et on s’éclate plutôt que de jouer dans des restaurants-bars où tu joues pendant que les gens mangent, tu entends le bruits des verres, des couverts (rires). Ça ne me motive pas trop . Je préfère aller à Guédiawaye, Thiès, Mbour …

Mais il y a des endroits à Dakar où tu peux faire de grands concerts populaires

Oui c’est vrai. C‘est pourquoi je veux le programmer pour la suite .. . jouer au moins une fois par mois dans des endroits comme la maison de la culture Douta Seck, où on avait fêté le 11 mai en beauté

Que représente l’album Musical life pour toi ?

Comme le titre l’indique c’est une vie musicale. Il retrace ma vision sur le monde, mon chemin. Ma vie que je vis en musique. Une envie de partager un message d’amour et de paix dans le monde entier. Semer mon grain d’amour dans le cœur de l’humanité à travers le reggae.

Quel est ta vision du reggae au Sénégal ?

C’est un mouvement qui est assez jeune. Un mouvement a besoin de beaucoup d’acteurs. Depuis 2000 les nombres d’acteurs augmente. Je crois que maintenant le reggae marche au Sénégal. La preuve, des artistes qui faisaient d’autres types de musiques s’y mettent de plus en plus. Cela prouve que le reggae vit mais aussi qu’il a un avenir et sa place dans le business. Je pense que le reggae est une musique dont a besoin aujourd’hui en matière de conscientisation de la jeunesse africaine. C’est une musique qui éveille les consciences. Pour la survie africaine, nous avons besoin de ce genre de musique pour que notre génération soit consciente de ses responsabilités. Comme le disait Krumah la conscientisation vaut mieux que toute sorte d’aide ! C’est quelque chose d’important et le reggae joue ce rôle.

On a remarqué justement que beaucoup de rappeurs se « convertissent » au reggae. Comment expliques-tu cela ?

Le rap a son degré de fougue alors qu’avec l’âge on devient de plus en plus sage, de plus en plus spirituel…et le reggae est là pour accueillir tous les gens qui grandissent dans leur conscience…

Cela veut dire que le rap n’est plus suffisant quand on grandi ?

A mon avis le rap n’est pas suffisant non. Quand on grandit on a besoin de sagesse, de spiritualité. Cette spiritualité et cette sagesse à mon avis manque dans le rap.

Je crois que pour gagner en conscience en spiritualité, je pense qu’il faut adopter cette musique beaucoup plus pausée plus calme pour mieux s’exprimer. Le reggae est une musique pleine d’harmonie, pleine de mélodie. C’est une musique qui touche. L’harmonie n’est pas privilégiée dans le rap, mais plutôt les beats et les textes. Le plus dans le reggae c’est la mélodie. La musique est beaucoup plus vivante. Ça touche les cœurs et les consciences en même temps.

Quel est ton chanteur reggae préféré ?

J’ai du respect pour le roi du reggae, qui a fait que le reggae soit connu dans le monde entier Bob Marley ! Pour la puissance de sa voix, la puissance de ses textes, et pour tout ce qu’il a fait pour le reggae dans le monde entier en matière de conscientisation, de combat pour la justice. Je le respecte énormément !

Sinon j’écoute aussi Ijahman, Peter Tosh, Lucky Dubbe, Burning Spear, Bunny Wailer, Glenn Whashington, Ja Cure, Morgan Heritage

Ton plat préféré ?

Soupou Kandja et le Kaldou !

Ton endroit préféré dans Dakar

Je ne dirais pas l’endroit exact mais c’est au bord de la mer. Un endroit calme pour relaxer respirer le bon air et même faire une bonne sieste. C’est trop bon !

Tes hobbies ?

J’aime bien faire du sport, passer du temps devant mon ordinateur, lire…

Le dernier livre que tu as lu ?

Et Demain l’Afrique d’Edem Kodjo et mon livre préféré est « Initiation » d’’Elisabeth Haich

Peinture ? Sculpture ?

J’aime la peinture ! J’aime peindre.

Tu peins ?

Oui un peu. J’aime bien. C’est une belle forme d’expression comme la musique. Je crois que je vais m’adonner à la peinture quand je prendrai ma retraite musicale

On peut voir tes tableaux ?

Passez à la maison ! Il y en a un que j’ai appelé « les maitres du monde » avec la mafia qui représente le monde

Des gens célèbres ?

Oui des gens célèbres ?

On veut des noms !

Non je ne donne pas de noms, vous verrez … c’est pas des gens mais une expression de babylone, du système qui détruit… une pieuvre qui étend ses tentacules à travers le monde pour lui sucer son sang...

Pourquoi tu as préféré mettre cela en peintre plutôt qu’en musique ?

En fait, il y a une partie dans une chanson et l’autre dans le tableau. J’avais trop de chose à exprimer j’ai préféré le mettre dans un grand tableau de plus d’ un mètre carré

Mbalax ou pas mbalax ?

Je ne sais pas si certain morceau on peut les considérer comme du mbalax. J’aime bien le grand Jules Faye, ses premiers albums. C’est une musique assez ouverte. J’ai une préférence pour la musique qui éveille. Si dans le mbalax il y a un message qui peut aider pour moi c’est ça qui est important. Qu’on n’utilise pas la musique pour pervertir ma génération mais pour apporter un plus au fonctionnement de la société. Détendre, éduquer et informer à la fois…

Les percussions font partie de notre patrimoine culturel. Le mbalax utilise ces percussions qui font partie de notre culture ; mais je l’aime quand il est « conscientisé »

Ton dernier mot ?

Ayez la préférence pour les albums originaux. Nous ne vendons pas la musique. Je crois que la musique n’a pas de prix. C’est l’art sans dimension. Mais ce qu’on essaye de faire avec nos albums c’est un échange. Il faut juste rembourser le support qui contient la musique. Pour que la machine fonctionne bien ben il faut acheter les originaux et soutenir la musique.

Merci Dread Maxim

Jah jeufeuté ! (Merci)

Propos recueillis par Aie-Chat

Source : Agendakar

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