Djibril Gaby Gaye, animateur de radio : Il y a fraude sur la marchandise musicale

Textes vides, percussions à outrance, danses obscènes, la musique sénégalaise a pris ces dernières années une tournure mélodique qui la confine à la médiocrité. C’est la peinture peu reluisante que brosse un observateur aussi averti que Djibril Gaby Gaye.


‘Il n’y a pas de demi mesure en matière de musique’. Pour l’animateur de radio et ancien musicien, Djibril Gaby Gaye, ‘soit on sait faire de la musique, soit on ne sait pas en faire du tout’. Chef d’orchestre du Firdou jazz de Kolda dans les années 50 avant d’entamer une carrière à la radio, l’ancien présentateur du Bon vieux ton n’est pas du tout content de ce qu’est devenue la musique sénégalaise moderne. Pour lui, ‘il y a beaucoup de choses à revoir’ dans le paysage musical sénégalais. Car, d’après lui, on est ‘dans le règne de la médiocrité’. Une ère dominée par ceux qu’il a baptisés, par un jeu de mots moqueur, les ‘mbalaréros’. Il dénonce ainsi une fraude sur la marchandise musicale, une sorte d’arnaque sonore qui a fini de prendre en otage les oreilles des mélomanes. ‘Quand on vous habitue à écouter du bruit, explique-t-il, au début cela vous dérange, mais à force de l’écouter cela commence à vous plaire, alors qu’en réalité c’est de la médiocrité’.

‘Les musiciens, déplore Djibril Gaby Gaye, font du n’importe quoi, ils ne composent pas leur musique. On prend des percussions qui dominent toute la musique, et il n’y a pas de mélodie.’ Pire, ajoute-t-il, ‘les textes sont vides et les clips sont faits de danses obscènes que l’on voit tous les jours sur les écrans de télévision’.

Cette situation peut reluisante de la musique sénégalaise, soutient ce passionné de bonnes mélodies, était prévisible. Son origine est à voir dans le diagnostique peu flatteur qu’il pose sur le travail des créateurs actuels : ‘Les musiciens n’ont plus de direction de recherche’. Pourtant la musique sénégalaise n’aurait pas dû en arriver là. Car, rappelle Djiby Gaby Gaye, les rythmes afro-cubains ont été créés par les Africains. Mais, aujourd’hui, regrette-t-il, ‘on nous a tout repris et recréé’.

Pour l’homme au feutre, la détérioration sonore de la qualité de la musique sénégalaise prend les allures d’une offense à ses pionniers. Car déjà en 1920, le Sénégal comptait quatre orchestres dits modernes : la Goréenne, la Rufisquoise, la Dakaroise et la Saint-Louisienne. A cette époque, le répertoire classique traditionnel était exploité. C’est donc avec un brin de nostalgie que cet inusable mélomane invite les acteurs de la musique sénégalaise à s’arrêter, faire une rétrospective sur l’existant pour se projeter vers l’avenir.

F. K. SENE

Source : Walf

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